Hasni Abidi: «L’opposition modérée agonise à Alep»

Syrie L’enclave rebelle dans la grande ville du nord se réduit jour après jour. Assad ne veut pas de partenaires de négociation

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Combien de temps pourront-ils encore tenir, les rebelles acculés dans le sud-est d’Alep? Cinq nouveaux quartiers de la grande ville du nord sont tombés mardi aux mains des troupes du régime syrien. Du coup, celles-ci y contrôlent non seulement la moitié ouest restée fidèle à Damas, mais aussi 75% de la partie orientale que l’opposition armée administrait depuis 2012.

Cette offensive fulgurante dans l’ancienne capitale économique de la Syrie, lancée le 15 novembre avec le soutien de l’aviation russe et de milices venues du Liban, d’Irak, d’Iran ou encore d’Afghanistan, semble donc en passe d’en finir avec l’insurrection. La communauté internationale, en tout cas, ne bougera pas. A l’ONU, Moscou et Pékin ont mis leur veto lundi à une résolution demandant une trêve d’au moins sept jours. Et les pourparlers prévus ces jours-ci à Genève semblent avoir été annulés, le Kremlin accusant la Maison-Blanche de cet échec.

Une ville clé

«La chute programmée du bastion rebelle d’Alep, c’est un tournant, affirme Hasni Abidi, chercheur au Global Studies Institute de l’Université de Genève. C’est la fin d’un modèle de gestion par des comités de quartier, qui offrait une alternative au régime de Bachar el-Assad. Mais Alep-Est, c’était aussi le centre névralgique des groupes rebelles modérés, dont certains ont été soutenus par les Etats-Unis. Ecraser ces insurgés-là, c’est s’assurer qu’à l’avenir, il n’y aura plus personne avec qui négocier. Damas et Moscou disent cibler le groupe radical précédemment lié à Al-Qaida, qui est effectivement présent au sein de la coalition rebelle, mais c’est bien sûr un prétexte.»

Même si ces derniers rebelles modérés d’Alep-Est réussissaient à s’enfuir, poursuit le chercheur, ils ne pourraient aller que vers l’ouest et la province d’Idleb, contrôlée par des islamistes radicaux. «C’est sans doute le prochain théâtre d’opérations du régime et de ses alliés. D’ailleurs, il y a déjà eu des frappes aériennes ces dernières semaines.»

Bien sûr, il y a bien d’autres poches rebelles: près de Deraa au sud; près de Damas; entre Homs et Hama sur la route d’Alep; dans la région d’Idleb justement, et tout au nord, à la frontière turque, isolant l’un des trois cantons kurdes de Syrie. «Mais la ville industrielle d’Alep a longtemps joué un rôle clé, notamment parce qu’elle permettait de ravitailler les rebelles et de soigner les blessés dans ses sept hôpitaux», rappelle Hasni Abidi. «Ce n’est pas pour rien que Bachar el-Assad est pressé de la reconquérir, alors même que des rebelles contrôlent toujours des zones en banlieue de Damas.»

Fenêtre d’opportunité

Le régime et ses alliés profitent, il est vrai, d’une étonnante fenêtre d’opportunité pour imposer un fait accompli. En effet, il ne peut y avoir de réaction des Etats-Unis, en pleine transition entre Barack Obama et Donald Trump (qui entre en fonction le 20 janvier). Pareil du côté du Royaume-Uni, en crise depuis le référendum sur le Brexit, ou de la France, en campagne présidentielle. L’Arabie saoudite, elle, est engagée au Yémen. Bref, Damas et Moscou ont les coudées franches pour reprendre le contrôle de tout l’ouest du pays, la Syrie dite «utile», laissant le nord aux Kurdes et l’est au groupe Etat islamique. Du moins pour l’instant.

(TDG)

Créé: 06.12.2016, 21h43

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