En Irlande, l’austérité fait de la place au Sinn Féin

Elections législativesLes Irlandais renouvellent leur parlement vendredi. L’électorat d’un parti républicain très à gauche a enflé avec la crise.

Au-delà de sa base républicaine, le succès actuel du parti tient en effet surtout à son positionnement très à gauche.

Au-delà de sa base républicaine, le succès actuel du parti tient en effet surtout à son positionnement très à gauche.

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Les gilets jaunes fluorescents marqués du logo du Sinn Féin se répandent dans le lotissement de Donaghmede. Dix militants accompagnent Mícheál Mac Donncha, l’un des deux candidats du parti républicain à l’élection législative de ce vendredi pour la circonscription de la baie nord de Dublin, qui s’étend à une dizaine de kilomètres au nord de la capitale irlandaise. Un paquet de fascicules à la main, ils vont frapper à toutes les portes du quartier.

A l’apparition des couleurs du Sinn Féin, les réactions sont extrêmes. Les uns les invitent à boire le thé, les autres, comme ce quinquagénaire, leur lancent: «Ah non, désolé, je ne voterai jamais pour vous!» Pour le candidat, elles sont liées à l’image passée du parti. «Si nos opposants politiques nous attaquent souvent sur nos relations avec l’Armée républicaine irlandaise provisoire (IRA), je rencontre rarement des électeurs aussi réticents que celui-là», assure Mícheál Mac Donncha. «Les gens n’ont généralement pas oublié que le Sinn Féin a joué un rôle majeur lors du processus de paix alors que ses dirigeants étaient interdits d’apparaître dans les médias jusqu’au milieu des années 90!»

Le Sinn Féin reste pourtant étroitement lié au visage de Gerry Adams, à sa tête depuis 1983. Et avec lui, aux relations avec l’IRA, même si le politicien a toujours nié avoir fait partie de cette organisation militaire. Des journalistes rencontrés à Dublin nous ont d’ailleurs parlé de subtiles tentatives d’intimidation du parti. Comme s’il n’avait pas totalement tourné la page avec ses comportements passés.

«L’histoire récente du Sinn Féin, caractérisée par Gerry Adams, un homme d’Irlande du Nord au passé trouble, limite son attraction», explique Michael Gallagher, le directeur du département de science politique de l’université Trinity College. «Il est probable qu’il fera bien mieux lorsqu’un élu venu du Sud le remplacera. Mais il profite déjà de son excellente organisation sur le terrain, qui lui permet de transmettre ses messages aux électeurs.»

La crise en soutien

Au-delà de sa base républicaine, le succès actuel du parti tient en effet surtout à son positionnement très à gauche. Le quotidien des Irlandais a été affecté par les nombreuses mesures d’austérité imposées par le gouvernement suite au crédit de 90 milliards de francs apporté fin 2010 par la troïka, composée de l’Union européenne, du Fonds monétaire international et de la Banque centrale européenne. Le nombre de fonctionnaires a diminué de 12% entre 2008 et 2015, leurs salaires ont été amputés de 20%, les aides sociales ont été fortement entamées. La TVA et les taxes sur les alcools et cigarettes ont été augmentées, des impôts créés, etc. «Le manque de logements revient très souvent lors des discussions, tout comme la nouvelle taxe sur l’eau», assure Mícheál Mac Donncha. «Des gens pleurent à leur porte: ils ne peuvent pas la payer et les autorités les menacent de couper leur accès à l’eau.»

L’introduction en janvier 2015 de cette taxe sur l’eau, que les Irlandais payaient jusqu’alors via leurs impôts locaux, a permis au parti de dépasser les 22% d’intentions de vote. La révolte se poursuit et un an après son lancement, la moitié des Irlandais refusent toujours de la payer. S’il est depuis légèrement redescendu dans les sondages, le Sinn Féin est désormais solidement ancré dans le paysage politique irlandais. Tristan de Bourbon (TDG)

(Créé: 25.02.2016, 22h05)
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