Multimédias
Google lance 60 chaînes de vidéos sur YouTube
Par Richard Etienne. Mis à jour le 11.10.2012
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La révolution télévisuelle est en marche. YouTube a franchi cette semaine une étape en annonçant le lancement imminent de plus de 60 chaînes de vidéos en Europe et aux Etats-Unis. La filiale de Google (GOOG 685.03 -1.60%) en a déjà inauguré cent en janvier outre-Atlantique. En France, 13 partenaires du géant diffuseront dès ce mois des contenus variés, traitant de gastronomie, d’actualité, de famille, de sport ou de santé. «La Suisse n’est pas concernée, mais elle pourrait l’être dans le futur», explique Mounira Latrache, porte-parole de YouTube.
Tout sera accessible gratuitement en ligne sur ordinateur, mobile, tablette ou sur ces télévisions connectées qui s’installent gentiment dans nos salons. Le but de YouTube? Gagner de l’argent, les annonces constituent son seul gagne-pain. Aux Etats-Unis et dans plusieurs grands pays européens, mais pas encore en Suisse, chacun peut déjà créer son propre canal sur YouTube, auquel tout le monde peut s’abonner. Les revenus publicitaires engendrés sont partagés par la suite (Google prend 45%, le partenaire 55%).
Audiences fragmentées
YouTube annonce aujourd’hui payer en avance certains partenaires sélectionnés (tout le monde peut postuler) et «promouvoir un écosystème proposant plus de di versité», poursuit Mounira Latrache. Les montants ne sont pas divulgués. Certains évoquent des sommes allant jusqu’à 100 000 euros par chaîne.
Mounira Latrache se réjouit: «YouTube permet à des structures de créer des emplois.» Les médias audiovisuels sont eux plus sceptiques. Non seulement en ces temps de crise le gâteau publicitaire se réduit, mais en plus ils sont toujours plus nombreux à vouloir y goûter.
Alors YouTube, menace pour les télévisions établies? Sa dernière annonce a suscité des réactions auprès des leaders audiovisuels, alors que quatre milliards de vidéos sont vues chaque mois sur la filiale de Google.
Certains tempèrent. Le mot «chaîne» que YouTube utilise est un «abus de langage», selon Gilles Marchand, directeur de la Radio Télévision Suisse (RTS). Il signifie diffusion en continu audiovisuel avec programmation, alors que les «plates-formes» de YouTube proposent des thématiques dont les gens se saisissent à la carte.
Derrière ce coup marketing, il n’en demeure pas moins que les annonces de YouTube symbolisent le franchissement d’une étape dans la fragmentation des audiences qui bouleverse le monde numérique.
«Avant, les médias étaient régis par la pénurie. Désormais, les technologies abolissent les frontières, lance le président de Ringier France Jean-Clément Texier. L’émiettement des audiences qu’on constate dans la presse atteint l’audiovisuel.» Gilles Marchand renchérit: «Les chaînes classiques, dont la RTS, sont fortement concurrencées par l’explosion de petites chaînes thématiques. Dans le marché suisse, les chaînes récoltant entre 0,1 et 0,5% de parts de marché pèsent ensemble 15% de l’audience TV.»
«Forteresses imprenables»
Robert Kyncl, vice-président de YouTube, défend pourtant que les audiences des télévisions n’ont en général pas baissé depuis que YouTube existe, quand bien même ce dernier inquiète les acteurs établis. «Les leaders de télévision ont manifesté de l’émotion, c’est de bonne guerre, estime Jean-Clément Texier. Certes ils sont bousculés, mais le paysage médiatique ne devrait pas être révolutionné. Les forteresses demeurent imprenables.»
Les chaînes classiques développent des stratégies de remise à disposition de leurs contenus sur tous les écrans. Certaines, en s’exposant sur YouTube et en partageant les revenus des réclames, sont devenues des partenaires du géant. D’autres l’utilisent comme levier: «Nous sommes présents sur YouTube avec des productions radio (120 secondes) et TV (une version courte d’ Infrarouge), ce qui peut inciter les gens à venir les voir ou les écouter, continue Gilles Marchand. Peu importe la manière dont le public reçoit nos contenus, tant qu’il les trouve partout et en tout temps.»
En France, l’avènement du numérique n’a eu qu’un faible impact sur les parts de marché des acteurs établis comme TF1 ou M6. Aux Etats-Unis, si les audiences de CNN sont en baisse ces dernières années, celles de Fox News et MSNBC restent inchangées. En attendant, Google dit vouloir poursuivre sur sa lancée des chaînes sponsorisées dans d’autres pays, dont la Suisse. Le lent grappillage des parts de marché devrait se poursuivre.
(TDG)
Créé: 11.10.2012, 10h34
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