Une loi sur les «fake news»? L’Italie y songe

Réseaux sociauxDes parlementaires veulent sanctionner les auteurs et propagateurs de fausses nouvelles. Mais l’exercice dévoile déjà ses limites.

La présidente de la Chambre des députés, Laura Boldrini, croit bien davantage à une autorégulation du système par la mobilisation citoyenne.

La présidente de la Chambre des députés, Laura Boldrini, croit bien davantage à une autorégulation du système par la mobilisation citoyenne. Image: Reuters

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Elles pullulent sur les réseaux sociaux, elles troublent le jeu politique. Depuis la défaite de Hillary Clinton, expliquée en partie par les fausses rumeurs parfois sciemment fabriquées qui ont plombé sa campagne, les «fake news» préoccupent les démocraties occidentales. Après avoir fait pression sur les géants des réseaux sociaux (Facebook, Twitter, Google, etc.) pour qu’ils trouvent des parades à ce fléau, le politique s’interroge: faut-il légiférer sur la question?

Le débat est désormais concrètement lancé en Italie, où un projet de loi a été présenté mercredi au Sénat. Le texte prévoit des sanctions pouvant aller jusqu’à deux ans de prison et 10 000 euros d’amende. Est visé quiconque «publie ou propage sur Internet des informations fausses, exagérées ou tendancieuses». Les sanctions prévues vont crescendo selon que l’information est «préjudiciable à l’intérêt public», correspond à «une campagne de haine contre des individus» ou «mine le processus démocratique». Mais on agit aussi en amont: toute personne qui voudrait diffuser des informations à titre privé sur Internet, sur un site ou un blog, devrait s’enregistrer auprès d’une autorité. Les titres de presse, régulés par une loi spécifique sur les médias, ne sont pas concernés.

Le projet de loi a été déposé par une ex-membre du Mouvement 5 Etoiles, mais il est soutenu par des parlementaires de toutes tendances. D’emblée, le texte soulève une pluie de questions et de critiques. «A partir de quand une information est exagérée ou tendancieuse? Qui en décide? Comment faire la différence entre satire et fake news» s’interrogeait jeudi le Corriere della Sera. Des juristes crient aussi au secours devant les atteintes annoncées à la liberté d’expression: «Un outil comme celui-ci serait, en substance, l’allié inattendu d’un ordre antidémocratique», tonnent les avocats Francesco Paolo Micozzi et Giovanni Battista Gallus auprès de La Repubblica.

Devant le tollé, Adele Gambaro, à l’initiative du projet, évoque un «premier pas» destiné à lancer le débat. Mais faut-il vraiment légiférer? La présidente de la Chambre des députés, Laura Boldrini, croit bien davantage à une autorégulation du système par la mobilisation citoyenne. Elle a lancé de son côté la campagne BastaBufale (Assez de l’intox!), une pétition appelant le système éducatif, les journalistes, les plates-formes, tous les acteurs aptes à intervenir à leur niveau pour lutter contre les manipulations de l’information. Elle ne croit cependant ni à une autorité de censure ni aux tribunaux populaires.

L’Italie n’est pas le seul pays à s’interroger sur la méthode à suivre. En Allemagne, à sept mois des législatives, le politique craint comme la peste la diffusion d’informations sciemment erronées susceptibles de fausser les élections. Les théories du complot en provenance de sources d’extrême droite pullulent déjà sur Angela Merkel. Aussi le pays a-t-il envisagé d’amender de manière salée les réseaux sociaux. Aujourd’hui, Facebook a choisi prioritairement l’Allemagne pour tester ses outils de détection de fake news.

(TDG)

Créé: 16.02.2017, 18h48

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