La venue du dalaï-lama à Genève a valeur d' avertissement pour Pékin

Droits de l’hommeLes Etats-Unis sont derrière l’invitation lancée au chef des bouddhistes tibétains. Une initiative non dépourvue d’arrière-pensées

Le dalaï-lama a participé à une table ronde sur les droits de l’homme et le rôle de la société civile, organisée sous l’égide du Graduate Institute of Geneva à la Maison de la paix.

Le dalaï-lama a participé à une table ronde sur les droits de l’homme et le rôle de la société civile, organisée sous l’égide du Graduate Institute of Geneva à la Maison de la paix. Image: Georges Cabrera

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A quatre-vingts ans, le dalaï-lama et ses appels à la paix, l’amour et la tolérance effraye toujours autant le régime chinois. Le moins que l’on puisse dire, c’est que Pékin n’a pas du tout apprécié la publicité faite autour de la venue du chef politique et religieux des Tibétains à Genève. Invité par les missions des Etats-Unis et du Canada, le dalaï-lama a participé, jeudi, à une table ronde sur les droits de l’homme et le rôle de la société civile, organisée sous l’égide du Graduate Institute of Geneva à la Maison de la paix. Soit à quelques centaines de mètres du Palais des Nations.

Personne n'est dupe

Les organisateurs ont pris soin de préciser que l’événement ne s’inscrivait pas dans le cadre des «side-events» officiels agendés en marge de la 31e session du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, mais personne n’a été dupe. Le débat auquel a participé le dalaï-lama aux côtés de la journaliste yéménite Tawakkol Abdel-Salam Karman et de l’avocate iranienne Prix Nobel de la paix Leila Alikarami était animé par l’Australienne Kate Gilmore, haut-commissaire adjointe aux droits de l’homme. Malgré les appels lancés la veille par les diplomates chinois à leurs homologues étrangers pour qu’ils boycottent cette conférence-débat, plusieurs y ont assisté. Mises sous pression, les autorités suisses n’ont pas plié, elles non plus. Elles ont maintenu la tenue de cette conférence et autorisé le rassemblement pro-Tibétains organisé dans la foulée place des Nations et auquel s’est également rendu le dalaï-lama. Plus de 2000 personnes y ont participé.

Une provocation, selon Pékin

Pékin a vu dans cette initiative une provocation. En réalité, il s’agissait d’un avertissement lancé par un Barack Obama et une administration américaine très centrés sur ce qui se passe et pourrait se passer en Asie dans les prochaines années. Jeudi, la veille de cette conférence, l’ambassadeur des Etats-Unis auprès de l’ONU, Keith Harper, a lu devant le Conseil des droits de l’homme une déclaration cosignée par plus d’une dizaine de pays pour dénoncer les «disparitions inexpliquées de citoyens chinois» et les coups de canifs portés à l’autonomie de Hongkong. Ce genre de rappel au droit a l’art d’excéder les autorités chinoises.

Un choix qui ne doit rien au hasard

En offrant une tribune dès le lendemain aux chefs spirituel des Tibétains, Washington en a rajouté une louche. Le choix de Genève pour adresser ce genre de message ne doit rien au hasard. Evidemment, c’est la ville où siège le Conseil des droits de l’homme. Mais on oublie aussi que c’est l’endroit d’où se déploie l’influence chinoise à travers le monde. Pékin y a établi ses plus grosses représentations diplomatiques. La mission chinoise auprès de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) est de loin la plus importante. Depuis quelques années, les émissaires du gouvernement chinois se sentent à Genève un peu comme chez eux. Un peu trop peut-être. Ces derniers mois, plusieurs opposants chinois venus à Genève pour témoigner devant le Conseil des droits de l’homme ont été victimes d’intimidations mais aussi de piratages informatiques sur le territoire suisse, et parfois dans l’enceinte même du Palais des Nations.

Pied de nez

L’invitation lancée au dalaï-lama relève un peu du pied de nez. Vu de Pékin, la parole du Prix Nobel de la paix, elle, demeure toujours aussi transgressive. Pourtant, le propos se veut avant tout universel. Hier, devant un parterre d’étudiants séduits par sa simplicité et son humour, le chef spirituel des bouddhistes tibétains a affirmé que seul l’éducation dès le plus jeune âge pouvait amener à partager des valeurs communes, à respecter les différences et à bâtir une culture de la non-violence. «Pour y arriver les prières ne suffisent pas. Il faut des actes mais aussi de l’enthousiasme», a prévenu le dalaï-lama. Un travail qui appartient aux nouvelles générations et qui doit s’insérer dans un monde devenu global. Le chef religieux se veut optimiste. «Regardez, les Français et les Allemands sont arrivés à se réconcilier. Après la guerre, le général de Gaulle est allé tendre la main à son homologue et tout a changé», a-t-il expliqué. Et pour ce qui est des relations entre Pékin et les Tibétains? «La Chine doit changer. C’est dans son intérêt», explique le dalaï-lama. Ce sera long sans doute mais le Prix Nobel de la paix relève que le président Xi Jinping a souligné, il y a deux ans, le rôle important du bouddhisme dans l’histoire de la Chine. Le dalaï-lama continue d’y voir un signe «positif» même si cela n’a pas changé grand-chose dans la vie des Tibétains.

(TDG)

Créé: 11.03.2016, 18h51

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