«Ce n’est pas Minsk qui nous apportera la paix»

Ukraine A Avdiivka, ravagée par les combats, les derniers habitants n’en peuvent plus et veulent la fin de la guerre. Reportage.

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«S’ils cherchaient vraiment la paix, ils l’auraient déjà trouvée!» Marianna Ivanivna avance avec prudence sur le trottoir verglacé. Elle glisse une petite luge chargée d’aide humanitaire. «Nos maisons continuent d’être bombardés, nous vivons dans des caves, comme des animaux.» En réponse à ses plaintes, des déflagrations d’artillerie retentissent au loin.

Au début de février, la ville industrielle d’Avdiivka s’est retrouvée au cœur d’une meurtrière explosion de violences dans le Donbass, l’est de l’Ukraine ravagée par une guerre hybride depuis 2014. Au moins une trentaine de personnes, civils et militaires, y avaient perdu la vie, côté ukrainien. Les pertes du côté des forces prorusses et russes sont difficilement quantifiables.

Ce 10 février, deux ans jour pour jour après la signature des Accords de paix de Minsk, le calme est revenu dans la ville. Des affrontements sont néanmoins audibles dans les environs. Depuis 2015, le cessez-le-feu n’a jamais été totalement respecté sur les 400 kilomètres de la ligne de front. «Qu’ils se mettent d’accord une fois pour toutes, au lieu de nous tirer dessus sans but», tempête Olha Iourievna, une autre habitante. «Pour moi, c’est égal. L’Ukraine, la république de Donetsk… Je m’en fiche. Ce que je veux, c’est la paix. Tout le monde ici ne veut que la paix.»

Chauffage, eau et électricité ont été rétablis dans la plupart des habitations. Les destructions s’imposent comme des cicatrices durables. Marianna Ivanivna progresse le long d’une barre d’immeuble criblée d’éclats obus, arborant un portrait mural géant. Réalisé par le collectif «Art United Us» en octobre 2016, l’œuvre est légendée par un graffiti: «Mon Dieu, protège Avdiivka». La moitié des quelque 35 000 habitants a quitté la ville. Restent sur place des retraités et des familles dépendantes de l’usine de charbon au nord de la ville, une des plus grandes d’Europe. Une population dépendante de l’aide humanitaire. «En réponse à l’urgence, la plupart des besoins sont comblés, et nous avons de solides réserves en cas de coup dur», détaille Sarah Abdenour Raoui, directrice adjointe de la délégation du CICR à Kramatorsk, la capitale ukrainienne de la région de Donetsk. «Nous avons même reçu bien plus que ce que l’on peut utiliser», commente Pavlo Malykhin, chef de l’administration militaro-civile d’Avdiivka. Malgré son grade de colonel, lui affirme «ne pas comprendre la raison de ces violences, en particulier sur les civils». Des violences qui ne sont pas près de s’atténuer. Ukrainiens et séparatistes mènent leurs propres attaques sur la ligne de front.

Après l’assassinat de Givi, l’un des chefs de guerre les plus iconiques de la république de Donetsk, le président autoproclamé Alexander Zakharchenko a dénoncé un «échec des Accords de Minsk», et appelé à une vengeance. «Ce n’est pas Minsk qui nous apportera la paix», tranche Pavlo Kulyk, soldat du bataillon Donbass-Ukraine. «Cela ne peut que stabiliser la situation, mais on ne peut pas entamer un dialogue avec les combattants de l’autre côté. Il faut que les Russes se retirent de ces territoires et que l’on puisse rétablir notre souveraineté. C’est la seule solution.» Malgré des preuves indiscutables accumulées depuis 2014, la Russie nie son engagement dans le Donbass. Les négociations de paix engagées à Minsk sont pour l’heure gelées.

(TDG)

Créé: 12.02.2017, 19h36

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