Toute la pègre d’Europe s'est convertie au numérique. Europol s'alarme!

Crime organisé Le nombre de groupes criminels explose. Et ils se sont mis aux nouvelles technologies.

Europol surveillent désormais plus de 5000 groupes internationaux (1400 de plus qu’en 2013).

Europol surveillent désormais plus de 5000 groupes internationaux (1400 de plus qu’en 2013). Image: Keystone.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Voilà une révolution dont nos sociétés se seraient bien passées. Fini, le temps où les réseaux mafieux traditionnels se méfiaient encore des jeunes geeks de la cybercriminalité! A en croire le dernier rapport d’Europol sur le crime organisé, les forces de l’ordre sur le Vieux-Continent surveillent désormais plus de 5000 groupes internationaux (1400 de plus qu’en 2013), lesquels ont presque tous recours à des technologies numériques pour commettre leurs méfaits ou en tout cas pour financer leurs mauvais coups.

Des drones chargés de drogue traversent les frontières. Des cambrioleurs repèrent sur Facebook quand des personnes sont absentes de leur logement. Des hackers au service de trafiquants internationaux piratent les ordinateurs de ports commerciaux pour faire croire que les containers chargés de contrebande ont déjà été contrôlés par les services de sécurité ou les douaniers. Ou encore, des entreprises de plus en plus importantes sont victimes de cybercriminels qui pénètrent leurs données sensibles, les cryptent, puis réclament à la firme une rançon pour les récupérer… Moins risqué et extrêmement profitable, ce tournant spectaculaire rend la pègre d’autant plus redoutable que ses communications se font désormais à travers le «darknet», sorte d’internet caché.

Un défi gigantesque

Or, cette évolution s’est opérée en moins d’une décennie, affirme le journaliste d’investigation Misha Glenny, auteur du livre «DarkMarket: How Hackers Became the New Mafia» (Comment les hackers sont devenus la nouvelle mafia). Commentant dans le Financial Times le rapport publié la semaine dernière par Europol, il note que le crime organisé a longtemps résisté aux technologies numériques, les organisations mafieuses évoluant dans un monde où il faut pouvoir s’imposer par l’intimidation et la violence. Le journaliste se souvient d’un hacker suédois racontant qu’il avait échoué à convaincre son père, un mafieux de Malmö, de se lancer dans une campagne en ligne de fraude aux cartes de crédit.

Visiblement, ces temps sont révolus. Europol a vu venir le tournant puisqu’une unité de lutte contre la cybercriminalité - EC3 - a été mise sur pied il y a quatre ans. Mais cela ne suffira pas, bien évidemment. Le défi est gigantesque pour des polices européennes qui manquent de moyens pour mener la traque numérique… à une époque où les budgets de rigueur se multiplient au sein de l’UE.

Startups cybercriminelles

De véritables startups de la cybercriminalité poussent comme des champignons à travers le darknet, vendant leurs produits ou leurs services exactement comme les sites commerciaux licites où chacun peut acheter livres, disques ou n’importe quel objet, après avoir jeté un œil aux commentaires des clients précédents et vérifié le nombre d’étoiles qu’ils ont attribuées au distributeur. Chaque jour, cet «Internet de l’ombre» serait visité par environ 1,7 million d’internautes, dont une majorité (57%) à but criminel, estime le rapport d’Europol.

L’agence européenne appelle les parlements des Vingt-Sept à légiférer pour permettre aux services de police de mieux intervenir dans le darknet. Mais pour compliquer la donne, toute législation risque d’affecter aussi les militants des droits de l’homme, les avocats ou les journalistes qui empruntent ces sentiers cachés pour éviter les filets des régimes répressifs.


Un hacker qui vaut 3 millions de dollars

Le cybercriminel le plus recherché au monde est un Russe insaisissable. Il s’appelle Evgeniy Bogachev dans le civil, mais sur la Toile, il signe slavik, lucky12345 ou pollingsoon. Le FBI a mis sa capture à prix: 3 millions de dollars, la plus grosse somme jamais proposée pour l’arrestation d’un cybercriminel. Ce hacker de 33 ans est poursuivi aux Etats-Unis pour avoir siphonné plus de cent millions de dollars sur des comptes en banque de particuliers, de sociétés et d’administrations. Son nom est apparu en décembre sur la liste des personnes sanctionnées par l’administration Obama, en représailles des ingérences russes dans la campagne électorale américaine.

Le FBI pense en effet que les services secrets russes utilisent les piratages de Bogachev pour leurs propres besoins. Pour la société de cybersécurité Fox-IT, citée par le New York Times, les agences de renseignements russes, le GRU militaire comme le FSB, se sont servies des intrusions de Bogachev pour rechercher des documents classés «top secret» ou du Ministère américain de la défense sur les conflits dans l’est de l’Ukraine et en Syrie. Ces liens peuvent expliquer que Bogachev échappe à la justice et vive en toute tranquillité à Anapa, une station touristique au bord de la mer Noire.

Sa carrière a commencé en septembre 2011 avec la création d’un malware appelé GameOver Zeus, qui lui a permis de prendre le contrôle d’un million d’ordinateurs.

Olivier Bot (TDG)

Créé: 13.03.2017, 18h53

Articles en relation

Les régies genevoises sont les nouvelles cibles des hackers

Piratage informatique Les demandes de rançon pullulent sur le Web. Les pirates informatiques se professionnalisent et rivalisent d’ingéniosité. Plus...

Comment la Suisse traque les pirates informatiques

Renseignement Le chef de la division informatique du Service de renseignement dévoile les coulisses de son métier. Plus...

Un dangereux virus circule sur Facebook Messenger

Internet Se faisant passer pour une vidéo, «Eko» dépose un mouchard dans votre ordinateur. Voici comment s'en débarrasser. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.