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Manifestation sous une pluie battante à Montréal
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«La loi spéciale, on s'en câlisse!», scandaient en choeur quelque 2000 protestataires qui s'étaient retrouvés dans le centre de la ville pour leur trente-deuxième manifestation de nuit consécutive.
Malgré une pluie torrentielle, ces derniers marchaient en tapant sur leurs casseroles, la plupart trempés de la tête aux pieds, beaucoup en simples shorts et sandales, suivant un trajet qui n'avait pas été communiqué huit heures à l'avance à la police.
Pour cette raison, et selon la loi spéciale 78 adoptée le 18 mai par le gouvernement de la province francophone, objet de toutes les contestations car vue comme une entrave à la liberté d'expression et d'association, la manifestation avait été déclarée illégale par les forces de l'ordre.
Ambiance bon enfant
Mais la police la tolérait malgré tout tant que celle-ci ne dégénérait pas. Et sur les trottoirs, l'ambiance était festive. Des personnes de tous âges applaudissaient au passage du cortège, en grande partie étudiant. Certains dans leur voiture reprenaient à coups de klaxon les airs des slogans, tandis que des familles à leur balcon s'étaient aussi armées d'objets métalliques pour prendre part au tintamarre ambiant.
Plusieurs résidents allumaient et éteignaient la lumière de leur salon en signe de soutien aux manifestants. Dans la foule, Stella, 24 ans, ne semble guère embarrassée par la pluie. Pour elle, si le mouvement est parti de la décision du gouvernement d'augmenter les frais de scolarité pour les rapprocher de la moyenne américaine, il est devenu une contestation plus large, non seulement des entraves à la liberté d'expression mais aussi «des mesures d'austérité prises un peu partout face à la crise économique mondiale».
Dans ce contexte, «on veut montrer qu'on peut faire du bruit et exprimer notre opposition librement». Quant au trimestre de cours perdu à cause de la grève étudiante, elle ne voit pas cela comme un «sacrifice». «Moi je suis pour la cause, je me bats pour ça et je n'ai pas peur des coups de matraque», insiste-t-elle, ajoutant que «personne ne comprend pourquoi Jean Charest (le Premier ministre québécois, libéral) est toujours en place».
Vincent Courtemanche, 37 ans, au chômage, prend en photo les manifestants. Il habite dans le quartier et cela fait plusieurs soirs qu'il les entend. Il se dit «fier» que de grands médias français fassent leur une sur l'événement. «On a l'impression de n'être pas tout seul.
Une loi «ignoble»
Ce mouvement exprime aussi un refus de l'injustice, des écarts trop grands entre les riches et les pauvres, y compris dans nos pays industrialisés». Et de lancer «la casserole a débordé...». A quelques mètres, une jeune femme court entièrement nue dans le cortège. Des policiers à vélo l'encerclent et lui demandent calmement de se rhabiller. Elle obtempère, un sourire en coin, avant de montrer son derrière une fois que les agents ont le dos tourné.
Une manifestante, la cinquantaine, éclate de rire. Moins dans l'ambiance, Mohammed se tient à l'entrée de son commerce de nuit, regardant les animations sans bouger. Pour lui, «tout ça ne change rien et ça ne permettra pas de faire changer la loi».
Après presque cinq heures de manifestation, la police municipale a indiqué que tout s'était déroulé dans le calme et qu'aucune arrestation confirmée n'était à déplorer. Un policier a même souligné que les manifestants «se défoulent sur leurs casseroles, c'est mieux comme ça».
Le matin même, quelque 140 personnes issues de 25 organisations, groupes et associations avaient déposé deux recours en justice contre la loi spéciale, jugée «ignoble» et «muselant» le mouvement étudiant. (afp/Newsnet)
Créé: 26.05.2012, 10h07
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