Pour réunifier Chypre, «il faut des compromis gagnant-gagnant»

Négociations à Genève A Nicosie, côté grec et côté turc, on espère sans croire au miracle pour les négociations de Genève. Reportage.

Nicosie: des barils et des sacs de sable bloquant une route. Bientôt un souvenir?

Nicosie: des barils et des sacs de sable bloquant une route. Bientôt un souvenir? Image: EPA

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Ce lundi à Genève s’ouvre un marathon diplomatique afin de trouver «une solution juste, viable, basée sur les résolutions du Conseil de sécurité» pour la réunification et la création d’un futur Etat fédéral unifié de deux entités distinctes. En 1974, cette petite île méditerranéenne, d’un peu plus d’un million d’habitants, s’était scindée en deux. Suite à un coup d’Etat du côté grec et à l’invasion par l’armée turque du nord de l’île, une frontière divisait ce pays, membre de l’Union européenne.

«Nous avons trop subi»

«Les Chypriotes ont changé. Depuis 1974, l’île, alors essentiellement rurale, a accueilli beaucoup d’étrangers: Russes, Libanais, émigrés des Balkans, de nombreux touristes et maintenant les réfugiés», constate Michaël, jeune cadre quadragénaire à Nicosie. «On n’est plus du tout dans le système binaire d’une communauté face à l’autre, dans le tout ou rien.»

«Nous avons mûri», renchérit Réna Chloparou, qui œuvre depuis longtemps sur le terrain pour une coopération des deux communautés. «Nous avons trop subi: la douleur de perdre chacun sa terre natale, la déception immense après le rejet en 2004 du plan de paix, et la violente crise économique de 2013. Il nous fallait retrouver une dynamique.» Celle d’une citoyenneté européenne, avec des habitants égaux en droit, tout en gardant chacun son appartenance culturelle. «Cela va être un processus, en trouvant pas à pas les compromis gagnant-gagnant. La solution va être un voyage.»

Car du côté gréco-chypriote, même si plus de 60% des habitants aspirent à une résolution du conflit, selon un sondage de l’institut Marc, paru le 4 janvier, il reste encore beaucoup de sceptiques. Ceux qui sont toujours blessés dans leur histoire familiale ou ceux qui craignent l’ouverture du marché du travail. Du côté des Turco-Chypriotes, qui avaient largement approuvé le plan Annan en 2004, on veut y croire. Burak, un jeune informaticien de Gime (Keryneia en grec), a justement voté dans cette optique l’an dernier pour élire Mustafa Akinci. «Je me sens européen. Je suis turco-chypriote, pas turc. Surtout avec l’imprévisibilité de ce qui se passe en Turquie en ce moment. Je veux vivre avec mes compatriotes, mais sans subir de discrimination.»

D’autres éléments ont joué en faveur de l’accélération des négociations, comme la bien nommée «diplomatie du gaz naturel». Car l’exploitation (avec la collaboration israélienne et américaine) des réserves de gaz découvertes autour de l’île exige une participation commune. Il y a aussi la crainte d’une déstabilisation croissante de la région avec la poussée des conflits au Proche-Orient tout proche et le retour en force des puissances régionales.

Sans croire à un miracle genevois, tous les Chypriotes espèrent, car ils comptent sur la force de la realpolitik du terrain. Comme celle de la gestion concrète de l’eau et de la Voirie dans la capitale, Nicosie. Même au plus fort des combats dans la ville, les autorités antagoniques étaient obligées de se retrouver régulièrement pour gérer, ensemble, les réseaux souterrains de l’eau propre et de l’eau sale, qui ne pouvaient, eux, se diviser en deux.

Dizaine de sujets épineux

Depuis des mois, Nicos Anastasiades, président gréco-chypriote de la République de Chypre et Mustafa Akinci, élu de la communauté turco-chypriote, tous deux nés dans la même ville de Limassol, se fréquentent beaucoup. Ensemble, ils ont travaillé sur une centaine de questions concernant la réunification de l’île. Il reste encore une dizaine de sujets épineux non entièrement résolus, comme la sécurité, le droit de propriété, le retrait de la présence de plus de 30 000 soldats turcs, le sort des colons turcs installés dans le Nord et l’affranchissement des trois pays de tutelle: la Grande-Bretagne (ancien colonisateur), la Grèce et la Turquie.

Ce lundi, à Genève, les négociations commencent cartes sur table. Au sens littéral du terme, avec la mise à plat des cartes du partage territorial à venir et ses conséquences: restitution, échange, compensation…

(TDG)

Créé: 08.01.2017, 20h43

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