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Football

L’Euro 2012 va démarrer dans un contexte explosif

Par Arnaud Cerutti. Mis à jour le 03.06.2012

Le championnat d’Europe débute vendredi à Varsovie. Objet de nombreuses questions, liées notamment à la sécurité et au racisme, la compétition marche sur des braises

Coupe Henri DelaunayLe trophée de l’Euro lors de sa tournée dans les stades ukrainiens au début du mois de mai. AP

Coupe Henri DelaunayLe trophée de l’Euro lors de sa tournée dans les stades ukrainiens au début du mois de mai. AP

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Les vignettes Panini sont toutes collées, le compteur ne nous place plus qu’à quatre jours du coup d’envoi, mais la fièvre n’a pas encore tout à fait pris autour de l’Euro 2012, qui débutera vendredi à Varsovie. Pis, le contexte actuel n’est pas des plus rassurants en Pologne et en Ukraine, pays hôtes de la manifestation.

Si, pour l’heure, les plateaux de télé ne sont pas prêts, les questions ne manquent en revanche pas autour de la compétition. Elles concernent autant l’aspect sportif qu’extrasportif. Un comble pour Michel Platini, fervent partisan de la candidature des ex-pays de l’Est, qui ne pensait certainement pas devoir se frotter à tant d’interrogations en attribuant le Championnat d’Europe à ces deux nations.

Pourquoi la Pologne et l’Ukraine?

Pour se souvenir comment le choix des pays organisateurs de cet Euro 2012 a été effectué, il faut remonter au printemps 2007. Dans sa logique d’ouverture alors prônée par son président fraîchement élu Michel Platini, l’UEFA se trouve confrontée à trois candidatures, après en avoir déjà éliminé deux à fin 2006. Ne restent plus que l’Italie ainsi que les duos Croatie-Hongrie et Pologne-Ukraine. Sorti avec le pire score à l’issue du premier tour du scrutin, ce dernier fait la différence, à la surprise générale, au second tour.

Dès lors, de nombreuses voix s’élèvent pour affirmer qu’il s’agit d’un «renvoi d’ascenseur» de Platini, élu seulement trois mois auparavant à la tête de l’organe faîtier.

Quid de l’Espagne?

Championne d’Europe il y a quatre ans en Autriche, puis championne du monde en 2010, l’Espagne rêve en couleurs d’un nouveau sacre, qui lui permettrait d’entrer doublement dans l’histoire. Premièrement, Xavi et Cie seraient les premiers à conserver un titre européen. Deuxièmement, ils signeraient par la même occasion un triplé encore inédit sur la planète foot.

Reste que les voyants ne sont pas tout à fait au vert pour une Roja privée de son buteur David Villa et tiraillée par la rivalité entre les joueurs du Barça et ceux du Real Madrid. La polémique née la semaine dernière entre Piqué et Ramos – qui se détestent – a poussé le sélectionneur Vicente Del Bosque à calmer les ardeurs. «Si les deux ne s’entendent pas bien en coulisses, qu’ils fassent au moins en sorte de s’entendre sur le terrain, car ils n’ont pas le choix», a-t-il prévenu. Au-delà de la «guéguerre» interne, le technicien moustachu sait son équipe tout à fait capable de conserver sa couronne.

Quels outsiders?

Forcément, les Allemands, qui restent sur une série de deux demi-finales en Coupe du monde (2006 et 2010) et une finale d’Euro, font figure de principaux contradicteurs face aux Espagnols. Le football-champagne mis en place par Joachim Löw mériterait une récompense. «Avec Özil, Khedira et Schweinsteiger, nous avons le meilleur milieu de terrain du monde, lance l’ancien sélectionneur Berti Vogts. Je ne connais aucune équipe qui joue avec autant de rythme et d’agressivité que nous. Personne ne peut nous battre. Ni à l’Euro ni au Mondial 2014.»

Ce n’est en tout cas pas ce que pensent les Pays-Bas, qui se placent eux aussi en très sérieux outsiders en Pologne et en Ukraine après avoir atteint la finale de la Coupe du monde 2010. Derrière la Mannschaft et les Oranje, on citera encore, dans une moindre mesure, l’Angleterre, la France, l’Italie et le Portugal comme sélections pouvant détrôner l’Espagne.

Les énigmes

Sportivement, les vraies énigmes sont évidemment les deux nations organisatrices, qui ne devraient pas parvenir à intégrer le dernier carré. Certes, la Pologne a dans ses rangs Obraniak, Blaczsykowski et Lewandowski. Certes, l’Ukraine possède l’expérience de Shevchenko et de Tymoschuck ainsi que le talent des probables révélations que sont Konoplyanka et Yarmolenko, mais tout cela ne devrait pas suffire face aux cadors continentaux. Ces derniers devront en revanche se méfier de l’imprévisible Danemark, de la République de l’Eire conduite par le légendaire Giovanni Trapattoni et de la très joueuse Suède, emmenée par son buteur Zlatan Ibrahimovic. Enfin, bien que l’on ignore ce qu’elle vaut aujourd’hui, la Grèce ne devrait pas pouvoir rééditer son exploit de 2004.

Une dernière pour l’histoire

Mine de rien, une page d’histoire va se tourner après cet Euro 2012. Il se trouve en effet que, dès 2016 en France, le Championnat d’Europe ne réunira plus 16 mais carrément 24?équipes, à la suite d’un vote qui remonte à septembre 2008. Si d’aucuns, rieurs, y voient une chance pour la Suisse de ne plus passer à côté de la compétition, cette redistribution des cartes enlèvera un certain attrait à la compétition. Alors, autant profiter de la manifestation en Pologne et en Ukraine!


Peur sur les pays hôtes

Le défi sécuritaire: pour les pays hôtes, cet Euro 2012 n’est pas qu’une question sportive. En Pologne et, surtout, en Ukraine, le contexte politique est délicat et les observateurs européens craignent de nombreux débordements autour des stades.

A Varsovie, la question des hooligans revient plus souvent qu’à son tour sur le tapis. Ainsi, l’Office fédéral de la police suisse a-t-il décidé d’envoyer une délégation de la section hooliganisme dans la capitale. En avril, les conclusions d’un rapport de la Haute autorité de?contrôle polonaise mettaient en effet en avant l’absence d’une base de?données des supporters interdits de stade.

Pis, le racisme suscite les pires craintes pour les voyageurs. La BBC a récemment diffusé un reportage qui fait froid dans le dos. Preuves à l’appui, le reporter Chris Rogers rapporte les exemples de chants antisémites et les jets de bananes dans un stade polonais, ainsi que l’agression en direct par des fans du club ukrainien de Metalist Kharkiv de quelques fans d’origine indienne… de leur propre équipe! Sur Twitter, l’ex-défenseur d’Arsenal Sol?Campbell a demandé à ses compatriotes anglais de rester chez eux et de regarder l’Euro à la télévision plutôt que?de prendre le risque de finir dans un cercueil…

De l’autre côté de la frontière, en?Ukraine, un attentat a plongé dans la?stupeur la cité de Dnipropetrovsk le?27 avril dernier. D’autres menaces ont plané et planent toujours sur les autres grandes villes du pays. «Il n’y a pas de données attestant que ces explosions étaient appelées à déstabiliser la situation dans notre pays en prévision de l’Euro», a tenté de rassurer Igor Kalinin, directeur du Service de sécurité.

Reste un énorme souci pour le pays d’origine d’Andrei Shevchenko: le cas Ioulia Timochenko. Placée dans d’étranges conditions de détention, l’ancienne première ministre ukrainienne devenue cheffe du principal parti d’opposition avait entamé une grève de?la faim avant d’être finalement transférée dans un hôpital. Les hauts dirigeants européens restent consternés par le sort qui lui est réservé.

Ainsi, le chef de l’Etat français François Hollande et son gouvernement ont d’ores et déjà assuré qu’ils ne rallieraient pas l’Ukraine, cela afin de maintenir la pression sur Kiev à travers ce boycott symbolique. Apparemment, la?chancelière allemande Angela Merkel, le président de la Commission européenne José Manuel Barroso et le président du Conseil européen Herman Van Rompuy feront pareil. Quand on vous dit que l’Euro marche sur des braises… (TDG)

Créé: 04.06.2012, 08h44

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