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Déclaration de guerre

La Corée du Nord doit-elle être prise au sérieux?

Par Laureline Duvillard. Mis à jour le 02.04.2013

Samedi, la Corée du Nord a déclaré entrer «en état de guerre». Dans la presse internationale, plusieurs analystes jugent que Pyongyang, en voulant réaffirmer son autorité, reproduit un schéma devenu classique.

Les troupes nord-coréennes sont prêtes à agir.

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Image: AFP

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Après le lancement réussi d'une «fusée» en décembre dernier, un troisième essai nucléaire en février et l'abrogation en mars du traité de non-agression signé en 1953 avec la Corée du Sud, la Corée du Nord a poursuivi ce week-end l'escalade des provocations. Pyongyang est sur le pied de guerre envers Séoul et son allié américain.

«Les Américains devraient être très préoccupés par ces événements. Si la Corée du Nord venait à détenir la capacité de mettre une ogive nucléaire sur un missile à longue portée et d'attaquer les Etats-Unis, les bombes de Pyongyang pourraient frapper nos amis en Corée du Sud ou au Japon. Il existe aussi le danger que la Corée du Nord exporte sa technologie à d'autres Etats voyous, comme l'Iran, ou à des groupes terroristes», écrit le magazine The Atlantic.

Evans Revere, un ancien employé du Département d'Etat américain, ayant suivi de près les affaires coréennes, juge d'ailleurs dans le Wall Street Journal que la Corée du Nord pourra attaquer des cibles éloignées via des missiles à longue portée d'ici quatre à cinq ans. Les menaces de Pyongyang ne sont donc pas à prendre à la légère. Même si un spécialiste de la Corée du Nord remarque dans le Parisien, qu'«il n'y a pas de dangerosité réelle ni de volonté de se battre, mais un potentiel de nuisance».

Passivité des Etats-Unis

La Maison Blanche de son côté juge qu'il y a une déconnexion entre la rhétorique de Kim Jong-Un et ses actes. «Nous n'avons pas vu de changements dans la posture militaire de la Corée du Nord comme des mobilisations à large échelle ou le positionnement de forces armées», déclare dans le New York Times, Jay Carney, porte-parole de la Maison Blanche.

Si selon plusieurs analystes les Etats-Unis ont déployé ces derniers jours des bombardiers au-dessus de la Corée du Sud pour réaffirmer leur puissance d'attaque, ils conservent un ton modéré envers les menaces de Pyongyang et privilégient une approche diplomatique, comme la Corée du Sud. Même si la présidente de cette dernière a ordonné à son armée de réagir à la moindre provocation nord-coréenne.

«Si nous appliquions à la Corée du Nord un tiers de la pression que nous mettons à l'Iran, il y aurait d'énormes conséquences stratégiques», relève dans le Wall Street Journal David Asher, qui s'est attaché sous l'administration Bush à contrer le développement nucléaire de la Corée du Nord. Les Etats-Unis ne veulent notamment pas entrer en confrontation avec la Chine, alliée de Pyongyang.

Démonstration de pouvoir

Dès lors pour quelle raison la Corée du Nord continue-t-elle à hausser le ton? Plusieurs analystes de la région estiment que les menaces d'attaque nucléaire envers les Etats-Unis et la Corée du Sud sont notamment destinées à renforcer la position militaire de Kim Jong-Un. «On ne sait pas ce que Kim Jong-Un va faire, ce qui est sûr c'est qu'il n'a pas été préparé à accéder au pouvoir, donc il faut qu'il se présente à son peuple comme le père tutélaire de la nation et pour ça, il suit la technique choisie par son père comme par son grand-père: montrer qu'il fait peur aux Occidentaux, aux Japonais et aux Sud-Coréens», explique le spécialiste du Parisien.

D'autre part, la radicalisation de Pyongyang serait destinée à ramener les Etats-Unis à la table des négociations. «Ce n’est pas la première fois qu’une telle escalade arrive. Le comportement agressif des dirigeants nord-coréens est classique. Et puis la Corée du Nord a l’habitude de jouer sur son potentiel de nuisance pour obtenir des concessions», confie un conseiller du Quai d'Orsay (ministère des Affaires étrangères) au Parisien. Et le quotidien de noter que la Corée du Nord souhaiterait négocier de l'aide alimentaire ou encore «l’arrêt des manœuvres conjointes Corée du Sud-Etats-Unis au large de la péninsule».

Poursuite de l'armement nucléaire

Pourtant, plusieurs analystes jugent également que la Corée du Nord n'a aucune intention de céder sur le développement de ses armes nucléaires. «Si la Corée du Nord souhaite réellement obtenir sa légitimité et un traité de paix avec les Etats-Unis, il est désormais clair qu'elle n'abandonnera pas ses armes nucléaires pour atteindre ces objectifs», a écrit dimanche le Guardian .

Dimanche, la Corée du Nord a officiellement qualifié ses armes nucléaires d'«un trésor», non négociable, même pour des milliards de dollars. Ces armes représentent «la vie de la nation et elles ne seront jamais abandonnées aussi longtemps que des menaces impérialistes et nucléaires existeront sur terre», a ajouté Pyongyang.

De plus selon The Atlantic, qui s'est attelé à déconstruire cinq idées reçues sur la Corée du Nord, Pyongyang n'est pas un «royaume hermétique» et n'a plus un besoin impératif d'une aide économique extérieure. Sans compter que ses dirigeants ne sont pas fous et ont toujours agi de manière «pragmatique».

Mais le magazine souligne aussi que la Corée du Nord sait parfois respecter ses engagements. De 1994 à 2002, Pyongyang n'a pas trahi son engagement envers les Etats-Unis et a interrompu son programme d'armement nucléaire. (Newsnet)

Créé: 02.04.2013, 16h52

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