Vers une majorité historique pour Macron

LégislativesLe 1er tour confirme le mouvement de dégagisme et l’explosion des partis. Les candidats macroniens emportent tout… Une génération part à la retraite.

Le président Emmanuel Macron et son épouse Brigitte à la sortie de l’isoloir. Malgré une énorme abstention, le mouvement du nouveau président est près de rafler la mise électorale.

Le président Emmanuel Macron et son épouse Brigitte à la sortie de l’isoloir. Malgré une énorme abstention, le mouvement du nouveau président est près de rafler la mise électorale. Image: Reuters

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Avec 32,2% des voix exprimées en sa faveur, la République en marche fait un véritable carton! Emmanuel Macron a d’ores et déjà réussi la deuxième partie de son pari. Elu le 7 mai président de la république, il pourra bénéficier dimanche prochain 18 juin, date du 2e tour des législatives, d’une majorité absolue et historiquement forte à l’Assemblée nationale. Car ce résultat, traduit en sièges, devrait lui donner entre 390 et 430 élus! Malgré tout, le taux d’abstention record de 51,2% relativise ce succès. Les Républicains-UDI, avec 21,5%, peuvent espérer de 80 à 100 députés. Le FN est, lui, à 14% (1 à 5 sièges). La France insoumise arrive à 11% (10 à 20 sièges) et le PS réalise un score historiquement bas avec 10,2% (de 30 à 40 sièges avec ses alliés divers de gauche).

Lire l'éditorial: «Les macronistes raflent la mise du premier tour»

Humilité et responsabilité chez la République en marche, ce sont les mots d’ordre qui circulent parmi les militants du parti macronien. En effet, aussi bien au QG de campagne, situé dans le XVe arrondissement de Paris, que sur les différents plateaux TV, les porte-parole ont évité tout triomphalisme malgré ce que l’on peut qualifier de vague Macron. Il faut rappeler qu’En Marche!, devenu La République en marche (LREM), a été créé en avril 2016. C’était il y a quatorze mois. Au soir du deuxième tour, le 18 juin prochain, il pourrait obtenir plus de 400 sièges. Une majorité historique qui dépassera celle obtenue par l’UMP lors des législatives de 2002. Le parti de Jacques Chirac dénombrait 365 députés sur 577. En 2017, l’estimation la plus basse donne en effet 390 sièges à LREM. Et la plus optimiste va jusqu’à lui donner 445 sièges.

«La France est de retour»

«Pour la troisième fois consécutive, les Français ont placé en tête d’un scrutin le projet d’Emmanuel Macron. Celui du renouvellement et d’un nouveau visage de la république! Le gouvernement, comme le président, est déjà à l’œuvre depuis un mois. La France est de retour!» Edouard Philippe, en qualité de premier ministre, a pris la parole pour saluer la large victoire de son camp. Il y avait cinq ministres dont le sort était lié à ce scrutin. Notamment Bruno Le Maire, transfuge LR et ministre de l’Economie, qui a ainsi réalisé avec 45% des voix son «meilleur score de premier tour». Tandis que le contesté ministre Richard Ferrand, mis en cause dans une affaire immobilière, vire néanmoins en tête dans la 6e circonscription du Finistère avec 34% des voix.

C’est donc bel et bien un renouvellement de la classe politique en faveur des candidats du parti d’Emmanuel Macron qui se dessine. Une génération de politiciens s’apprête à quitter la scène. Et cela ne touche pas uniquement les élus socialistes ou Les Républicains. Ainsi le centriste Jean Lassalle, candidat à la présidentielle et maire d’une petite commune des Pyrénées, arrive en deuxième position derrière un inconnu avec l’étiquette LREM.

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A noter que les nombreux candidats de LREM en mesure d’être élus vont donner un sacré coup de neuf au parlement. Car pour la moitié ce sont des femmes et environ les deux tiers d’entre eux n’ont jamais exercé de mandat électif. Il y aura donc beaucoup de nouveaux visages à l’Assemblée nationale lors de la prochaine rentrée et une parité presque approchée. Selon les estimations, il devrait y avoir 40% de femmes (tous partis confondus) au Palais-Bourbon. Le dégagisme a encore fait des victimes: de nombreux ténors ont été éliminés, dont Jean-Christophe Cambadélis (PS), Jean Glavany ou Mathias Fekl.

La recomposition…

Le Parti socialiste entre lui aussi dans l’histoire. Mais par la petite porte avec son 10,2% (avec ses alliés). Ce score va le faire reculer à 30 à 40 sièges alors qu’il disposait de 313 sièges en 2012. «Le pluralisme est essentiel à la vie politique. Il ne peut y avoir de parti unique à l’Assemblée», s’est alarmé Jérôme Guedj, un des ténors socialistes et soutien du candidat à la présidence Benoît Hamon. Au siège du PS, l’ambiance est évidemment morose (lire ci-contre).

Pour la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon a qualifié la situation politique d’«instable et de trompe-l’œil» et a exhorté les Français à ne pas donner «les pleins pouvoirs au parti du président!» Reste que si sa situation personnelle à Marseille semble plutôt bonne, Jean-Luc Mélenchon a dilapidé le capital de voix dont il pouvait disposer après son excellent score au 1er tour de la présidentielle: 18%. Avec à peine 11%, ce sont des millions de voix mélenchonistes qui se sont perdues. Autre disparition constatée, celle du vote FN. Avec 14% au niveau national, le parti de Marine Le Pen est très loin du 21% réalisé il y a à peine six semaines. La démobilisation suite à la déception de la défaite mais aussi le flou et les controverses sur la refondation de la ligne du parti ont sans doute joué un rôle. Marine Le Pen réalise, à titre personnel, un score canon (47%) dans sa circonscription du Pas-de-Calais. Florian Philippot est lui en difficulté dans sa circonscription de la Moselle. Le vice-président vire en tête (23,8%) mais est talonné par un candidat LREM (22%). Le presque dissident a besoin d’une victoire pour asseoir sa ligne et l’imposer au FN qui le rejette de plus en plus.

Les constructifs préservés

Les Républicains et l’UDI pourraient limiter la casse avec quelque 100 sièges. Ils en avaient 225 lors de la précédente législature, c’est donc tout de même une sacrée déculottée. Qu’il faudra encore analyser en détail, car le parti est profondément divisé depuis l’échec de la présidentielle. Ainsi une partie des Républicains tournent le dos au futur président et très droitier Laurent Waulquiez. Ils ont fondé un groupe étiqueté les «constructifs» et veulent travailler avec Emmanuel Macron et le premier ministre Edouard Philippe, issu des Républicains. Ce groupe de plus d’une vingtaine d’élus a été préservé par LREM qui n’a pas présenté de candidats dans leur circonscription. Ils devraient donc renforcer la majorité présidentielle!

François Baroin, chef de file de LR pour les législatives, a lui appelé à un débat «projet contre projet». De toute évidence, il n’y a ni leader, ni projet, ni ligne dans le parti héritier du gaullisme. François Baroin, encore et toujours à contretemps, en appelle toujours au rééquilibrage de la vie politique alors que les institutions de la Ve République ont été dessinées justement pour donner une large majorité au président élu. Dans l’esprit de ses créateurs, c’était un homme de droite…

Emmanuel Macron a donc quasi réussi son OPA sur la vie politique française. Reste un autre fait marquant: l’abstention record. Ce 51,2% n’est pas qu’un élément technique du scrutin. Il est signifiant. Primo, il permet de comprendre la mécanique des 577 affiches du deuxième tour de la semaine prochaine. En effet, le ticket de qualification se situe à 12,5% des électeurs inscrits. Avec une abstention de 50%, cela représente environ 25% des suffrages exprimés. Il y aura ainsi moins de triangulaires que prévus. Et les nombreux candidats LREM arrivés en tête ou en deuxième position bénéficieront des reports face à un concurrent FN ou de la France insoumise. De plus, tout indique que l’électorat Macron va rester beaucoup plus mobilisé que celui des trois autres grands blocs qui s’étaient dessinés au soir de la présidentielle: le Front national, Les Républicains-UDI et la France insoumise.


En France voisine, les fiefs historiques de la droite sarkozyste sont emportés par la vague

Malgré son ancrage local, le secrétaire général des Républicains, Bernard Accoyer, n’est pas parvenu à endiguer la vague de la République en marche (LREM) qui a déferlé sur les six circonscriptions de Haute-Savoie. L’ancien président de l’Assemblée nationale, fidèle soutien de Nicolas Sarkozy, avait décidé de se retirer et de pousser la candidature d’Annabel André-Laurent (LR) sur la 1re circonscription. Mais c’est la candidate de la République en marche, Véronique Riotton, qui arrive en tête. Sur la deuxième circonscription, le député sortant Lionel Tardy, investi par Les Républicains, est lui aussi victime de l’effet de souffle. Contre toute attente, la candidate soutenue par le mouvement d’Emmanuel Macron, Frédérique Lardet, le devance à Annecy (40,72%). Autre surprise sur la circonscription d’Evian-Thonon, où Marion Lenne (36,22%) met en déroute la candidate des Républicains Patricia Mahut (12,44%), qui était soutenue par le député-maire d’Evian Marc Francina. Sur la circonscription d’Annemasse, la tendance observée dans tout le département se confirme. Avec 36,58% des suffrages exprimés, Laura Devin (LREM) devance la députée sortante Virginie Duby-Muller (LR) qui arrive en seconde position (32,62%). Dimanche prochain, la République en marche pourrait rafler les six circonscriptions de la Haute-Savoie, considérée comme un bastion de la droite Sarkozyste. Un gigantesque coup de tonnerre en perspective. Dans l’Ain, la députée sortante Stéphanie Pernod Beaudon (LR), qui avait hérité de la circonscription d’Etienne Blanc (Belley, Bellegarde, Ferney, Divonne), pourtant très ancrée à droite, essuie un cuisant revers en arrivant loin derrière Olga Givernet (LREM). A.J.

(TDG)

Créé: 12.06.2017, 07h20

Veillée funèbre au siège du Parti socialiste à Solférino

Au siège du Parti socialiste, rue de Solférino à Paris, l’ambiance est à la veillée funèbre, dimanche soir. Et le nom «Solférino» sonne bien pour évoquer le désastre sur un champ de bataille. Mais aujourd’hui, aucun Henri Dunant ne viendra réchauffer les cœurs meurtris. Heureusement, les cadavres ne sont que symboliques, sous forme de parlementaires «dégagés». Toutefois, la perte est colossale. De 273 députés à l’Assemblée nationale, le PS va passer à 20 ou 35 élus, selon les projections pour le second tour. Battu, son premier secrétaire Jean-Christophe Cambadélis a la tête des très mauvais jours, le front emperlé de sueur et le regard noir.

S’il admet la défaite du PS – comment faire autrement? – Cambadélis pointe l’abstention «qui atteint un niveau historique» et lance une pierre dans le jardin en pleine floraison d’Emmanuel Macron: «Il n’est ni sain ni souhaitable qu’un président n’ayant reçu que 24% au premier tour de la présidentielle et élu au second tour grâce au rejet de l’extrême droite obtienne la majorité absolue.»

Mais ces paroles lasses ne convainquent personne. A Solférino, aucun «éléphant» n’a daigné barrir devant les micros, mis à part Jean-Christophe Cambadélis. Mais certaines figures connues semblent déjà avoir tourné la page de ce PS fondé par Mitterrand en 1971 sur les ruines de la SFIO. Par exemple Gérard Filoche, héraut de l’aile gauche: «J’ai œuvré de toutes mes forces pour que Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon concluent un accord avant le premier tour de la présidentielle. Cela ne s’est pas fait et voyez le résultat! Il n’empêche que Benoît Hamon avait récolté 2,4 millions de suffrages. Ce n’est pas rien et cela constitue une base pour se reconstruire. Je lutte pour créer un grand parti de gauche plurielle incluant toutes les composantes de la gauche, y compris les partisans de Mélenchon, bien entendu. Mais soyons clairs, dans ce parti, il n’y aura aucun macronien. On ne saurait être socialiste et favorable à Macron.»

L’une des rares élues socialistes présentes au siège, la sénatrice et ancienne ministre Marie-Noëlle Lienemann, quitte Solférino en rasant les murs à toute vitesse pour éviter les journalistes. Vaine crainte. Aucun micro ne se tend. Personne ne se retourne sur cette petite souris qui se fond au milieu des passants. Bienvenue dans la sphère des anonymes.

Jean-Noël Cuénod

La droite sauve les meubles

Malgré un score médiocre et très décevant, les Républicains s’affichent comme la deuxième force politique du pays, au soir de ce premier tour. La droite et le centre pourraient pourtant perdre la moitié de leurs députés. Face aux candidats de la République en marche, il y aura dans nombre de circonscriptions des candidats LR. Il s’agit donc de mobiliser. Le Haut-Savoyard Bernard Accoyer, secrétaire général de LR, a appelé à «un réveil» pour ne pas se retrouver «avec un parti unique». Et François Baroin enfonçait le clou, en dénonçant un prochain «choc fiscal» et «des privations de libertés publiques».A l’inverse d’une opposition ferme, Thierry Solère, organisateur de la primaire de la droite, engrange les fruits de son soutien au président, en étant en tête avec plus de 44%, malgré une dissidence à droite qui réalise plus de 30%. A Paris, Nathalie Kosciusko-Morizet est menacée, malgré «sa main tendue» au président Macron. Il lui faudra gagner les voix qui se sont portées sur des dissidents à droite, pour espérer survivre face au candidat LREM qui obtient 44%. Dans la même circonscription, Henri Guaino, conseiller du président Sarkozy, fait 3%.
O.B.

Le FN recule, pas Marine Le Pen

Au Front national, on est loin du score record du premier tour de la présidentielle. La dynamique semble brisée. L’objectif modeste de constituer un groupe (15 députés) à l’Assemblée s’éloigne déjà pour le parti d’extrême droite. Il n’y avait pas eu depuis longtemps un scrutin qui n’enregistre pas une hausse du vote FN. Un coup d’arrêt? Seule Marine Le Pen, à Hénin-Beaumont, est largement en tête, dans un ballottage très favorable avec plus de 45%. Son compagnon Louis Aliot, dans les Pyrénées-Orientales, est aussi en tête avec 30%. Ailleurs, c’est plus compliqué. En Moselle, Florian Philippot est très légèrement en tête avec 23,35% des voix, juste devant le candidat de la République en marche à 22,30%. Un front républicain au second tour devrait l’empêcher d’être élu. Dans le Gard, une des «grandes gueules» du parti d’extrême droite, un des deux députés actuels du FN à l’Assemblée se place en tête, mais d’un cheveu, face à la candidate de la République en marche Marie Sara, la torera gardoise. Dans la circonscription de Marion Maréchal-Le Pen, qui ne se représentait pas dans le Vaucluse, le FN est derrière le candidat Macron.
O.B.

La déconfiture du Parti socialiste

Presque tous les députés sortants éliminés dès le premier tour sont des socialistes. Le score historiquement bas du PS et de ses alliés PRG et divers gauche montre à quel point l’électorat socialiste a été aspiré par la République en marche. Même Benoît Hamon, le candidat PS à la présidentielle, est éliminé. Parmi les ténors de l’Assemblée sortis dès ce dimanche, on trouve Patrick Mennucci à Marseille, qui était face à Jean-Luc Mélenchon, Jean Glavany dans les Pyrénées ou encore le ministre Matthias Fekl. Les seuls qui résistent sont ceux qui n’avaient pas de candidat de la République en marche face à eux, comme Stéphane Le Foll, le plus fidèle des hollandistes, ou Manuel Valls, ex-premier ministre. Les autres sont emportés par la vague. Les frondeurs sont eux aussi balayés. C’est le cas d’Aurélie Filipetti en Moselle, éliminée elle aussi dès le premier tour. Jean-Christophe Cambadélis, le premier secrétaire du PS, ne devrait pas pouvoir conserver son poste, puisqu’il a été battu dimanche. Les mauvais résultats du PS auront aussi des conséquences financières. Il est probable que le parti de François Mitterrand ne pourra pas conserver le siège, rue de Solférino.
O.B.

Des ministres REM rassurés

Tout semble réussir à La République en marche! Au soir du premier tour, aucun ministre du gouvernement d’Edouard Philippe ne semble devoir perdre son portefeuille, selon la règle établie, parce qu’il serait battu. Même Richard Ferrand, empêtré dans les affaires, arrive en tête en Bretagne avec 33%. L’ancien candidat à la primaire de la droite, Bruno Le Maire, réalise un très bon score dans l’Eure avec près de 45,5%. Le porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner, engrange 44% des voix dans les Alpes-de-Haute-Provence. Benjamin Griveaux, un des proches du président Macron, est lui aussi largement en tête à Paris avec plus de 40%. Seule la ministre de l’Outre-mer, Annick Girardin, est en ballottage inconfortable à Saint-Pierre-et-Miquelon, avec 41,5% face au vice-président du conseil territorial. Elle avait gagné l’élection au premier tour lors des deux dernières législatives. «Pour la troisième fois consécutive, vous avez été des millions à confirmer votre attachement au projet de renouvellement, de rassemblement et de reconquête du président de la République», soulignait le premier ministre et chef de la majorité, Edouard Philippe.
O.B.

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