«Nous avons réussi à démobiliser des enfants soldats au Congo!»

Appel de Genève Marie Coutin Lequin et ses collègues ont convaincu quatre groupes armés de laisser partir les moins de 18 ans.

Des enfants soldats dans le Nord Kivu au Congo.

Des enfants soldats dans le Nord Kivu au Congo. Image: Appel de Genève

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Ils voulaient fuir la misère, ils ont vécu l’enfer. Grâce aux efforts déployés par l’ONG Appel de Genève, 44 enfants soldats ont quitté ces derniers mois les rangs de quatre groupes armés du Nord-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo. Un signal encourageant suite à la signature en novembre dernier, dans la célèbre salle Alabama de l’Hôtel de Ville de Genève, d’un engagement public par l’Alliance des patriotes pour un Congo libre et souverain (APCLS). Directrice de la région Afrique de l’Appel de Genève, Marie Coutin Lequin part prochainement visiter les camps d’entraînement de cette milice et vérifier que des procédures sont mises en place pour éviter le recrutement d’enfants.

Quel âge ont ces 44 enfants? Quels rôles jouaient-ils?

Pour la plupart, ils ont entre quinze et dix-sept ans. Il n’y en a que trois de treize et quatorze ans. Au sein des groupes armés, on ne voit heureusement plus de petits soldats âgés de douze ans et moins. Ces très jeunes soldats sont envoyés en éclaireurs, font la cuisine ou encore la lessive. Beaucoup servent d’escorte aux officiers. Souvent, ils montent la garde pendant que nous rencontrons leurs commandants…

Comment sont-ils recrutés?

Certains sont recrutés de force, kidnappés par exemple sur le chemin de l’école. Mais il y a aussi beaucoup d’adhésions spontanées d’adolescents voulant sortir de la misère. Ils ne sont pas payés mais disposent d’une arme à feu et peuvent se livrer à des pillages.

Combien y a-t-il d’enfants soldats au Nord-Kivu?

Des centaines, probablement. Impossible d’établir une estimation. D’abord, quand on croise un jeune combattant, comment savoir s’il a 18 ans ou seulement 17? Ensuite, les groupes armés les dissimulent, ils ne reconnaissent pas leur existence. Enfin, les forêts congolaises sont gigantesques. Or, dans tout le pays, on compte environ 70 groupes armés!

Comment entrez-vous en dialogue avec les officiers?

Nous travaillons avec des partenaires locaux. Global Synergie pour la Paix et le Développement (GSYPAD), une ONG congolaise qui s’engage pour le respect des normes humanitaires internationales, connaît certains cadres des groupes armés. Ils les approchent, leur disent en quoi le respect des traités est bon pour eux, proposent une rencontre avec quelqu’un de l’Appel de Genève…

Pourquoi laissent-ils partir les enfants?

Les commandants s’inquiètent, ils voient le nom de leur mouvement sur les listes que l’ONU transmet à la Cour pénale internationale. Par ailleurs, ils aimeraient être à l’avenir des interlocuteurs fréquentables, notamment vis-à-vis de la communauté internationale. Au fond, tous ces groupes veulent paraître plus propres que l’armée gouvernementale. Et de toute manière, les enfants ne sont pas des soldats très disciplinés…

Comment ces groupes armés procèdent-ils pour démobiliser les enfants?

En réalité, ils nient leur existence. La législation congolaise étant très stricte, ils ne veulent pas prendre de risque. Mais ils acceptent de s’engager à ne pas en recruter. Cela se sait, le bruit court vite. Il nous est arrivé de découvrir nos prospectus chez des groupes que nous visitions pour la première fois! Des enfants prennent la fuite. D’autres sont encouragés par les officiers à rentrer chez eux. Certains vont voir nos partenaires de la GSYPAD, qui leur fournit nourriture, savon et habits pendant quelques jours. L’ONG informe la mission de l’ONU, qui vient les chercher avec une escorte et emmène à Goma ceux qui souhaitent quitter la zone. Les enfants démobilisés reçoivent une très brève formation: coiffure, mécanique, etc. Mais certains retournent à l’école.

Pourquoi fuient-ils?

Parce qu’ils souffrent. De malnutrition. De froid, à force de dormir dehors en pleine montagne. D’isolement aussi, coupés de leur famille et des amis. Ceux qui ont tué n’en parlent pas. La souffrance est autant psychique que physique.

(TDG)

Créé: 08.02.2017, 17h08

Marie Coutin Lequin, directrice de la région Afrique de l'Appel de Genève.

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