La Une | Vendredi 25 mai 2012 | Dernière mise à jour 22:33
Eternit

Le verdict du maxi procès sur le drame de l'amiante tombera lundi

Mis à jour le 10.02.2012

Une peine de vingt ans de prison a été requise contre l'ex-propriétaire du groupe suisse Eternit et un ancien actionnaire belge d'Eternit Italie, accusés d'être responsables de la mort d'environ 3000 personnes.

Les deux hommes sont accusés d'avoir provoqué «une catastrophe sanitaire et environnementale permanente» et enfreint les règles de la sécurité au travail.

Les deux hommes sont accusés d'avoir provoqué «une catastrophe sanitaire et environnementale permanente» et enfreint les règles de la sécurité au travail.
Image: AFP

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Le milliardaire suisse Stephan Schmidheiny et le baron belge Jean-Louis Marie Ghislain de Cartier de Marchienne sont accusés d'être responsables de la mort d'environ 3000 personnes en Italie, anciens ouvriers ou simples habitants de Casale Monferrato et Cavagnolo (nord), Rubiera (nord) ou Bagnoli (sud), villes où Eternit Italie avait ses usines.

Ce procès, qui s'est ouvert en décembre 2009 à Turin (nord) et a rassemblé plus de 6000 parties civiles, est aussi le premier au pénal: les victimes de l'amiante, qui demandent comme en France par exemple l'organisation de procès similaires, espèrent qu'il puisse créer un précédent.

«En France l'instruction des plaintes pénales déposées il y a 16 ans par des victimes de l'amiante s'éternise», a déploré jeudi dans un communiqué l'association de défense des victimes françaises Andeva.

Le groupe Eternit de Stephan Schmidheiny a été un important actionnaire d'Eternit Italie de 1976 à 1986, tandis que Jean-Louis Marie Ghislain de Cartier de Marchienne a été actionnaire minoritaire et administrateur d'Eternit Italie au début des années 1970.

La société a fait faillite en 1986, soit six ans avant l'interdiction de l'amiante dans le pays. Considérés par le parquet à l'issue d'une enquête de plus de cinq ans comme les responsables effectifs de la gestion d'Eternit Italie, les deux hommes sont accusés d'avoir provoqué «une catastrophe sanitaire et environnementale permanente» et enfreint les règles de la sécurité au travail.

Une immense tragédie

Le 4 juillet 2011, le parquet a réclamé la peine la plus lourde possible pour ces délits, soit douze ans, à laquelle il a ajouté huit ans car les conséquences de ces délits se font encore sentir dans le sens où les personnes exposées à l'amiante peuvent tomber malades plusieurs décennies plus tard.

«Je n'avais jamais vu une telle tragédie (...) Elle a touché différentes régions de notre pays, des salariés et des habitants. Elle continue à semer la mort et continuera à le faire qui sait pour combien de temps», a souligné le procureur Raffaele Guariniello durant son réquisitoire.

La défense a nié en revanche la responsabilité directe dans la gestion de la société italienne des deux accusés, qui ne sont jamais présentés aux audiences.

Connaissance du danger

«J'imagine qu'ils avaient honte, ce qui me semble normal. Le contraire m'aurait surpris», explique Carlo Liedholm, 53 ans, qui a perdu sa femme décédée en 2008 à l'âge de 49 ans. «L'amiante a fait plus de morts ici que le séisme de l'Aquila» d'avril 2009 (309 morts), rappelle-t-il.

«Ma femme est née et a grandi à Casale Monferrato, dans cet environnement plein de poussières. Elle est tombée malade en janvier 2007, à 47 ans. On lui a retiré un poumon, mais il n'y a rien eu à faire. En l'espace de 18 mois, elle a été emportée», raconte-t-il.

«Rien ne pourra me rendre ma femme, c'est une injustice qu'elle soit morte comme des milliers d'autres personnes par la faute de délinquants meurtriers de la pire espèce. C'est une tragédie dont on n'a pas assez parlé», déplore-t-il, avant de s'indigner: «On savait que ce matériau était dangereux depuis les années 60, je suis stupéfait qu'Eternit Italie ait continué ses activités jusqu'en 1986.»

Contactés, les représentants des accusés n'ont souhaité faire «aucun commentaire» avant le verdict, qui ne marquera toutefois pas la clôture du volet judiciaire.

«Je pense que très certainement il y aura des recours en appel, parce que d'une façon ou d'une autre il n'y aura pas de résignation face à la décision prise en première instance, c'est inévitable», avertit Bruno Pesce, coordinateur de l'association des familles des victimes de Casale Monferrato et Cavagnolo.

Et ce d'autant plus que le 3 février, le conseil municipal de Casale Monferrato, après un feu vert initial à une négociation à l'amiable, a finalement refusé 18 millions d'euros proposés par Stephan Schmidheiny en échange de la renonciation de la commune à se constituer partie civile. (afp/Newsnet)

Créé: 10.02.2012, 09h02

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