La bataille des Dardanelles occulte le génocide arménien

24 avril 1915La Turquie célèbre, avec un jour d'avance, le centenaire de la grande bataille de Gallipoli. Le 24 avril 1915 commençait le massacre des Arméniens.

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Lorsqu’au début de l’année, à l’instar de ses homologues du monde entier, le président arménien Serge Sarkissian a reçu l’invitation de Recep Tayyip Erdogan, il a failli s’étrangler. Avant de retourner illico le bristol à son expéditeur, l’accusant de manipuler l’histoire et le calendrier.

C’est que, avançant volontairement la date de vingt-quatre heures, le président turc conviait le gratin planétaire aux célébrations en grande pompe du 100e anniversaire du début de la bataille de Gallipoli… le jour même des commémorations, à Erevan et dans le monde, du lancement du génocide arménien par les Ottomans, le 24 avril 1915.

Pour les Turcs, d’hier comme d’aujourd’hui, la bataille de Gallipoli – qui fit quelque 120'000 morts entre le 25 avril 1915 et le 9 janvier 1916 – revêt une importance quasi mythique. Opposant, sur mer et sur terre, l’armée turque aux corps expéditionnaires franco-britanniques sur la rive sud des Dardanelles, elle se conclut par l’une des dernières victoires de l’Empire ottoman.

Mais surtout, elle vit s’illustrer, à la tête de son régiment, un certain colonel Mustafa Kemal, le futur Atatürk (père des Turcs) fondateur de la Turquie moderne.

Provocation

«Faire coïncider ces deux dates ne doit évidemment rien au hasard», commente Hamit Bozarslan, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales à Paris et grand connaisseur de la Turquie. «Pour le président Erdogan, célébrer Gallipoli le même jour que les commémorations du génocide arménien est une manière de vider ce dernier de son sens. Pour les Arméniens, c’est évidemment une insulte insupportable.»

Par ailleurs, en présidant ce vendredi sur le champ de bataille de Gallipoli une grande cérémonie internationale, après un «sommet pour la paix» la veille à Istanbul, «Erdogan cherche à mettre sur le même pied les souffrances de tous», dit encore Hamit Bozarslan. Avant de lâcher: «C’est exactement ce qu’ont fait les nazis au procès de Nuremberg, lorsqu’ils disaient que tout le monde avait souffert durant la guerre. C’est la thèse de la souffrance partagée.»

Société divisée

Reste que, selon Hamit Bozarslan, la société turque d’aujourd’hui n’est pas monolithique dans le refus de reconnaître le génocide arménien. «En fait, la population est divisée en trois groupes très inégaux à ce sujet. D’abord, il y a une petite minorité libérale et intellectuelle très courageuse qui reconnaît le génocide. Puis il y a une majorité de Turcs qui sait ce qui s’est passé mais ne veut pas en parler. Enfin, il y a l’establishment politique qui assume ce qui s’est passé, mais refuse de reconnaître le génocide: c’est le courant négationniste.»

(TDG)

(Créé: 23.04.2015, 18h23)

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