Les leaders autoritaires ont la cote

Big Boss Trump, Erdogan, Duterte et les autres. Partout les hommes forts prennent le pouvoir.

Donald Trump est à la fois un produit de marque et une marque de puissance. Recep Tayyip Erdogan marche sur les pas des Ottomans. Xi Jinping concentre désormais tous les pouvoirs. Vladimir Poutine exporte sa virilité politique sur la scène internationale.

Donald Trump est à la fois un produit de marque et une marque de puissance. Recep Tayyip Erdogan marche sur les pas des Ottomans. Xi Jinping concentre désormais tous les pouvoirs. Vladimir Poutine exporte sa virilité politique sur la scène internationale. Image: Getty/Reuters/Keystone

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Donald Trump, le big boss de la première puissance militaire de la planète, pose volontiers devant la «Trump Tower», un symbole plutôt évident de sa puissance économique. A la tête du pays le plus vaste, Vladimir Poutine, en chef viril, préfère s’afficher torse nu et l’arme au poing. Xi Jinping, maître absolu de l’Etat le plus peuplé du monde, montre tantôt sa force, tantôt son demi-sourire débonnaire. Narendra Modi, nationaliste hindou sans états d’âme, dirige d’une main de fer la démocratie comptant le plus de citoyens. Recep Tayyip Erdogan, le nouveau père de la nation turque, a fait édifier un palais colossal, en fier descendant de l’Empire ottoman. Le président philippin Rodrigo Duterte, le justicier sans cœur, appelle au meurtre et vante ses crimes…

Ils pullulent, les leaders autoritaires! Que ce soit en démocratie ou non, les gouvernants à poigne sont à la mode. Sûrs de leur supériorité, ils promettent de redonner à la nation sa grandeur passée et se posent en défenseurs uniques du peuple face aux «élites corrompues». Ils dirigent leur pays sans ménagement, attaquent les «traîtres» de la presse et des partis d’opposition et font de la diplomatie en tête à tête, entre hommes forts, méprisant la mollesse des instances multilatérales et opérant sans égard pour le droit international. Mais qui sont-ils et qu’est-ce qui les a propulsés au pouvoir?

Démocraties en repli

C’est bien sûr l’arrivée au pouvoir de Donald Trump aux Etats-Unis qui frappe le plus. Voici un homme qui a remporté l’élection en tenant des propos misogynes, en traitant les Mexicains de violeurs et les musulmans de terroristes, en flirtant ouvertement avec l’extrême droite raciste, en insultant ses rivaux républicains et son adversaire démocrate, en affichant son mépris à l’égard des services de renseignement, de la justice fédérale et de l’administration en général, mais aussi en accusant les médias d’écrire des mensonges à son sujet… tout en faisant circuler lui-même les contre-vérités les plus grotesques. Son style autoritaire, son franc-parler et ses «solutions» peu orthodoxes ont ravi un électorat lassé des élites politiques acquises à la mondialisation. En particulier un électorat blanc qui se sait bientôt minoritaire.

Mais la tentation autoritaire n’a pas seulement sévi aux Etats-Unis. Aux Philippines, Rodrigo Duterte a été élu à la présidence l’été dernier malgré (ou à cause de) ses appels à tuer le plus possible de trafiquants de drogue. Il s’est même vanté d’avoir lui-même jeté un criminel d’un hélicoptère en plein vol. Il se place clairement au-dessus des lois. A peine moins brutal, le premier ministre indien Narendra Modi verse peu de larmes lorsque des concitoyens musulmans sont victimes d’attaques. Et il accuse ses opposants politiques d’être de mèche avec le Pakistan, à la fois voisin et ennemi.

En Europe, la Hongrie, par exemple, est gouvernée depuis 2010 par Viktor Orban, qui a mis au pas la justice et réprime les médias d’opposition. Il a aussi fait construire un mur à la frontière pour barrer la route aux réfugiés, au mépris du droit d’asile. La crise migratoire a fait fructifier l’extrême droite un peu partout. Verra-t-on bientôt la France prendre elle aussi la pente de l’autoritarisme en élisant Marin Le Pen?

Vent de «démocrature»

Certaines démocraties deviennent progressivement des vitrines dissimulant un régime autocratique frisant parfois la dictature. En Turquie, Recep Tayyip Erdogan a obtenu le 21 janvier une modification de la Constitution pour instaurer un système présidentiel fort et lui permettant de se maintenir au pouvoir jusqu’en 2029. Cela fera l’objet d’un référendum au printemps, que ce leader très populaire pourrait remporter. Or, suite au coup d’Etat manqué de juillet, il a lancé une gigantesque purge dans l’administration, donnant lieu a d’innombrables procès qui le débarrassent de ses opposants.

Dans la Russie de Vladimir Poutine, le processus est plus abouti: les partis d’opposition sont déjà virtuellement inexistants et les médias critiques font face à d’incessantes menaces et entraves. Cela dit, il ne fait aucun doute que ce président viril reste ultrapopulaire. Autre exemple: l’Egypte d’Abdel Fattah al-Sissi, au nom de la préservation de la démocratie, a mis derrière les barreaux d’innombrables opposants, surtout des Frères musulmans mais aussi des jeunes du Printemps arabe. La répression est plus forte que du temps de l’ancien raïs, Hosni Moubarak, renversé en 2011.

Totalitarisme personnalisé

Autoritaire, la Chine l’était déjà. Mais la République populaire n’a jamais eu de leader aussi puissant que Xi Jinping depuis Deng Xiaoping… ou peut-être même depuis Mao Tsé-toung. Depuis l’automne dernier, le président concentre pratiquement tous les pouvoirs. Sa popularité est entretenue par sa campagne de lutte contre la corruption, qui lui a également permis de briser ses rivaux.

Enfants de la crise

Pourquoi ce bourgeonnement autoritariste? Qu’est-ce qui rend les populations favorables à un leader fort? Nombre d’observateurs notent des similarités entre la situation présente, résultat de la crise financière mondiale de 2008, et les conséquences de la Grande dépression des années 1930: émergence d’hommes forts dans un contexte d’incertitude économique et de peur face à la montée (ou au risque) de conflits internationaux. La Syrie et ses réfugiés, l’Ukraine aux marches de l’Europe, la souveraineté disputée en mer de Chine du Sud… Les sociétés semblent aussi déstabilisées dans leur identité. Aux Etats-Unis, les électeurs blancs savent qu’ils ne seront bientôt plus majoritaires. Sur le Vieux-Continent, il y a tension entre identité nationale et citoyenneté européenne. La Turquie, elle, tangue entre deux mondes…

Pour ne rien arranger, les garde-fous sont en panne. Comme la presse en crise, par exemple, qui peine de plus en plus à financer un véritable journalisme d’investigation.

(TDG)

Créé: 02.02.2017, 18h20

Platon nous avait prévenus!

Bien avant notre ère, Platon affirmait, dans La République, qu’une pure démocratie évolue tout naturellement vers la démagogie, le populisme puis la tyrannie. Le philosophe grec n’était pas un fan du «pouvoir du peuple», lui qui a vu les Athéniens mettre à mort son maître Socrate…

Dans nos sociétés occidentales, on tend à confondre la démocratie avec le libéralisme politique, c’est-à-dire le respect des libertés individuelles (expression, réunion, etc.) et de celles des minorités (politiques, religieuses, ethniques, sexuelles, etc.). Et peu importe ce qu’en pense la majorité. Au sens strict, c’est donc antidémocratique. Les pères fondateurs des Etats-Unis d’Amérique ont d’ailleurs toujours parlé de «république» et jamais de «démocratie». Les droits constitutionnels priment sur l’avis du peuple.

Par comparaison, la Justice prend des décisions en se basant sur la loi et non pas sur l’avis du peuple. C’est bien connu: un suspect risque d’être lynché par la foule, surtout si sa colère est attisée par un leader charismatique.

Bref, la démocratie n’a jamais été une garantie contre l’autoritarisme. L’Allemagne des années 1930 en fut malheureusement une confirmation. A.A.

Petit guide de survie pour les opposants

Les régimes autoritaires, elle connaît ça. Masha Gessen est née à Moscou dans une famille juive en 1967, à l’ère soviétique. En 1991, après son adolescence et ses études aux Etats-Unis, elle est devenue journaliste et militante pour les droits des minorités sexuelles dans la Russie de Poutine. Fuyant en 2013 les lois antigays discutées à la Douma, cette binationale s’installe New York. La voici maintenant confrontée à Donald Trump. Après l’élection, elle a partagé dans The New York Review of Books ses «règles pour survivre dans une autocratie sans perdre la raison ou son amour-propre».

1. Prendre au sérieux l’autocrate. Ses propos sont invraisemblables, alors on a tendance à penser qu’il joue la provocation et ne mettra pas en œuvre ce qu’il a promis. C’est humain. Dans les années 1930, le New York Times affirmait que l’antisémitisme de Hitler n’était qu’une posture…

2. Se méfier de la «normalisation». Le monde ne s’est certes pas écroulé au lendemain de l’élection de Donald Trump. Mais bien des catastrophes humaines ont été le fruit d’un long processus étalé dans le temps.

3. Ne pas espérer trop des institutions. Museler les médias, fermer les ONG critiques, annihiler les partis d’opposition, contrôler la Justice, modifier la Constitution… Les fameux garde-fous de la démocratie sont, en fin de compte, relativement faciles à démanteler.

4. Rester indigné. Quand l’impensable devient la norme, jour après jour, la société s’y habitue et banalise tout. S’indigner passe pour déraisonnable voire hystérique. Cela devient un acte de résistance, il faut s’y attendre.

5. Refuser tout compromis. On a vu, au cours de la campagne électorale aux Etats-Unis, des républicains qui avaient traité Donald Trump de menteur pathologique et amoral se joindre à lui en fin de course, dans l’espoir (vain) de le raisonner.

6. Préparer l’avenir. Toujours garder à l’esprit qu’un jour, l’autocrate ne sera plus là. Il faut y travailler. A.A.

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