Présidentielle américaine
Wilson met du blues et des épices dans la musique du bayou
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Savoy chanson
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Il reçoit chez lui, pieds nus, short, casquette, barbe courte et grand sourire. Les Cajuns ont la réputation d’être cools, relax. Wilson Savoy ne la dément pas. Il s’installe dans la balancelle de sa terrasse pour déguster un air délicieusement stabilisé à 25 degrés. L’adresse est excellente. Elle nous a été donnée par les Mama Rosin, le bouillonnant groupe genevois venu chercher son inspiration dans le bayou. Nous sommes à Lafayette, en Louisiane. Au cœur du pays cajun, chez l’un des musiciens les plus populaires de la région cadienne. Sa renommée dépasse de loin les limites de son état et de son pays. «J’ai traversé six fois l’Atlantique pour des concerts cet été. Avec mon groupe, nous avons joué dans d’innombrables pays d’Europe, mais aussi en Ouzbékistan au Turkménistan, à Dubaï en Arabie Saoudite et bientôt en Australie». Il le dit sans la moindre vanité.
Bien sûr qu’il est Américain, mais Wilson Savoy, 30 ans, est surtout cajun et musicien, attaché à son bout de terre, à sa maison qu’il vient de finir de construire de ses mains. «Les concerts, ca m’occupe la nuit. Mais le jour j’ai du temps. J’aime bien la menuiserie, alors j’ai lu quelques bouquins sur le sujet et je m’y suis mis». Avec un savoir-faire certain. La maison en bois est belle, grande et magnifiquement située. Mais très vite, il revient à la musique. Il parle un français aux accents chaleureux qui emprunte quelques craquantes expressions aux Québecois. Mais il préfère parler anglais. Il aime le français mais ne bataillera pas pour lui. «Le français c’est devenu une langue tendance ici après avoir été interdite jusque dans les années 50. Mais soyons réalistes, elle n’est pas nécessaire, pas comme la cuisine cajun, la danse, la musique. La culture cajun peut survivre sans le français».
Voilà six ans, il a créé son groupe les Pineleaf Boys. «Ne cherchez pas l’origine du nom, on l’a juste lancé comme ça pour rire, on ne s’attendait pas à ce que ça dure». Il tourne aussi beaucoup avec les Savoy Family Cajun Band: son père à l’accordéon, sa mère à la guitare, son frère Joël au violon et lui au piano. «Mes parents sont sans doute les meilleurs et les plus connus des joueurs de musique cajun aujourd’hui. Ils ont tourné dans le monde entier. Dans ma famille, on n’a toujours fait que de la musique, juste de la musique». Wilson ne pouvait échapper à son destin. A dix-huit ans, il s’engageait dans sa première tournée avec les siens, en France. En famille, il est au piano, mais il joue aussi de l’accordéon et du violon. La musique cajun ne se compare pas. La chaire sonore cajun est faite de métissages. Rythmée, épicée, sensuelle parfois, mâtinée de country, blues ou rock, c’est selon. Elle reprend des airs d’antan qui se mêlent aux nouvelles compositions. L’anglais et le français fusionnent dans le texte. «C’est le son qui importe. Certaines expressions, les francophones ne les comprennent souvent même pas. Il n’est pas nécessaires de savoir le français pour faire de la chanson cajun». Mais Wilson le maîtrise bien et le parle souvent, quand il est en voyage ou avec son voisin AJ Domingues, 85 ans, dont c’est la première langue.
Mais que raconte la chanson cajun? «Presque toujours l’histoire de la fille qui quitte son mec. Moi je l’aime comme ça, bluesy. Mais il y a aussi la version hot de la femme qui vous attend au retour d’un voyage».
Avec les Pineleaf Boys, il a été nominé six années de suite aux Cajun Grammy Awards créés en 2005. Wilson Savoy est une star dans son univers, mais si discrète dans un pays qui les consacre généralement avec clips, paillettes et dollars par wagons. Tout ce que déteste Wilson. «Je n’aime pas la musique de nos mégastars. Je ne l’écoute jamais. Elle n’a pas d’âme, rien, zéro, s’enflamme le musicien cajun. Les jeunes aujourd’hui veulent écouter des sons lisses, parfaits, qui ne peuvent sortir que d’un ordinateur».
Wilson n’écoute pas la radio, ne regarde pas la TV. Quand il n’est pas en tournée ou en concert, il aime se prélasser à l’ombre des arbres devant sa maison. Autant dire que la campagne présidentielle n’a aucune prise sur lui. «Je suis pour Obama parce que j’ai l’impression que je partage pas mal de valeurs avec lui. Mais je ne voterai pas, je n’ai jamais voté. Cela ne change rien. De toute façon, ce sont les lobbies du pétrole et autres qui en fait tiennent la présidence et le président». Le fils Savoy ne parle jamais ni politique ni religion. Deux sujets houleux, surtout avec les vieux cajuns résolument conservateurs à l’image du reste de la Louisiane qui, c’est sûr, votera Mitt Romney le 6 novembre. L'interview vidéo de Wilson Savoy:
(TDG)
Créé: 16.10.2012, 07h42
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