«A Beslan, Poutine ne nous a pas protégés»

RussieLe 1er septembre 2004, la rentrée des classes à Beslan a viré au cauchemar. Dix ans après, des questions restent sans réponse.

Beslan, le 4 septembre 2004.

Beslan, le 4 septembre 2004. Image: SERGEI CHIRIKOV/EPA

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Pour la première fois, dix ans après la prise d’otages de l’école de Beslan, Ilona ne se recueillera pas ce lundi, pour la rentrée des classes, dans le gymnase où sa vie a basculé. C’est là, le 1er septembre 2004, que des terroristes l’ont tenue prisonnière avec quelque 1000 autres enfants, enseignants et parents. Entre les deux paniers de basket de cette banale salle des sports scolaire, étaient suspendues grenades et bombes.

Lourd bilan de 334 morts

«J’étais juste à côté lorsqu’au troisième jour, cela a explosé», confie calmement Ilona, aujourd’hui une belle jeune fille de 18 ans. Gravement touchée à la tête, elle porte à peine sur son visage les traces des longues années de chirurgie. C’est une adolescente vive et gaie. Mais son regard s’égare lorsqu’elle évoque sa mère et son frère, décédés dans l’école. Rencontrée à Beslan par une récente chaude après-midi, cette même canicule qui avait étouffé les enfants privés d’eau par les terroristes, Ilona raconte par bribes les cinquante-deux heures de calvaire.

Pendant longtemps, après le drame, elle avait pris l’habitude de s’endormir avec une bouteille d’eau à côté de son lit. «Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Nous avons une vie normale, même si notre sens des valeurs est différent des autres», sourit-elle.

Comme la plupart des ex-enfants otages, Ilona a peu suivi l’enquête et ne s’intéresse guère aux suites judiciaires. La liste des questions laissées en suspens est pourtant longue, comme le rappelle Suzana Dudieva, présidente du comité des mères de Beslan. L’enquête a certes permis la condamnation à la prison à vie du seul terroriste retrouvé vivant. Mais elle n’a pas éclairci les circonstances de l’assaut final des forces russes dont l’objectif aurait été plus de tuer les terroristes que de libérer les enfants. Bilan: 334 morts dont 186 enfants. Les parents veulent découvrir la cause de la première explosion, point de départ du chaotique dénouement. A-t-elle été provoquée par un tir d’un sniper? Les forces russes ont-elles tiré aux lance-flammes, puis avec des tanks?

L’enquête piétine

«A Moscou, les enquêteurs changent tout le temps et ne répondent jamais. Cela traîne et cela arrange bien les autorités. Aucun officiel responsable de l’assaut, ni à Moscou ni ici, n’a été poursuivi», fustige Suzana Dudieva. Son nouvel espoir est la plainte déposée à la Cour européenne de justice, à Strasbourg. «Les terroristes sont coupables. Mais les autorités, Poutine, ne nous ont pas protégés. Le président aurait dû venir sur place pendant la prise d’otages», lance de son côté Ilona.

Agée de 8 ans lors du drame, la jeune fille dit n’avoir vraiment compris le fil des événements qu’à 16 ans. «J’ai commencé alors à construire mon propre chemin dans la vie», explique Ilona qui, en ce début septembre, fait sa rentrée à École des hautes études en sciences économiques. C’est l’un des plus prestigieux établissements de Moscou. Et c’est là que, étudiante, elle se trouvera ce lundi. Pour, dix ans après la prise d’otages de Beslan, lancer véritablement sa nouvelle vie, loin de son école et de son enfance.

(TDG)

(Créé: 31.08.2014, 21h38)

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