Ces îles qui vont être englouties

Réchauffement climatiqueVisitez les îles paradisiaques du Kiribati en plein Pacifique avant qu'elles ne disparaissent. Tel est, en substance, le message cynique transmis dans un livre qui vient de paraître.

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«Quelques degrés de plus et ce pays plongera dans l'inconnu». C'est une des affirmations documentées que l'on peut lire dans le livre qui vient de paraître «Paradis [avant liquidation]» du journaliste Julien Blanc-Gras.

Ce globe-trotter a passé de longs mois dans les minuscules îles de Kiribati, en plein Pacifique, qui utilisent le dollar australien à plus de 4500 kilomètres à l'est de Sidney et qui, pour aller à l'île voisine de Christmas, doivent transiter par les îles Fidji, à 2300 kilomètres de là. Comme si, pour aller de Paris à Marseille, il nous fallait passer par Varsovie, note l'auteur.

«J'ai vu une île disparaître»

«Tarawa (l'île-capital, ndlr) doit être un des seuls endroits au monde à souffrir à la fois de l'isolement et de la surpopulation. Une galère malthusienne en train de sombrer sous le poids de ses habitants», résume l'auteur du livre. Petit pays non industrialisé, les Kiribati ne produisent quasiment pas de gaz à effet de serre. Et pourtant, ces îles sont les premières à souffrir d'une situation dont elles ne sont pas responsables.

«Nous coulons», estime l'experte autochtone Claire Anterea interrogée dans ce livre et qui court les congrès dédiés au réchauffement climatique dans le monde, dont ceux où accourent tous les concernés réunis depuis 1971 dans l'organisation internationale Forum des îles pacifiques.

«Ca, c'était Bikeman, une île verdoyante», raconte Kaure, un homme des Kiribati qui accompagne Julien Blanc-Gras dans son reportage. Il lui désigne l'horizon et poursuit: «C'était un endroit où on allait pique-niquer le week-end à l'ombre des arbres. Les adultes s'en souviennent». L'auteur scrute alors l'horizon mais ne voit toujours rien. «Elle figure sur les cartes, tu peux vérifier. Tu te rends compte? J'ai vu une île disparaître de mon vivant!».

Nombreux suicides

Jour après jour, Julien Blanc-Gras observe ces hommes, parfois âgés, qui trimballent de lourds sacs de sable pour les poser sur la plage, à flanc de mer, là où l'océan a déjà grignoté leurs terres. Ou directement autour de chez eux pour protéger leur baraquement. «Ils s'activent à agrandir le pays en érigeant un barrage contre le pacifique. La mer avance, les hommes essaient de lui rendre coup pour coup», explique Julien Blanc-Gras. Un travail pathétique. De Sisyphe.

«Cette île sera un jour inhabitable et elle a bien conscience d'être suspendue à un compte à rebours mal défini. Ça vous mine le moral d'une nation. [...] Les jeunes sans perspective se suicident un peu trop pour une contrée avec autant de soleil. On se pend, c'est la manière locale», peut-on lire dans ce nouvel ouvrage.

Beaucoup de jeunes voudraient partir, pour fuir l'absence inéluctable d'avenir mais aussi ce pays qui ne reçoit «qu'une écume du monde contemporain». Environ 8'000 Kiribati postuleraient chaque année pour aller en Nouvelle-Zélande. Seuls 75 visas seraient accordés.

(nxp)

(Créé: 17.06.2013, 13h33)

Julien Blanc-Gras a passé 6 mois dans les îles pacifiques du Kiribati et a pu constater l'ampleur de l'incidence du réchauffement climatique sur ce petit pays, dont les habitants érigent une digue à mains nues contre l'avancée de l'océan sur leurs terres.

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