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Analyse

Ce que les experts disent du «dépeceur» canadien

Par Sandrine Perroud. Mis à jour le 06.06.2012

Alors que deux écoles canadiennes ont reçu mardi de nouvelles parties de cadavres, voici l'avis de criminologues canadiens, français et suisses sur Luka Rocco Magnotta, et notamment sur la possibilité qu’il ait déjà tué.

1/16 L'image la plus récente diffusée du tueur présumé Luka Rocco Magnotta, âgé de 29 ans. Il doit être extradé ces prochains jours de l'Allemagne vers le Canada.
Image: AFP

   

Nouveaux colis

La police canadienne a rapporté qu'un colis contenant une main avait été ouvert vers 13h, mardi, à l'école primaire False Creek, au sud du centre-ville de Vancouver.

Moins d'une heure plus tard, un pied a été trouvé par des membres du personnel de l'école St. George, une institution privée réservée aux garçons, dans le secteur ouest de la ville.

Rien n'indique que des étudiants et des membres du personnel de l'une ou l'autre de ces écoles aient été ciblés. Et on ignore si ces restes humains ont un rapport avec le corps démembré d'un étudiant chinois, Jun Lin, découvert à Montréal la semaine dernière.

Les autorités policières de Vancouver ont fait savoir qu'elles recevaient l'aide du Bureau des coroners de la Colombie-Britannique afin d'identifier les restes humains. L'enquête tentera aussi de déterminer la provenance des colis. (ap)

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L’étudiant chinois gisait nu, les yeux bandés et les membres ligotés à chaque coin du lit. Copiant le film Basic Instinct, le tueur de Montréal s’est filmé en train de le frapper avec un pic à glace. En fond sonore, il a diffusé True Faith du groupe New Order, autre référence cinématographique, cette fois-ci au début du film American Psycho, dépeignant la double vie d’un psychopathe.

Après avoir découpé le corps de sa victime en plusieurs morceaux avec un couteau et une fourchette, Luka Rocco Magnotta a placé le torse dans une valise, qu’il a déposée près de chez lui. Il a aussi envoyé deux colis, un pied et une main ; l’un au parti conservateur canadien, l’autre au parti libéral (gauche).

Hier, deux autres colis contenant une main et un pied sont arrivés dans deux écoles de Vancouver ; une école primaire, et un institut privé réservé aux garçons. La police doit encore déterminer s’il s’agit de la victime de Montréal, dont la tête n’a pas encore été retrouvée (voir encadré).

Outre ses actes, que sait-on finalement du «dépeceur de Montréal» lui-même? Âgé de 29 ans, il s’appelait Eric Clinton Newman avant de changer de nom en 2006. Il n’a plus de contact avec sa famille depuis longtemps. Ancien acteur pornographique bisexuel, il a cherché la notoriété en plaçant des vidéos sur des sites gores dans lesquelles il tuait des chats.

Sur la base de ces éléments et de la vidéo de son crime, de nombreux criminologues ont livré ces derniers jours leur analyse dans la presse.

Gilles Chamberland, psychiatre à l’Hôpital du Sacré-Cœur à Montréal, a très vite réagi aux actes de Luka Rocco Magnotta. Selon lui, le suspect doit «être fier de ce qu’il a fait», cite l'Agence France-Presse.

Psychiatre adjoint agrégé au Centre universitaire romand de médecine légale, Gérard Niveau voit dans les actes du suspect «une image assez classique du psychopathe sadique, qui utilise autrui pour satisfaire ses propres pulsions sans limites.»

Tueur en série «en devenir»

Même son de cloche pour le criminologue français, Stéphane Bourgouin, qui juge le tueur «totalement narcissique». Il indiquait lundi soir sur Canal+ avoir visionné la vidéo du crime après avoir été contacté par des policiers de Montréal.

Pour lui, il faudrait se demander si Luka Rocco Magnotta a déjà commis d'autres crimes avant celui de Montréal, en raison de «la sophistication» et du «sang-froid» avec lequel il a tourné cette vidéo, mais aussi de «la cristallisation de ses fantasmes nécrophiles et cannibales», dont elle témoigne. Du moins, on a affaire à «un tueur en série en devenir», assure l'expert, en se basant notamment sur une note jointe à l’un des paquets envoyés aux partis politiques canadiens: «Maintenant que j’ai goûté au sang, j’ai envie de recommencer».

L'hypothèse du tueur en série paraît également plausible pour Gérard Niveau, basé aux Hôpitaux universitaires genevois: «L'aisance dans la découpe du corps de sa victime mais aussi dans la fuite du suspect, mimant une normalité dans son comportement du Canada à Paris, puis à Berlin, fait pencher en faveur d'un scénario élaboré

Un «pervers sexuel sadique»

L’analyse du profil du dépeceur de Montréal permet à Jean-Pierre Bouchard, psychologue et criminologue français, de clarifier un point de confusion dans le Journal du Dimanche: Magnotta n’est pas un «psychotique», mais un «psychopathe»: «Les schizophrènes ont peu d’intérêt pour le sexe, ne préparent pas leur passage à l’acte, laissent généralement des traces évidentes et n’ont pas tendance à jouer avec les médias. Le suspect se rapproche plus du pervers sexuel de type sadique, qui aime faire souffrir, éventuellement jusqu’à la mort», détaille-t-il.

On pourrait donc résumer son propos ainsi: alors que le psychotique tue dans un délire hallucinatoire, le psychopathe cherche à retirer un intérêt personnel de son crime. C’est ce qui rapproche Luka Rocco Magnotta du Norvégien Anders Breivik, ou encore, du tueur de Toulouse Mohamed Merah, soulignera le même chercheur, Le Figaro. L'intérêt personnel pourrait être ici le besoin de reconnaissance ou de notoriété.

La consommation de films gores est aussi un attribut des «pervers sexuels sadiques», explique le criminologue: «Comme les toxicomanes, il leur en faut toujours plus pour connaître la même intensité.» En bref, chez Magnotta «la volonté de s’exhiber et de choquer est au moins aussi forte que la volonté de tuer.»

Troubles du schéma corporel

Le parcours et les actes du suspect permettent de poser une forme de diagnostic sur ses défaillances psychiques, note le psychiatre Gérard Niveau: «Même si le comportement d'une personne ne définit pas toute sa personnalité, certains éléments montrent un grave trouble de son schéma corporel.» Autrement dit, «les limites entre son enveloppe corporelle et psychique» ne sont pas claires chez lui. Ce trouble pourrait selon l'expert expliquer notamment le besoin de démembrer sa victime, mais aussi ses travestissements en femme par le passé.

Pour la même raison, ce serait finalement moins l'attrait de la notoriété selon l'expert suisse que le besoin de se sentir exister à travers «le triomphe narcissique», en voyant son image dans la presse et sur internet, qui a poussé Luka Rocco Magnotta à commettre ses actes sordides: «Tout cela montre un grave problème d'identité», conclut Gérard Niveau. (Newsnet)

Créé: 06.06.2012, 12h40

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