Alain Werner, le Genevois qui poursuit les criminels de guerre

Justice internationaleL’avocat suisse plaide cette semaine à Dakar contre l’ex-dictateur tchadien Hissène Habré. Portrait

Alain Werner

Alain Werner Image: Georges Cabrera

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«J’ai commencé à travailler sur le dossier d’accusation de Hissène Habré en 2008, affirme Alain Werner. Je me devais donc de représenter les victimes lors de ce procès historique contre l’ancien dictateur tchadien.» La défense des victimes de crimes de guerre! Voilà en effet le camp choisi par cet énergique avocat genevois, qui fait partie de l’équipe qui plaide cette semaine à Dakar, au Sénégal, contre le despote déchu.

Le procès de Hissène Habré reprend en effet ce lundi devant les Chambres africaines extraordinaires, un tribunal spécial créé par l’Union africaine pour juger l’ancien dictateur, accusé de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité et de tortures, commis lorsqu’il dirigeait le Tchad d’une main de fer entre 1982 et 1990.

«Hissène Habré a créé une sanguinaire police politique: la Direction de la documentation et de la sécurité, la DDS. Mais il dirigeait tout. Il se comportait comme un chef de camp, alors qu’il était le président de la République. Au cours de ma carrière, je n’ai jamais vu une telle emprise de la part d’un chef d’Etat.»

Pourtant, à un peu plus de 40 ans, l’avocat genevois fait déjà presque figure de vétéran de la justice internationale. En plus de son travail contre Hissène Habré, il a aussi participé au procès de l’ancien dictateur libérien Charles Taylor, en tant que substitut du procureur, puis a représenté les parties civiles du procès contre les Khmers rouge au Cambodge. A la tête de l’ONG Civitas Maxima, il a permis ces dernières années l’arrestation en Europe de trois personnes accusées de crimes contre l’humanité en Afrique de l’Ouest.

Issue d’une famille de loi

Né à Genève dans une «famille de loi» – un grand-père juge, un père spécialisé dans l’arbitrage et une mère aumônière de prison – Alain Werner s’est assez naturellement dirigé vers les études de droit dans sa ville natale. Brevet en poche, il part en 2002 effectuer un master à l’Université Columbia, aux Etats-Unis. C’est là qu’il rencontre l’homme qui le fera se spécialiser dans les crimes de guerre. Un de ses professeurs est en effet Reed Brody, célèbre «chasseur de dictateurs» au sein de l’ONG Human Rights Watch. Celui-là même qui a minutieusement documenté les crimes de Hissène Habré.

Alain Werner décolle ensuite vers Freetown, la capitale d’une Sierra Leone encore profondément meurtrie par une monstrueuse guerre civile. La Suisse finance en effet un poste de conseiller auprès du procureur du Tribunal spécial pour la Sierra Leone, le TSSL, mis sur pied par l’ONU et le gouvernement sierra-léonnais. Le mandat d’Alain Werner doit durer six mois. Le Genevois y restera trois ans.

Arrestation en Suisse

L’avocat prévoyait ensuite d’étudier l’arabe au Caire. Mais ses plans ont été contrecarrés par l’arrestation de Charles Taylor. L’ancien dictateur libérien est poursuivi par le TSSL pour avoir planifié et dirigé des crimes contre l’humanité dans le pays voisin du sien, en utilisant une faction locale, les RUF. Le procureur du Tribunal spécial engage Alain Werner pour l’épauler durant le procès du Libérien, délocalisé à La Haye. Direction le Cambodge, ensuite, pour représenter des victimes des Khmers rouges lors du procès du camp S-21. Puis Londres, où il travaille pour l’ONG Aegis Trust, avant de fonder sa propre structure à Genève en 2012: Civitas Maxima. «Notre travail consiste à documenter les crimes de guerre, une tâche essentielle lorsque l’on veut traduire leurs auteurs devant la justice. Elle est d’autant plus capitale en Afrique de l’Ouest, car il n’existe presque aucune trace écrite des atrocités qui s’y sont déroulées et que l’espérance de vie est très basse.»

Les témoignages recueillis par Alain Werner et son équipe ont déjà permis aux autorités belges et suisses d’arrêter et de poursuivre sur leurs sols deux chefs de guerre et un homme d’affaires impliqué dans des crimes de guerre liés aux «diamants du sang».

«Les institutions de la justice internationales sont encore très politisées, affirme l’avocat. Mais grâce au principe de compétence universelle, on peut aujourd’hui agir ici au nom des victimes en toute indépendance. De nombreux pays européens disposent désormais d’unités contre les crimes de guerres, qui permettent d’arrêter des criminels qui se trouvent sur leurs sols où qui possèdent leur nationalité. Cela, même si les crimes ont été commis sur d’autres continents.»

(TDG)

Créé: 07.02.2016, 19h00

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