Pierre Simenon sur les traces de son père

Ouvrage | A 50 ans, il publie son premier roman, un polar, «Au nom du sang versé»

© odile meylan | Pierre Simenon. «J’ai vécu toute la première partie de ma vie avec mon père. Ce n’est qu’après que j’ai réalisé quel immense écrivain il était!»

PASCALE ZIMMERMANN | 30.01.2010 | 00:00

Comparaison n’est pas raison. Enfin pas toujours. Pour ce qui est de Pierre Simenon, «jeune» auteur de 50 ans qui publie son premier roman, et troisième fils de Georges Simenon, la tentation est grande de le mesurer à l’aune de ce père gigantesque. «Mais ce serait absurde!» dit-il lui-même avec une pointe de malice. «Comme de comparer une bicyclette à une Ferrari.»
Mieux vaut donc lire Au nom du sang versé pour ce qu’il est - un polar plutôt réussi, très bien documenté sur la Seconde Guerre mondiale, dont l’action se situe en grande partie à Genève et à Lausanne - et laisser Pierre Simenon parler de son rapport à l’écriture, de son père, de ce nom et de ce sang qui ne saurait mentir…

Vous publiez votre premier livre à 50 ans. Pourquoi si tard?
Je n’ai jamais écrit pour être publié. J’écrivais parce que j’en ressentais le besoin. 1995 a marqué un tournant dans ma vie: un divorce, la mort de ma mère, le décès de deux proches. En rentrant en Californie, où je vis, après l’enterrement de ma mère, j’ai eu envie de faire une pause. J’ai tout quitté et suis parti en voiture pour le Vermont. J’avais emporté un dictaphone afin de raconter mon voyage, mais c’est le plan de ce livre-là que j’ai dicté.

Ecrire, avec le père que vous avez, il faut oser…
Vous savez, j’ai vécu toute la première partie de ma vie avec mon père. Il était disponible, on passait beaucoup de temps ensemble - car il écrivait tôt le matin. Il vivait un peu hors du monde et loin des médias à l’époque. C’était juste mon père, Dad, ou Daddy… Ce n’est qu’après que j’ai réalisé quel immense écrivain il était. C’est comme Charlie Chaplin. Oui, il venait à la maison. Mais pour moi, ce n’était qu’un vieux monsieur!

Alors pas d’ombre? pas de poids?
Je ne crois pas. J’ai simplement écrit le livre que j’aurais aimé lire. Ma seule ambition est de divertir mon lecteur.

Vous êtes de langue maternelle française. Pourquoi écrire en anglais?
Ça m’est venu comme ça, quand j’ai commencé à rédiger. Je pense en anglais, la plupart du temps, et je rêve en anglais.
Votre roman livre des descriptions très précises, qu’il s’agisse des uniformes allemands en 39-45, de la topographie de Cracovie ou du fonctionnement du système bancaire suisse…
Je suis resté un an dans le Vermont, et j’ai effectué toutes les investigations nécessaires. Décrire Berlin telle qu’elle était le 17 mars 1945 m’a demandé deux mois de recherches!

L’Histoire semble vous passionner.
C’est exact. Particulièrement l’histoire de l’Antiquité - j’ai un bac latin-grec - et le XXe siècle, où tout s’est tellement accéléré.

Au nom du sang versé convoque la Seconde Guerre mondiale, le nazisme, le vol des biens des Juifs. Un thème qui vous touche?
Une guerre, c’est toujours horrible. Mais j’ai tenté de voir l’authenticité du conflit. Le père d’un de mes amis américains m’a dit une fois: «Nous avons pacifié le monde pour les escrocs». C’est tellement vrai.

Vos personnages sont en demi-teinte. Il y a du bon chez «votre» méchant, et un mystère subsiste autour du père de votre héros…
Ce qui m’intéresse, c’est le gris. C’est vrai.

Mais votre héros, Antoine Demarsands, est blanc comme neige! Il a beaucoup de vous - il est né à Lausanne, a travaillé à Genève, vit à Los Angeles, est avocat de cinéma. En mieux?
(rire) Il est beaucoup plus courageux et tenace que je ne l’aurais été à sa place! Et puis physiquement… Vous savez, je visualisais Johnny Depp lorsque je le décrivais, alors…

Antoine Demarsands cherche à laver la mémoire de son père, soupçonné d’accointances avec Göring. Votre père a été suspecté d’antisémitisme. Y a-t-il un lien?
Ces accusations ressortent régulièrement à propos de mon père. Nous en parlions ouvertement à la maison. Je sais qui est mon père, et je ne serais pas devenu l’homme que je suis s’il avait été un sympathisant nazi. Ce que contient mon livre, c’est de l’empathie: découvrir des choses horribles sur quelqu’un que l’on aime profondément, ça doit être vraiment terrible.

L’intrigue du roman se passe dans les années 90 à Genève et à Lausanne. Quels sont vos liens avec la Suisse, vous qui vivez aux Etats-Unis depuis 1987?
Des liens très forts. Je suis né à la clinique de Montchoisy, j’ai vécu 27 ans entre Lausanne et Genève. Les cendres de mon père et de ma sœur sont ici. Une partie des cendres de ma mère sont dans le Léman. Mon frère John vit ici. J’y ai de nombreux amis, que je vois régulièrement. Je viens une fois par an, en dépit de ma peur de l’avion… Je suis très fier de ma nationalité suisse.




Vos commentaires sont les bienvenus. Soyez concis, courtois et pertinents. Les commentaires injurieux et hors sujet seront effacés. Pour plus d'informations, consulter notre charte internet ici. Pour signaler un abus manifeste, cliquez ici.

LES GALERIES D'IMAGES LES PLUS REGARDÉES

 

Vos meilleures photos d'archives de Genève


La Lake Parade déferle sur la Ville

Le Glacier Express transformé en cauchemar

Les actions de PETA pour les animaux

9 candidates au titre de Miss Fêtes de Genève

Paléo: les concerts en images

SONDAGE

  • Chantez-vous le cantique suisse le 1er Août?

    Oui

    Non, je ne le sais pas

    Non, c'est ringard

  •  
Tous les sondages

TDG sur Facebook

Scoop mobile

 

Édition électronique

L'iPhone4 est arrivé


Disponible chez Orange