Aux fourneaux avec un logiciel de recettes
INTERACTIF |
Le programme pour Nintendo DS «Leçons de cuisine» guide pas à pas
l’amateur dans la préparation d’un plat. Bluffant. L’avenir de la
popote? Pas sûr.
JÉRÔME ESTÈBE | 19.09.2008 | 01:22
La DS en cuisine.
Sur l’écran de la console de jeux jaillit un marmiton jovial. «Bonjour! Encore une journée idéale pour faire la cuisine!», trompette-t-il, l’air ravi. C’est ce bonhomme qui va nous guider pas à pas dans la réalisation d’une recette. Illustrée et interactive, la réalisation. Car si le cuistot nous dicte de sa voix rassurante les étapes à suivre, on peut lui répondre. Ou tout au moins lui demander de passer à «l’étape suivante», de «revenir» en arrière ou de répéter «encore une fois» un épisode. Idéal quand on a les mains dans la crème anglaise. Plus de pages à tourner. Plus d’explications lilliputiennes à déchiffrer. Plus d’opérations à anticiper. Le rêve, en somme.
Jouer pendant la cuisson
Voilà donc Leçons de cuisine, programme de cuisine assisté pour DS. Quelques explications? La DS est une petite console de jeux de chez Nintendo, populaire et habilement conçue, qui fait le bonheur des marmots et de leurs parents parfois. La voilà donc qui quitte la chambre d’enfant pour s’installer en cuisine. Ce nouveau logiciel propose quelque 250 recettes du monde entier. Mais aussi une liste d’ustensiles alternatifs pour réaliser des plats asiatiques avec des produits d’ici; un lexique des termes techniques; un descriptif des produits utilisés; et même des jeux pour patienter pendant une cuisson. Sans oublier maintes vidéos détaillant des coups de main: de la taille des légumes en julienne à la délicate castration des crevettes. Ouille!
Design mignon
Surtout, le programme aligne des propositions de plats selon les critères de votre choix: contenu du frigo, calories, origine géographique, temps de préparation, mode de cuisson… Ajoutez à tout ça un design mignon et une navigation simplissime dans les arcanes du logiciel. Bref, on en est à se demander si Nintendo ne vient pas de signer l’arrêt de mort du livre de recettes à la papa. Après avoir mitonné un bœuf bourguignon les doigts dans le nez (c’est une image), simplement en causant avec une petite machine rigolote, qui voudra encore se plonger dans un triste bouquin truffé de caractères d’imprimerie?
Le hic – car il y a un hic – c’est que les recettes de chez Nintendo sont d’un rudimentaire frisant l’indigence. Le bœuf bourguignon, justement, s’avère bien tristounet, avec son «concentré de tomate» et son fond de veau «tout prêt», comprenez industriel. Idem pour le déprimant hachis parmentier ou l’entrecôte maître d’hôtel, accompagnée de frites «surgelées». Les frites fraîches, c’est meilleur, non?
Tout ça manque d’ambition et de fantaisie. D’épices et d’herbes aromatiques. De mystère, quoi. De conception japonaise, le software a visiblement été adapté pour le marché mondial par des gens qui n’avaient pas exactement la fibre créatrice. D’ailleurs, seules les recettes asiatiques se montrent un brin décoiffantes. Que le bon vieux livre de recettes en papier se rassure: tant que les machines ne se sortiront pas les pouces du tablier, il n’a rien à craindre.
❚ «Leçons de cuisine» pour Nintendo DS, Environ 50 fr.
Double test de la machine magique
Deux cuisinières émérites ont testé le logiciel.
A ma droite, la Bordelaise Anne Lataillade qui tient l’un des blogs de cuisine les plus populaires de la francophonie (http://papillesetpupilles.blogspot.com). A ma gauche, Estérelle Payany, journaliste culinaire et auteur de plusieurs livres de recettes. Elles ont essayé le programme de Nintendo. Et alors? «C’est bien fait, pratique mais… très basique. On s’adresse clairement à des débutants», note Anne. «Je pourrais me laisser tenter par quelque chose de plus pointu. Mais là, franchement, non.»
Même son de cloche chez Estérelle. «Il y a là des desserts un peu lourdingues et des recettes très désuètes, surtout dans les sections européennes. Cela dit, on constate aujourd’hui une absence de transmission des gestes les plus simples en cuisine. Ce type de produit peut dès lors trouver son public, des jeunes gens qui font leurs premiers essais par exemple. Moi, en tout cas, je ne suis pas cliente.»
JEST