Barack Obama: «Je vous demande de garder la foi»

ReportageLe président des Etats-Unis a fait des adieux émouvants depuis sa ville de Chicago mardi soir et a mis en garde contre la menace qui plane sur la démocratie américaine.

Le président Barack Obama mardi soir au centre de Convention McCormick de Chicago.

Le président Barack Obama mardi soir au centre de Convention McCormick de Chicago. Image: Reuters

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Barack Obama a écrit les dernières grandes lignes de sa présidence mardi soir à Chicago en demandant à des Américains divisés par l’élection de Donald Trump de garder la foi. «Je vous demande de croire», a-t- il lancé. «Pas en ma capacité à amener le changement, mais en la vôtre. Je vous demande de garder la foi inscrite dans les documents fondateurs de ce pays.»

«Yes we can», a-t- il martelé en reprenant le slogan avec lequel il a remporté deux fois la Maison-Blanche en 2008 et 2012. Et il l’a assorti d’une variation qui a résonné comme une défense de son bilan: «Yes we did» (Oui, nous l’avons fait).

Emu, Barack Obama a versé quelques larmes quand il a remercié sa femme Michelle d’avoir été à ses côtés et a fait part à ses deux filles Malia et Sasha de fierté d’être leur père. Le président originaire de Chicago n’était d’ailleurs pas revenu mardi dans le caverneux centre de Convention McCormick où il avait célébré sa réélection en 2012, pour brocarder un Donald Trump qui a promis de démanteler sa politique dès son arrivée à la Maison-Blanche le 20 janvier.

Ce discours d’adieux était un appel à l’union, à la tolérance, mais aussi une mise en garde contre la menace qui plane sur la démocratie américaine. «La démocratie peut flancher si nous nous laissons envahir par la peur», a affirmé Barack Obama. «C’est pour cela que nous, citoyens, devons rester vigilants aussi bien face aux agressions externes que face à l’érosion des valeurs qui nous définissent.»

Le président a cité son engagement pour mettre fin à la torture et faire fermer la prison de Guantanamo, mais s'est inquiété du racisme et de la discrimination. «C’est pourquoi je rejette la discrimination envers les Américains musulmans», a-t- il lancé en faisant une référence implicite à un Donald Trump qui avait proposé d’interdire aux musulmans l’entrée sur le territoire américain. «C’est pourquoi nous ne pouvons pas abandonner les batailles à l’échelle mondiale pour promouvoir la démocratie, les droits de l’Homme, les droits des femmes et des homosexuels et lesbiennes.»

La foule de Chicago qui a applaudi, souri, pleuré, voire même imploré Barack Obama de rempiler pour 4 ans - «Je ne peux pas faire ça» a-t- il répondu en riant - était bigarrée et tranchait avec l’assemblée essentiellement blanche des meetings de Donald Trump. On y a rencontré des féministes, des étudiants, des nostalgiques de la candidature d’Hillary Clinton, des parents, des enfants, des grands-parents unis dans leur volonté de remercier un président qui incarne leur vision de l’Amérique. Daleesia Underwood, une Afro-Américaine portait le t-shirt à l’effigie de Barack Obama qu’elle avait acheté en 2008. «Il est le premier président pour lequel j’ai voté», a déclaré la jeune femme afro-américaine de 29 ans. «J’aime Barack Obama et je crois que je porterais ce t-shirt dans 20 ans.»

Fidèles à un président qui a incarné l’espoir de changement après les années Bush, les milliers de personnes qui se sont massées dans le McCormick Center, ont refusé de se laisser envahir par le désespoir et la peur de voir un Donald Trump détruire ce que Barack Obama a accompli lors de ses deux mandats à la Maison-Blanche. «Il y a des jours plus difficiles que d’autres», a admis Wade Snowden. «Mais nous devons revenir à l’esprit de 2008 et à cet espoir qui unissait les Américains lorsque Barack Obama a été élu. Nous devons continuer à nous engager.»

Katasha Charleston affichait sur son badge «Mr President 2009» sa fierté d’avoir vu Barack Obama être investi comme 44 ème président des Etats-Unis il y 8 ans. «J’étais à Washington pour le voir prêter serment ce jour-là», a-t- elle glissé. «J’ai l’impression qu’il a accompli beaucoup de choses et que beaucoup de gens se rendront compte après son départ.» La jeune femme qui travaille dans le secteur des assurances maladie, a souligné l’importance de la réforme de la Santé promue par Barack Obama, même si elle a reconnu que «tout n’a pas été parfait».

Au moment de dresser le bilan de sa présidence, Barack Obama a admis qu’il restait du «travail à accomplir» et a lancé: «Après tout, si chaque problème économique est présenté comme un affrontement entre des classes moyennes blanches qui travaillent dur et des minorités indignes, les travailleurs de tous horizons vont se retrouver à se battre pour des miettes pendant que les riches se retirent dans des enclaves.» Il a ajouté: «Si nous refusons d’investir pour les enfants d’immigrés pour la simple raison qu’ils ne nous ressemblent pas, nous réduisons les perspectives pour nos propres enfants.»

Régine Jean-Baptiste, une Haïtienne arrivée aux Etats-Unis à l’âge de 4 ans, est repartie inspirée par le discours de Barack Obama : «Je suis une femme noire et immigrée, tout ce que craint la future administration Trump. J’espère trouver ma voix pour pouvoir m’opposer à ce qui risque de nous arriver.» Peu avant que le président ne ne fasse ses adieux, le rockeur Eddie Vedder, a d’ailleurs entonné sur la scène du McCormick Center une reprise de Patti Smith qui symbolise l’espoir affiché par les supporters d’Obama à Chicago au moment où ils s’apprêtent à entrer dans l’ère Donald Trump: «People have the Power» (Le peuple a le pouvoir). (TDG)

(Créé: 11.01.2017, 07h47)

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