A Marseille, un silence assourdissant

Terreur en franceDans le cœur du «quartier arabe», le malaise est palpable. A la sortie de la mosquée, ceux qui condamnent le font discrètement, à l’écart des barbus.

Arrivée pour la prière du vendredi dans une mosquée de Marseille.?

Arrivée pour la prière du vendredi dans une mosquée de Marseille.? Image: AFP

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A quelques rares exceptions, la communauté musulmane de Marseille n’a pas ou peu réagi aux événements de ces derniers jours. Nous sommes allés à la rencontre des fidèles dans un climat de malaise autour de la mosquée de la Porte d’Aix. 

C’est là le cœur du «quartier arabe» de la ville. Le français semble une langue étrangère dans cette foule bruissante et orientale. De fortes odeurs d’épices montent entre la boucherie hallal et les boutiques où l’on vend couscoussiers, électroménager et vêtements colorés. Les femmes qui portent pour la plupart le tchador font les courses pendant que les hommes palabrent à voix basse sur le trottoir. Parfois quelques mots fusent dans la langue de Molière. Ils laissent deviner que le sujet alimente des conversations: «Ce sont des jeunes, ils sont endoctrinés», déplore un passant.

Les choses se corsent à la sortie de la mosquée de la rue Maraval. C’est la prière du vendredi. Les fidèles, surpris d’être apostrophés par un journaliste «étranger», se confient spontanément dans un premier temps. La mosquée est tenue par les fondamentalistes du Tabligh. Elle est suspectée d’être un haut lieu de l’islamisme radical à Marseille. Pourtant, le discours est apaisant: «Nous sommes contre ce qui s’est passé. Ces gens-là n’ont rien à voir avec l’islam. Et puis, ceux qui parlent de notre religion ne la connaissent pas.» Durant le prêche, l’imam aurait relu les versets du Coran qui dénoncent le recours à la violence, affirme notre interlocuteur. Le dialogue s’engage.

Soudain, un barbu tout vêtu de blanc s’interpose. Son regard est dur, hostile. Il met fin à la conversation. Notre interlocuteur obtempère. Il ne parlera plus. Impossible de converser avec l’imam. «Pas d’imam ici.» L’infidèle est repoussé. Quelques mètres plus loin, Ahmed s’approche. Il était présent lui aussi à la mosquée. «Je n’aime pas ce qui vient de se passer avec vous. Il faut parler. Moi je lis le Canard Enchaîné, et j’aime ça.» Dans cette ville, où la communauté musulmane représente près de la moitié de la population, les tueries de Paris semblent à la fois lointaines et proches. C’est un paradoxe. Personne n’ose évoquer véritablement le sujet qui dérange tellement. On semble sourire pourtant derrière les barbes des fondamentalistes. On crie parfois la haine dans les quartiers Nord. Hier, des vidéos ont circulé sur la Toile. On y voit des jeunes des cités, les yeux brillants de cocaïne, brandissant des couteaux et menaçant les bourgeois des quartiers Sud des pires sévices. Des acclamations étaient montées deux jours plus tôt de la prison des Baumettes à l’annonce du massacre dans les locaux de Charlie Hebdo.

Marseille est comme une poudrière qui ne demande qu’à exploser, mais personne ne se résout à allumer véritablement la mèche. Les responsables religieux, musulmans ou non, se sont singularisés ici par la discrétion de leurs communiqués. La ville est gouvernée par une sorte de Yalta des religions. Juifs et catholiques au Sud, musulmans au Nord, à chacun son territoire. Quant aux politiques, de droite ou de gauche, ils ont certes lâchés quelques condamnations, mais finalement du bout des lèvres. Marseille est au cœur de tout. Base arrière de l’islamisme radical, elle a vu l’arrestation par les douaniers, le 30 mai, du tueur Nemmouche, de retour de son massacre bruxellois. Des investigations menées ces derniers jours ont clairement ciblé des soutiens locaux. Ici, les djihadistes ont droit de cité. Mais sans faire de bruit. (TDG)

(Créé: 09.01.2015, 22h27)

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