La barbarie sans limite, arme tactique de Daech

Irak et SyrieL’Etat islamique décapite, crucifie, asservit et viole, immole par le feu… et rase un énorme site archéologique. Délire ou stratégie?

Les djihadistes du groupe «Etat islamique» sont entrés jeudi avec des bulldozers sur le vaste site archéologique de Nimroud pour raser l’antique Kalkhu, capitale de l’Empire assyrien au XIIIe siècle avant notre ère.

Les djihadistes du groupe «Etat islamique» sont entrés jeudi avec des bulldozers sur le vaste site archéologique de Nimroud pour raser l’antique Kalkhu, capitale de l’Empire assyrien au XIIIe siècle avant notre ère. Image: AP

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«Ils tuent la civilisation!» Hier à Bagdad, Ibrahim Daoud était effondré. L’écrivain et poète venait d’apprendre que des djihadistes du groupe «Etat islamique» (surnommé Daech en arabe) étaient entrés ce jeudi avec des bulldozers sur le vaste site archéologique de Nimroud pour raser l’antique Kalkhu, capitale de l’Empire assyrien au XIIIe siècle avant notre ère. Un joyau inestimable, classé au patrimoine mondial de l’humanité.

Déjà la semaine passée, c’est à coups de masse que des statues ont été réduites en miettes au musée de Mossoul, deuxième ville du pays tombée en juin aux mains des extrémistes. Ils auraient aussi mis le feu à la bibliothèque. Délire fanatique? Sur la vidéo du saccage au musée, les disciples du «calife» autoproclamé Abou Bakr al-Baghdadi affirment en effet s’attaquer à l’idolâtrie. Mais en même temps, les djihadistes semblent beaucoup plus pragmatiques quand il s’agit de vendre au marché noir des antiquités plus faciles à écouler. Ce serait même l’une des principales sources de revenus, mise à part les hydrocarbures évidemment. En réalité, pour bien des archéologues, si le site de Nimroud a été attaqué, c’est précisément parce que cela est insupportable pour l’Occident.

Il y aurait ainsi une logique derrière la sauvagerie. Par cet «assassinat culturel», Daech poursuit au fond les mêmes objectifs qu’en décapitant des otages ou en asservissant des femmes: d’une part choquer viscéralement l’Occident et les musulmans dits «modérés» par sa barbarie sans bornes, d’autre part montrer leur impuissance face à l’horreur. En poussant des armées à entrer en guerre au Moyen-Orient, l’Etat islamique démontre son importance, attirant d’autant mieux des recrues pressées d’en découdre. Que ce soient des nouveaux convertis ou des djihadistes issus d’autres groupes radicaux, note Musa al-Gharbi, de l’Université d’Arizona, sur le site d’Al-Jazira.

Gestion de la sauvagerie

Au final, poursuit celui-ci, ces extrémistes sunnites entendent provoquer un «choc des civilisations» en Occident par la montée de l’islamophobie, mais surtout au Moyen-Orient par l’intervention armée de puissances occidentales et de leurs alliés des monarchies du Golfe. Sans oublier l’entrée en jeu des chiites honnis, qu’ils soient irakiens, libanais ou iraniens. Bref, obtenir une polarisation absolue des musulmans, poussés à choisir leur camp.

Cette stratégie implique de monopoliser l’attention. C’est pourquoi «la brutalité doit être toujours plus sauvage, plus inventive et choquante», écrit dans le Guardian le chercheur Hassan Hassan, analyste au Delma Institute d’Abu Dhabi. Il rappelle que les djihadistes de Daech s’inspirent d’un livre intitulé «Gestion de la sauvagerie», écrit par un idéologue qui se fait appeler Abou Bakr. Cet ouvrage recommande clairement une escalade dans la violence barbare. Et une absence totale de pitié.

Le feu interdit

Les conversions forcées des «infidèles», le viol et l’asservissement de femmes yézidies, l’agression de chrétiens (qui sont pourtant des «gens du Livre» en principe protégés par le Coran), les massacres de prisonniers, les décapitations d’otages, les crucifixions, les homosexuels jetés depuis des toits d’immeubles… Tout cela participe du choix rationnel d’une stratégie de l’effroi.

Dans sa guerre de l’abomination, Daech est même allé jusqu’à briser un interdit du Coran. Ainsi, l’immolation par le feu, il y a un mois, du pilote jordanien Maaz al-Kassasbeh, est un acte proscrit par le Prophète. Pour le justifier, les idéologues de l’Etat islamique ont mis en avant le droit de représailles, puisque l’otage avait auparavant bombardé leurs positions. Par ailleurs, ils se sont référés à l’école de pensée hanbalite, qui autorise «les justes» à déclarer leurs coreligionnaires «apostats» sous certaines circonstances et à les traiter en tant que tel. Les musulmans apprécieront. (TDG)

Créé: 06.03.2015, 20h29

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