Le groupe Etat islamique étend ses tentacules au Pakistan

NOTRE ANALYSEDaech a revendiqué l’attentat contre un mausolée soufi, qui a fait 83 morts jeudi. Il s’appuie sur des groupes locaux mais recrute aussi.

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Au début du mois de février, un tract inquiétant circule dans la région de Kurram, dans le nord du Pakistan, près de la frontière afghane. En noir et blanc, la feuille de papier arbore le drapeau du groupe Etat islamique (Daech) accompagné de trois photos récupérées sur Internet et montrant ses membres paradant dans leurs fiefs d’Irak et de Syrie. Le texte, écrit en pachtoune, menace la population à majorité chiite de Kurram: d’autres attentats sont en préparation, les chiites seront les prochaines victimes…

En revendiquant l’attentat-suicide contre le sanctuaire du saint soufi Lal Shahbaz Qalandar dans le sud du pays, Daech passe à l’acte. Dans son communiqué, le groupe terroriste a indiqué avoir attaqué un rassemblement chiite. Cette frappe n’est pas la première de Daech au Pakistan. Le 12 novembre 2016, ce dernier avait perpétré un attentat similaire contre un sanctuaire soufi au Baloutchistan, dans l’ouest. Trois semaines plus tôt, une autre attaque du même groupe frappait l’école de police de Quetta, capitale du Baloutchistan.

Sous-traitance

Les attentats et les menaces proférées par Daech démontrent que le mouvement est solidement implanté dans la région grâce à un partenariat avec deux groupes locaux: Jundullah et le Lashkar-e-Jhangvi al Alami, tous deux responsables de plusieurs dizaines d’attaques contre la minorité chiite ces dernières années. «En règle générale, Jundullah et le Lashkar-e-Jhangvi al Alami s’occupent de la préparation des attentats et les exécutent. Daech les revendique, leur assurant ainsi une couverture médiatique très large. Mais il arrive aussi que Daech fournisse la logistique nécessaire», explique Muhammad Amir Rana, le directeur du Pak Institute for Peace Studies, un centre de recherche d’Islamabad, spécialiste des groupes djihadistes.

Recrutements islamistes

Daech a également prouvé sa capacité à recruter en puisant dans le vivier islamiste. Ainsi en décembre 2015, la police avait démantelé une cellule à Sialkot, dans la province du Penjab, arrêtant une dizaine de suspects. Les personnes arrêtées étaient d’anciens adhérents de la branche caritative du Lashkar-e-Taiba, un groupe islamique armé proche des services de renseignement militaire et très actif contre les forces indiennes au Cachemire. De même, dans les rangs des talibans pakistanais, plusieurs cadres ont quitté leur organisation et fait allégeance à Abou Bakr al-Baghdadi en janvier 2015, fondant «l’Etat islamique du Khorasan». Aujourd’hui, ce dernier contrôle une poche de territoires dans la province afghane du Nangarhar, le long de la frontière avec le Pakistan.

Casse-tête sécuritaire

L’influence grandissante de Daech au Pakistan complique la gestion des groupes islamiques armés protégés par l’armée comme le Lashkar-e-Taiba et le Jaish-e-Mohammed. En coulisses, certains officiers supérieurs confient leur volonté de démanteler ces deux mouvements à long terme. Leur autonomie d’action et leurs discours haineux envers les minorités religieuses pakistanaises inquiètent. Problème: un démantèlement par la force renforcerait Daech et provoquerait un bain de sang.

L’assaut contre la mosquée rouge en 2007, qui abritait un foyer de djihadistes en plein cœur de la capitale Islamabad, est encore dans toutes les mémoires. L’opération avait unifié la nébuleuse islamiste radicale, donnant naissance au mouvement des talibans pakistanais, le TTP, responsable de la mort de milliers de civils et de militaires.

Enfin, l’attentat de jeudi soir est le quatrième en trois jours. Ce regain de violence, s’il se confirme, mettrait en péril la reprise économique. Plusieurs groupes occidentaux envisagent d’investir dans un contexte devenu plus serein: le nombre de victimes d’attentats a baissé des deux tiers entre 2014 et 2016. Renault-Nissan, par exemple, est en pourparlers avec deux entreprises locales pour ouvrir une usine.

(TDG)

Créé: 17.02.2017, 18h13

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