Désastre ou aubaine pour l'Accord de Paris? «Les heures qui viennent seront décisives!»

ClimatLe retrait des Etats-Unis pourrait entraîner d'autres pays, comme l'Inde ou l'Australie... ou au contraire unir la planète. Suspense.

Les heures qui viennent pourraient se révéler cruciales quant à la solidité de l'accord de Paris sur la réduction des gaz à effet de serre.

Les heures qui viennent pourraient se révéler cruciales quant à la solidité de l'accord de Paris sur la réduction des gaz à effet de serre. Image: Keystone

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Dans les milieux scientifiques, les mines sont sombres. «Evidemment, ce n’est pas un scoop, Donald Trump avait annoncé ses intentions lors de la campagne présidentielle», rappelle Géraldine Pflieger directrice du Pôle en Gouvernance de l’Environnement et Développement Territorial, à l’Université de Genève. «Mais il s’agit d’une bien triste nouvelle. Le président américain vient de prendre une mauvaise décision pour son pays et pour la planète.»

Mais concrètement, quelles seront les conséquences du retrait des Etats-Unis dans la lutte mondiale contre le réchauffement climatique? Paradoxalement, dans le pays de l’Oncle Sam, l’impact sur les émissions de gaz à effet de serre sera certainement limité. «Dans les Etats les plus sales, le mouvement de désindustrialisation va se poursuivre, ce qui va automatiquement réduire les émissions. Par ailleurs, les mines à charbon ne vont pas rouvrir parce qu’économiquement elles ne sont plus viables. De plus, les grandes villes vont continuer leurs efforts dans la lutte contre le réchauffement. Au final, je pense donc que le fossé entre les Etats industriels et les Etats propres va continuer de s’accroître, mais que le bilan carbone des Etats-Unis ne sera pas catastrophique à la fin du mandat de Donald Trump.»

«Tous les pays du monde vont peut-être se coaliser pour le climat, dans un mouvement de défi contre Donald Trump. Les premières réactions d’Angela Merkel, d’Emmanuel Macron vont d’ailleurs dans ce sens.»

Détricotage ou coalition?

Si localement, la situation semble donc contenue, le péril menace à l’international. La crainte? Revivre le scénario de Kyoto. A l’époque, le refus catégorique du gouvernement Bush de ratifier le traité, en 2005, avait entraîné le retrait du Canada en 2011. «Les heures qui viennent vont être décisives. Si l’Accord de Paris commence à se lézarder, il existe un risque de contagion à d’autres pays, reconnaît Géraldine Pflieger. L’Inde et l’Australie, notamment, étaient très hésitants lors de la signature de l’Accord de Paris. La décision américaine pourrait les inciter à revenir sur leurs engagements. Mais je juge cette hypothèse peu probable.»

Et la spécialiste ose même imaginer un scénario alternatif positif pour le climat: «Tous les pays du monde vont peut-être se coaliser pour le climat, dans un mouvement de défi contre Donald Trump. Les premières réactions d’Angela Merkel, d’Emmanuel Macron vont d’ailleurs dans ce sens.»

Perfide renégociation

Plus largement, l’Union européenne et la Chine ont déjà annoncé qu’ils continueraient à défendre l’accord de Paris. En Suisse, le chef de division des affaires internationales de l’Office fédéral de l’environnement, Franz Perrez, a fait savoir que la décision du président américain ne changerait rien à la «politique ambitieuse» menée. «Ce n'est pas une surprise mais nous sommes déçus, explique Franz Perrez, qui a mené les négociations lors de la COP21. Depuis la COP22 à Marrakech, nous savions que cela allait arriver, mais les objectifs de l’Accord de Paris ne sont pas pour autant remis en question par cette sortie. Les autres pays, notamment la Suisse, restent engagés. En revanche, la délégation américaine était très performante lors des précédentes négociations. Son expérience va nous manquer lors des échanges à venir.»

Reste une solution plus perfide: la négociation. «Tout le monde a retenu la première partie du texte de Trump, à savoir qu’il sortait de l’Accord. Mais la seconde est plus inquiétante: il dit qu’il veut renégocier le texte, explique Géraldine Pflieger. Pour moi, entrer dans ce jeu serait la pire des solutions. Elle conduirait à détricoter un compromis qui a difficilement été atteint pour aller vers des demi-mesures.» Autant à Paris qu’à Berne, cette hypothèse a déjà été écartée: «Je ne vois pas comment cet accord pourrait être renégocié, ajoute Franz Perrez. Et puis n'oublions pas qu'il court jusqu'en 2100. On peut très bien imaginer les Etats-Unis revenir dans 4 ans pour réintégrer l'accord en court de route..."

(TDG)

Créé: 02.06.2017, 16h17

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