La Une | Samedi 28 mai 2016 | Dernière mise à jour 19:45

Condamin-Gerbier risque jusqu'à trois ans de prison

Evasion fiscaleTémoin-clé dans l'affaire Cahuzac, Pierre Condamin-Gerbier a été arrêté le 5 juillet à son retour en Suisse. Le Ministère public de la Confédération confirme l'ouverture d'une instruction pénale contre le Français.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

«Pierre aurait été arrêté il y a huit jours environ, à son retour de Paris», confiait hier à la Tribune de Genève un proche de la famille de l'ex-cadre de la banque genevoise Reyl. Ce samedi 13 juillet, le Ministère public de la Confédération a confirmé nos informations: le Français est en détention préventive et une instruction pénale a été ouverte contre lui. On l'accuse en particulier de «service de renseignement économique», autrement dit d'avoir transmis à des tiers des données bancaires.

Pierre Condamin-Gerbier avait été entendu comme témoin les 12 juin et 3 juillet derniers par la commission d'enquête parlementaire française, chargée de faire la lumière sur les éventuels dysfonctionnements de l'Etat dans l'affaire Cahuzac. C'est seulement le surlendemain de la seconde audience, à son retour en Suisse, que l'homme a été arrêté.

Il avait fait parler de lui en France non seulement pour son témoignage dans l'affaire Cahuzac, mais aussi parce qu'il prétendait détenir une liste de politiciens français connus, de gauche comme de droite, qui avaient caché de l'argent en Suisse.

Originaire de Saint-Etienne (F) et vivant dans un bel appartement à Saint-Prex (VD), Pierre Condamin-Gerbier passe du statut de dénonciateur à celui de suspect. Toujours bien mis, grand orateur, l'ancien responsable de la section Suisse de l'UMP entre 2005 et 2008 aura 43 ans le 27 juillet prochain; il s'était marié le 19 octobre 2012 à Morges et est le père d'une petite fille née le 13 janvier dernier.

Pierre Condamin Gerbier devait accorder une interview à la Tribune de Genève mardi dernier. Mais il n'avait plus donné signe de vie depuis le jeudi 4 juillet. Et pour cause. Comme l'indiquait un proche avant la confirmation officielle de son interpellation: «Depuis une semaine, on ne peut plus le contacter, ce qui ne peut que corroborer la thèse de l'arrestation.»

Bonhôte, UBS, Reyl, etc.

Sa carrière aurait pu être brillante, mais elle connaît un sérieux coup d'arrêt. Super concierge pour les fortunés, il officie à Londres et dans les Iles anglo-normandes avant d'arriver à Genève en 2004.

Six mois à la banque Bonhôte; UBS, ensuite, un an à peine. Licenciement immédiat pour «abus de confiance», comme la Tribune de Genève a pu le lire sur le jugement P/1045/2006. Le Français s'est «trompé» de carte 192 fois entre le 16 mai et le 27 décembre 2005, pour un montant dépassant les 40'000 francs. Il a reconnu les faits et ne s'est pas opposé au jugement. Devant son employeur, il a même expliqué avoir dû piocher dans la caisse pour «aider financièrement [sa] mère» qui a un commerce de vêtements à la peine dans la région de Saint-Etienne. Mais, à Paris, il a affirmé qu'il s'agissait d'une seule utilisation «maladroite» de sa carte de crédit professionnel.

Reyl ensuite, où il tient son rang durant 4 ans. Jusqu’à ce que la banque privée se rende compte de la condamnation pénale de son collaborateur. Rebelote. Pierre Gerbier, qui a ajouté le nom de sa mère dans l’intervalle depuis l’affaire UBS «pour brouiller les pistes suite à sa condamnation pénale», croit savoir une source chez UBS, se retrouve de nouveau sur le marché du travail.

Dans le collimateur de l'Office des poursuites de Morges

Il décroche un emploi au sein du family office d’Intuitae. Il est mis fin à son contrat «au bout de 6 mois d’activité non concluante », admet-on dans l’institut qui reconnaît une «erreur de recrutement». Après avoir écumé ces banques de la place financière, Condamin-Gerbier se retrouve errant près de deux ans sur le marché du travail.

A la Banque Bénédict Hentsch, il officie ensuite 6 mois. Pour expliquer ce cours passage, l'établissement avance un mandat tout simplement arrivé à son terme, tout en reconnaissant qu’il s’agit d’un «beau parleur inspirant confiance».

Nous sommes courant 2012. L’homme affirme avoir son propre portefeuille de clients. Mais pour son beau-père, il est au chômage. C’est aussi ce que Gerbier confirmera au tribunal de Nyon en juin dernier. En attendant, l’homme est ruiné. Fini le temps où il roulait dans une Audi S5 ronflante. Pris à la gorge, il a rendu la voiture au concessionnaire et roule en scooter. Aujourd’hui quelque 153'000 francs de dettes sont consignés à l’Office de poursuites de Morges, selon un document que la Tribune de Genève a pu se procurer.

Contradictions et mensonges

Devant la commission d’enquête parlementaire française, il a affirmé que le journal L’Agefi, où est paru un article le discréditant, et Reyl ont un administrateur commun. Ce qui est faux. Démenti du journal financier romand le lendemain.

Autre grosse erreur, il a confié au site Mediapart le nom d'un banquier du Credit Suisse qui lui aurait remis 1 million de francs suisses en cash dans les années 90, quand il travaillait entre Londres et Guernesey. Faux. L’homme en question n’a jamais travaillé chez Credit Suisse. Il a fait toute sa carrière chez UBS. Ni l’un ni l’autre établissement ne veut commenter.

Aujourd'hui, Pierre Condamin-Gerbier est donc entre les mains de la justice suisse. Son arrestation, les zones d'ombre du personnage et ses contradictions viennent entacher l'image de chevalier anti-évasion fiscale que certains en France avaient donnée de lui. (nxp)

(Créé: 13.07.2013, 23h25)

La banque Reyl porte plainte

La banque Reyl & Cie et sa filiale Reyl Private Office ont déposé une plainte pénale le mois dernier contre Pierre Condamin-Gerbier. L'ex-cadre de l'établissement financier genevois est notamment accusé de vol, faux dans les titres et violation du secret professionnel et commercial.

«Les nombreuses déclarations mensongères maintenues en dépit des démentis catégoriques de la banque, la falsification d'«un mémorandum interne de Reyl Private Office, et sa remise à un média français, n'«ont laissé d'«autre choix à la banque que de sortir de sa réserve et d'«agir à l'«encontre de Pierre Condamin-Gerbier», indique samedi Reyl & Cie dans un communiqué.

Les éléments de preuve ont été déposés auprès du Ministère public de la Confédération (MPC) le 17 juin, précise-t-elle. (ats)

Articles en relation

Pierre Condamin-Gerbier répond aux attaques

Affaire Le témoin clé dans l’affaire Cahuzac aurait eu, selon ses détracteurs, une carrière chaotique, mensongère et il serait endetté. Plus...

L'ex-cadre de Reyl a donné la liste des fraudeurs

compte en suisse Pierre Condamin-Gerbier avait affirmé disposer d'une liste «d'une quinzaine» de noms, estimant que Jérôme Cahuzac n'était qu'un «fusible». Plus...

Dans les arcanes de l'industrie de la fraude fiscale

Confidences L'ex-cadre français de la banque genevoise Reyl qui a révélé le compte caché de Cahuzac, Pierre Condamin-Gerbier, livre comment des banques suisses et françaises ont érigé la fraude fiscale en vraie industrie. Plus...

Un ex-cadre de Reyl évoque des comptes suisses de ministres

Affaire Cahuzac Pierre Condamin-Gerbier, ex-cadre de l'établissement financier suisse Reyl, a affirmé jeudi disposer d'une liste «d'une quinzaine» de noms d'ex-ministres ou d'actuels ministres détenteurs d'un compte en Suisse. Plus...

L'ex-cadre de Reyl nie avoir livré des noms aux juges

Affaire Cahuzac Pierre Condamin-Gerbier, ex-cadre de l'établissement financier suisse Reyl et Cie, a déclaré qu'il n'avait pas donné aux juges les noms d'éventuels autres détenteurs de comptes non déclarés en Suisse. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

La police française poursuit un trafiquant en Suisse
Plus...