Médias britanniques
Le spectre de l'affaire Dominici plane sur Chevaline
Par Jean-Claude Meier. Mis à jour le 11.09.2012
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Depuis plusieurs jours et face à la complexité de l’enquête menée simultanément des deux côtés de La Manche, la presse britannique évoque avec de plus en plus d’insistance certaines similitudes troublantes entre la tuerie de Chevaline, près d’Annecy, et l'assassinat de trois vacanciers britanniques d’une même famille, les Drummond, sauvagement abattus dans le sud de la France en 1952. Cette tuerie défraya à l’époque abondamment la chronique, comme le rappelle The Daily Mirror, faisant référence à l’affaire Dominici (lire le rappel des faits ci-dessous).
De son côté The Guadian souligne que, outre des faits assez similaires, certaines pistes suivies par l'enquête policière semblent étrangement se ressembler. Tout comme en 1952, le début des investigations est apparu confus, selon le quotidien britannique: «Les premiers agents arrivés sur les lieux avaient modifié la scène de crime, rendant certains éléments inexploitables. Dans l'affaire de Chevaline, les gendarmes, pour éviter de tomber dans le même écueil, n'ont rien touché et ont laissé une fillette de 4 ans cachée dans la voiture, sous le corps de sa mère, pendant 8 heures».
The Guardian évoque aussi «les rumeurs d'implication des services secrets» que l’on retrouve dans les deux affaires. Le journal rappelle qu’en 1952 le KGB avait été soupçonné d'avoir commis le triple meurtre. Aujourd’hui, les enquêteurs se penchent attentivement sur le passé du père de famille, Saad al-Hilli. Le taboïd Daily Mail a même évoqué le fait que ce dernier aurait fait l’objet en 2003 d’une surveillance accrue des services de renseignement britanniques, au moment de la guerre d’Irak, pays qu’il avait fui en famille dans les années 70, à la suite de démêlés avec le parti Baas de Saddam Hussein. L’information a été démentie par le procureur d’Annecy, sans que l’on sache vraiment si la piste terroriste est totalement écartée.
Il y a 60 ans, «l’affaire Dominici» passionnait l’opinion
Le 5 août 1952, au petit matin, la découverte en Haute-Provence des cadavres d'un couple britannique et de leur petite fille fait naître «l'affaire Dominici», qui reste toujours une énigme, 60 ans plus tard. On en tirera plusieurs livres et l’énigmatique tuerie donnera lieu à un film célèbre (avec Jean Gabin dans le rôle de Gaston Dominici) et à un téléfilm.
Rappel des faits (source afp) Au bord d'une route longeant la rivière La Durance, près du village de Lurs, dans les Alpes-de-Haute-Provence, le corps de Sir Jack Drummond, nutritionniste de renom de 61 ans, est découvert par les gendarmes caché sous un lit de camp retourné, deux projectiles dans le dos. Sa femme Ann, enveloppée dans une couverture près de leur break Hillmann vert, a été atteinte à trois reprises.
Quelques mètres plus loin gît leur fille Elizabeth, âgée d'une dizaine d'années, la tête fracassée par une crosse de carabine. Les affaires de la famille sont éparpillées mais personne n’a touché à l'argent du couple. La veille, les Drummond s'étaient installés pour dormir à la belle étoile, à moins de 200 mètres de la ferme de Gaston Dominici, patriarche d'origine piémontaise.
En charge de l’enquête, le commissaire marseillais Edmond Sebeille s'intéresse rapidement au clan Dominici, dominé par Gaston, un paysan bourru. Sa femme Marie et ses fils Gustave et Clovis lui sont entièrement soumis.
Les enquêteurs, confrontées à des pistes brouillées, peinent à démêler l’écheveau. Les traces sont trop nombreuses sur le véhicule des Drummond, des empreintes suspectes ont été piétinées par les curieux accourus sur les lieux. Gustave reconnaît tardivement qu'Elizabeth n'était pas morte quand il a donné l'alerte et qu'il a déplacé son corps afin de récupérer des douilles. Condamné le 13 novembre 1953 à deux mois de prison pour non-assistance à personne en danger, Gustave purgera sa peine avant de retourner à la ferme familiale.
Un an s’écoule avant que Gustave ne soit à nouveau interpellé, suite à de nombreux témoignages. Il accuse alors son père, de même que son frère Clovis qui affirme l'avoir entendu clamer être l'auteur des assassinats. Arrêté, le patriarche passe aux aveux: il a surpris Mme Drummond en train de se déshabiller et lui a fait des avances. Le mari est intervenu et Gaston a tiré sur le couple avant de poursuivre la fillette. Mais quelque temps plus tard, le patriarche se rétracte et assure qu’il a par ses aveux voulu préserver le vrai meurtrier, Gustave. Il n'en démordra plus.
Son procès, qui débute le 17 novembre 1954 à Digne, est houleux. A 77 ans, sans preuve et sans mobile, Gaston est condamné à mort le 28 novembre 1954. Sa peine est commuée en réclusion à perpétuité en 1957, puis le général de Gaulle le gracie. Il est libéré le 14 juillet 1960 et meurt cinq ans plus tard dans un hospice.
En 1956, une nouvelle instruction aboutira à un non-lieu. La famille Dominici demande alors plusieurs fois, en vain, la révision du procès. Toutes les hypothèses sont avancées, y compris certaines voulant que Drummond, soupçonné d'être un agent britannique, ait été liquidé avec sa famille par les services secrets soviétiques ou qu'il ait été victime d'un règlement de comptes entre anciens résistants sur fond de trafic d'armes.
L'affaire Dominici, grand dossier criminel (Newsnet)
Créé: 11.09.2012, 11h18
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