Pierre Ruetschi: «Décréter l'interdiction de l'anonymat est une chose. Encore faut-il les moyens technologiques de garantir que l’identité affichée est bien l’identité réelle. Le système doit être finement réglé.»
«Nous n’avons pas attendu les recommandations du Conseil de la presse (CSP) pour nous pencher sur ce problème, remarque Pierre Ruetschi. Le rédacteur de la Tribune de Genève estime que «l'analyse du CSP sur l'anonymat des commentaires est intéressante et peut nous être utile dans ce processus». Le CSP recommande aux médias de traiter les commentaires envoyés par les internautes sur les sites internet des journaux comme des lettres de lecteur. Ils doivent être signés et filtrés avant publication.
Pourquoi la Tribune de Genève publie-t-elle des commentaires anonymes sur son site internet ?
Pierre Ruetschi: - Nous avons démarré tôt nos activités web et cela fait près de dix ans que nous avons lancé nos premiers forums. A l’époque, il s’agissait d’abord de trouver des internautes prêts à participer à cette discussion en ligne. Nous étions dans une expérience de laboratoire. Il s’agissait de lancer un nouveau mode d’échange et de conversation. La question de l’anonymat, des dérapages, du contrôle systématique des contributions externes ne s’est posée qu’au fil du temps alors que cette conversation a pris une ampleur incroyable, tout le monde est aujourd’hui présent sur internet. Les choses évoluent rapidement et en profondeur sur le web. Nous avons déjà adapté notre politique en matière d’identité des contributeurs et allons continuer de le faire. Le temps de toutes les libertés est révolu. Et il est certain que l’anonymat, qui n’est pas sans avantage puisqu’il permet d’exprimer des points de vue qui autrement ne seraient jamais diffusés, pose de plus en plus de problèmes.
Allez-vous vous conformer à la recommandation du Conseil suisse de la presse?
- Nous n’avons pas attendu les recommandations du Conseil de la presse pour nous pencher sur ce problème. Son analyse est intéressante et peut nous être utile dans ce processus. Mais il ne suffit pas de décréter l’interdiction de l’anonymat. Encore faut-il avoir les moyens technologiques de garantir que l’identité affichée est bien l’identité réelle. Le système doit être finement réglé.
La décision du CSP risque-t-elle d'affaiblir la position des journaux en cas de poursuite judiciaire ?
- Je constate d’abord que sur la question de la responsabilité en matière de blogs, le CSP soutient notre position qui veut que le blogueur est responsable du contenu qu’il diffuse et non l’hébergeur. Telle est la position que nous défendons actuellement devant les tribunaux qui jusqu’ici nous ont jugés responsables en tant qu’hébergeur. Notre recours est aujourd’hui devant le TF. La position du CSP vient donc plutôt appuyer la nôtre, soit celle de l’éditeur. L’enjeu n’est pas mince. Car si nous n’obtenons pas gain de cause, nous n’aurons probablement d’autre choix que de fermer la plate-forme des blogs ce qui, de mon point de vue, serait une grande perte pour la discussion ouverte, démocratique et souvent intéressante qui a été générée à travers cette plate-forme. En ce qui concerne les commentaires sous les articles, nous les gérons via une société spécialisée, de façon la plus serrée possible afin d’éviter les dérapages. La renonciation à l’anonymat en éviterait certainement une partie mais n’exclut pas tous les risques pour autant.
Allez-vous exiger la même politique de transparence des identités de la part des blogueurs hébergés sur le site de la Tribune et de la part des commentateurs des blogs ?
- Pour l’heure, il appartient aux blogueurs de gérer les commentaires sur leur propre espace. Il est certain que si nous renoncions à l’anonymat dans les commentaires sous les articles nous ferions de même dans les commentaires sous les blogs.
Haben Sie etwas Aussergewöhnliches gesehen, fotografiert oder gefilmt? Ist Ihnen etwas bekannt, das die Leserinnen und Leser von Tribune de Genève wissen sollten? Senden Sie uns Ihr Bild, Ihr Video, Ihre Information per MMS an 4488 (CHF 0.70 pro MMS).
Die Publikation eines exklusiven Leserreporter-Inhalts mit hohem Nachrichtenwert honoriert die Redaktion mit 50 Franken. Mehr...