Le parlement turc débat pour renforcer Erdogan

Régime présidentielLe projet voté d’une présidence plus forte est en discussion, article par article, par les députés, dans une Turquie en crise.

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Secouée par une vague d’attentats des djihadistes de Daech et des combattants kurdes du PKK, la Turquie se prépare à donner tous les pouvoirs à un président déjà accusé de «dérive autoritaire» depuis le putsch raté de juillet. Recep Tayyip Erdogan caresse depuis longtemps le projet de changer la Constitution pour installer un régime présidentiel. Les tentatives de déstabilisation ont accéléré le processus. Dans la nuit de lundi à mardi, le parlement a voté pour la poursuite du débat sur la réforme. Le projet, qui compte 18 articles, a été approuvé par 338 voix contre 134 et ouvre les discussions jusqu’au 24 janvier.

L’AKP et son allié d’extrême droite, le MHP, comptent 355 élus. Ce qui signifie que certains n’ont pas voté le texte. «Ces réticences internes traduisent un malaise d’une partie de l’AKP, le parti d’Erdogan. Certains s’inquiètent de l’atteinte au principe de la séparation des pouvoirs – déjà au plus mal – avec l’adoption du régime présidentiel», commente Laure Marchand, auteur de Triple assassinat au 147 rue de La Fayette, sur un crime d’Etat contre des militantes kurdes à Paris. «Parmi les opposants au projet au sein de l’AKP, il y a notamment les députés kurdes: l’alliance d’Erdogan avec l’extrême droite du MHP, traditionnellement anti-kurde, pour satisfaire ses ambitions personnelles passe mal», ajoute-t-elle.

Cette réforme pourrait notamment permettre au «sultan» Erdogan de rester au pouvoir s’il gagne la présidentielle de 2019, puis de 2024, jusqu’en 2029! «Une partie de la population turque, dont l’électorat d’Erdogan, croit qu’une gouvernance autoritaire est à même de contrer la déstabilisation du pays et les attentats. Même si cette conviction n’est pas corrélée aux faits», estime Laure Marchand.

Ce durcissement du régime et les attentats ont en tout cas fait fuir les investisseurs étrangers. Mardi, la Banque centrale est intervenue pour soutenir la livre turque, en chute libre. Au début de janvier, la monnaie nationale a atteint un niveau historiquement bas de 3,60 pour un dollar. «Par le passé, les crises économiques ont fait tomber des gouvernements. C’est une crise économique qui avait permis à l’AKP de parvenir au pouvoir; c’est la stabilité économique et la forte croissance qui lui ont permis de remporter toutes les élections depuis. Tous les signaux de l’économie sont aujourd’hui dans le rouge et le pire est probablement à venir», explique l’ex-correspondante de La Tribune de Genève et 24 heures en Turquie. «L’ascension d’Erdogan trébuchera-t-elle sur la réalité économique? Avec le régime présidentiel taillé à sa mesure, il fait en tout cas tout pour se mettre à l’abri de ce risque. Ce qui peut expliquer aussi sa volonté de vite faire adopter cette réforme», conclut-elle.

(TDG)

Créé: 10.01.2017, 19h53

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