Deux ans après, plus rien n’est pareil à Charlie Hebdo

France Devenu un symbole, le journal va mieux financièrement. Mais la rédaction s’est déchirée après le drame. La satire est remise en cause.

Hommage mural près de l’ancienne rédaction de «Charlie Hebdo» à Paris.

Hommage mural près de l’ancienne rédaction de «Charlie Hebdo» à Paris. Image: EPA

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«Les réactions d’hostilité à l’égard du dessin satirique se multiplient. Le 7 janvier et tout ce qui en découle a libéré une parole répressive à l’égard du dessin. Il ne faut pas faire ça, vous n’auriez pas dû faire ça. Et maintenant c’est repris pour n’importe quel dessin…» Riss, directeur de la rédaction de Charlie Hebdo, porte un discours d’inquiétude à l’heure de commémorer le deuxième anniversaire de l’attentat de Charlie Hebdo. Ce 7 janvier 2015, une partie de la rédaction du célèbre journal satirique mourrait sous les balles de deux djihadistes qui revendiquaient venger le prophète dont le journal a publié des caricatures.

Cabu, Charb, Honoré, Tignous et Wolinski sont quelques figures du dessin assassinées parmi les onze victimes. Le lendemain, c’est une policière qui meurt à Montrouge avant que son agresseur, le surlendemain, prenne en otage l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes et exécute quatre personnes de confession juive. Il y aura encore le 13 novembre à Paris, Nice, Bruxelles et Berlin. En France, en deux ans, le terrorisme islamiste a fait 238 morts.

«2017, enfin le bout du tunnel», titre Charlie Hebdo dans son numéro de mercredi. A l’intérieur, la rédaction attaque avec sa férocité les intellectuels critiquant ses prises de position sur le terrorisme et l’islam. Le journal est devenu un symbole de la liberté d’expression, mais un symbole contesté. Ses dessins sur les attentats de Bruxelles ou les tremblements de terre en Italie ont provoqué des réactions violentes. Le «bête et méchant» du journal s’exporte parfois difficilement.

Aujourd’hui, la rédaction de Charlie Hebdo vit sous protection policière et l’adresse de la rédaction est tenue secrète. Le directeur Riss n’a accordé qu’un nombre restreint d’interviews. Et tout contact avec la rédaction passe désormais par une agence de communication spécialisée dans la gestion de crise. Paradoxe pour le journal symbole de la liberté de parole et de ton. Tout est désormais calibré.

Actionnariat verrouillé

Ainsi côté tirage, la situation du journal s’est stabilisée après les ventes et abonnements de soutien suscités par l’émotion du drame. Charlie Hebdo écoule désormais 50 000 exemplaires en kiosque et 60 000 par abonnement. Il dispose aussi d’un confortable trésor de plusieurs millions d’euros provenant des dons. Côté rédaction, plusieurs membres historiques de Charlie ont annoncé leur départ, en désaccord avec sa ligne ou pour raisons personnelles: le dessinateur Luz, l’urgentiste Patrick Pelloux ou la journaliste Zineb El Rhazoui.

Comme l’explique un livre paru ces jours – Charlie Hebdo, le jour d’après (Fayard) – la rédaction s’est déchirée depuis le drame. Les auteurs de cette enquête en font un récit accablant: «C’est l’histoire infiniment triste d’un petit journal fauché de doux dingues devenu soudain un porte-étendard planétaire, riche à millions, dont la rédaction implosera sous cette charge trop lourde», écrivent-ils.

En résumé, une partie de la rédaction voulait un partage du journal par le biais d’un actionnariat salarié. De l’autre, deux des trois actionnaires historiques – dont Riss – ont racheté en douce les parts de Charb, une des victimes, et verrouillé tous les pouvoirs. Dans Le Point, Patrick Pelloux, un des partants, image le nouveau Charlie: «Un journal qui prône l’altermondialisme ne peut pas se retrouver entre les mains de deux actionnaires. C’est comme si des militants végétariens bouffaient des entrecôtes.»

(TDG)

(Créé: 06.01.2017, 22h13)

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