Il n’a tué personne, mais il pourrait être exécuté

Texas Un condamné à mort doit être exécuté au Texas le 24 août alors qu’il n’a pas commis de meurtre.

Jeff Wood, le condamné, et sa fille Paige Rowan.

Jeff Wood, le condamné, et sa fille Paige Rowan. Image: DR

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«Je n’ai plus que huit heures à partager avec mon frère. C’est ma réalité.» Terri Been éclate en sanglots quand elle parle de sa dernière visite prévue avec son frère Jeff Wood, qui doit être exécuté le 24 août au Texas. Après avoir passé dix-huit ans dans les couloirs de la mort, l’homme qui fêtera ses 42 ans le 19 août risque de payer ce jour-là pour un meurtre qu’il n’a pas commis.

Jeff Wood n’a jamais été accusé d’avoir tué Kriss Keeran, un employé d’une station-service de Kerville, au Texas le 2 janvier 1996. Il était à l’extérieur du bâtiment, au volant d’un pick-up, quand son ami Daniel Reneau a fait feu pendant un cambriolage qui a mal tourné. Wood a écopé de la peine capitale sur la base de la «loi des parties», un texte utilisé dans certains Etats américains pour infliger à un complice la même peine qu’à l’auteur du crime. Depuis la reprise des exécutions aux Etats-Unis en 1976, dix personnes seulement ont été mises à mort pour des cas similaires sur un total de 1437 exécutions.

Selon son avocat et ses proches, Jeff Wood ne savait pas que Daniel Reneau était armé le jour du cambriolage. Les deux hommes connaissaient l’employé de la station-service et avaient tenté en vain de le convaincre de s’associer à eux avant de passer à l’acte. Nadia Mireles, l’ex-fiancée de Wood, avait affirmé à la justice que celui-ci avait demandé à Daniel Reneau de ne pas prendre son arme.

Ce témoignage avait été inclus dans le procès de Reneau, un détenu exécuté en 2002, mais pas dans celui de Jeff Wood. «Mon frère avait tenté de changer d’avocats pendant son procès, mais le juge ne l’avait pas laissé faire et il est trop tard pour rouvrir la procédure», explique Terri Been, une enseignante au Texas. «Seuls le gouverneur ou le Comité des grâces et des libérations sur parole peuvent désormais commuer sa peine de mort.»

L’avocat de Jeff Wood souligne aujourd’hui les déficiences mentales d’un condamné qui n’a un Q.I. que de 80. Et il se concentre sur le témoignage controversé de James Grigson, un psychiatre surnommé «Dr Death» (docteur Mort) pour avoir témoigné dans 163 cas de peine capitale avant le procès de Jeff Wood. Ce médecin avait été radié de l’Association américaine des psychiatres en 1995 pour son manque de rigueur dans l’évaluation d’un prévenu.

En 2007, Rick Perry, le gouverneur du Texas à l’époque, avait annulé l’exécution de Kenneth Foster, lui aussi condamné selon la loi des parties. Il s’était appuyé sur une recommandation du Comité des grâces et des libérations sur parole. Un an plus tard, ce même comité avait décidé à l’unanimité de ne pas soutenir la requête de Jeff Wood qui est père d’une fille. «Mon frère croit en l’humanité et croit qu’il ne sera pas exécuté», glisse Terri Been. Elle appréhende l’exécution potentielle, à laquelle son frère lui a demandé d’assister. «Je ne sais pas comment j’y parviendrai. Mais je ne peux pas accepter l’idée qu’il soit seul ce jour-là. Il est seul depuis vingt ans.»

(TDG)

(Créé: 14.08.2016, 21h59)

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