La minimaison sur roues débarque en Suisse

Crise du logementNées en 2008 aux Etats-Unis, les «tiny houses» sont devenues un phénomène de société.

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Elles ont vu le jour aux Etats-Unis, en 2008, comme une réponse rapide à la grave crise du logement qui frappe le pays à ce moment-là. Remportant un succès quasi immédiat, les «tiny houses», créées par un certain Jay Shafer, génèrent même la naissance d’un véritable phénomène de société.

Après avoir atteint l’Europe il y a un peu plus de deux ans, le concept débarque aujour­d’hui en Suisse. Ces minuscules maisons (traduction littérale) en bois, montées sur roues, offrent à leurs habitants un toit bien plus confortable que celui d’une caravane ou d’un mobil-home, tout en leur permettant de réaliser de réelles économies en termes de loyers.

C’est d’ailleurs l’un des arguments principaux qui ont poussé Pascal Cornu à fonder l’automne dernier Swiss Tiny House Sàrl, la première société du pays à fabriquer des minimaisons. «Quand mon propriétaire a proposé de me reloger le temps de réaliser des travaux dans mon appartement, j’ai décidé de changer de mode de vie.»

«Ma cabane au Canada»

Le quinquagénaire se souvient alors d’un reportage vu sur une chaîne télévisée française. «Et comme j’ai toujours rêvé d’avoir ma propre cabane au Canada, le tour était joué.» Reste que les modèles qu’il découvre en Allemagne et en France ne le convainquent pas vraiment. «Je sais qu’il y a beaucoup de gens dans mon cas, qui en ont marre de ne plus rien avoir dans leur porte-monnaie une fois leur loyer payé.

Alors je me suis dit: pourquoi ne pas créer une entreprise dans ce but-là?» Administrée par sa fille Mélanie Schlegel, la société est basée à Cheyres, dans la Broye fribourgeoise. Et c’est à Ependes, à côté d’Yverdon, que les deux menuisiers de Swiss Tiny House construisent ces micromaisons, accessibles dès 30?000 francs, selon leur taille.

«Pour habiter une Tiny House, il faut un permis de conduire, pas de construire…» Pascal Cornu n’est jamais à court de formule lorsqu’il s’agit de faire l’article de ses minimaisons. Dans la pratique, les choses ne sont pas aussi simples. Surtout que les communes, peu habituées à ce genre de demandes, ont tendance, selon Pascal Cornu, à mettre des bâtons dans les roues des personnes intéressées par ces petites maisons mobiles.

Zone grise de la loi

En fait, leur installation n’est pas vraiment prévue par la loi. Les micromaisons semblent tomber dans une zone grise. Chef du Service vaudois du développement territorial, Pierre Imhof est pourtant catégorique: «Il faut obtenir une autorisation communale. Vu leur taille et leur affectation, cela passe par une demande de permis de construire, à moins d’une installation temporaire.»

Bien sûr, des exceptions existent. Mais elles concernent des constructions de type bûcher, cabane de jardin… «L’Office cantonal des constructions et de l’aménagement du territoire de Fribourg m’a assuré qu’on avait le droit de déposer les Tiny Houses sur des terrains constructibles, ou alors à proximité d’habitations existantes», reprend Pascal Cornu. Mais selon Christophe Chardonnens, préfet de la Broye fribourgeoise, l’objet doit être soumis à la procédure ordinaire de permis de construire, «à moins d’être implanté dans une zone de camping-caravaning».

La demande permettra-t-elle de trouver une solution à cette problématique? Elle semble en tout cas bien réelle. Les portes ouvertes organisées par Swiss Tiny House Sàrl à Ependes ont en effet attiré passablement de monde. «En deux week-ends, j’ai gonflé mon carnet d’adresses d’une huitantaine de contacts qui souhaitent que je les rappelle rapidement. C’est un truc de fou», lance Pascal Cornu. Alors que la première Tiny House made in Switzerland est destinée à des fins privées (lire ci-contre), ces micrologements pourraient aussi servir d’autres intérêts.

Certaines communes vaudoises seraient intéressées à en acquérir, afin de les mettre à disposition de personnes en situation difficile. Quant à l’Yverdonnois François Mayerat, il réfléchit à l’opportunité d’en installer sur son terrain pour les louer à des étudiants. Si l’esprit n’est pas tout à fait comparable au mouvement qui s’est créé aux Etats-Unis autour de ces minimaisons, elles serviraient là aussi des personnes aux moyens financiers limités.


«J’aime l’idée d’un retour à l’essentiel»

A la fin du mois, Karin Zurbrügg et ses deux enfants de 8 et 11 ans emménageront dans leur Tiny House, la première du genre en Suisse. Longue de 8 mètres et posée sur des roues, la petite maison autonome de 20 m2 prendra ses quartiers sur un terrain près de Morges. «Je cherchais un habitat alternatif et j’ai découvert sur Facebook que ces maisons arrivaient en Suisse. Une de mes amies en possède déjà une aux Etats-Unis, explique cette professeure de yoga. J’aime l’idée d’un retour à l’essentiel et d’une vie plus simple. Elle est écologique et permet d’être en harmonie avec la nature. J’avais d’abord pensé aux maisons containers, mais elles sont plus difficiles à installer et nécessitent des raccordements. Quant à la caravane, on ne peut pas y vivre toute l’année. La Tiny House était la meilleure option.»

Autre argument en sa faveur: son prix de 60 000 francs. Cette maman célibataire va ainsi réduire son loyer d’environ 70%, en ne payant que l’emplacement de sa maison mobile. Si commander le logement s’est fait rapidement, trouver un endroit où l’installer a pris un peu plus de temps que prévu. Ce petit nid douillet est construit en cèdre rouge. «C’est un bois léger. La Tiny House ne doit pas dépasser 3,5 tonnes afin de pouvoir rouler.» A l’intérieur, tout est pensé pour vivre en parfaite autonomie. «Nous avons des toilettes sèches, des panneaux solaires, un poêle à bois, des réservoirs d’eau pour la cuisine et la salle de bains qui sont chauffés au gaz. Il y aura aussi Internet.» Deux petites mezzanines serviront de chambres aux enfants tandis que la pièce à vivre du bas sera à la fois le salon et la chambre à coucher de la maman. Avant d’installer la famille dans ce micrologis, l’heure est au tri. «Je ne garde que le nécessaire. J’ai beaucoup voyagé et j’ai l’habitude de vivre simplement.» Les enfants, qui habitent la moitié du temps chez leur papa, se réjouissent déjà de cette nouvelle maison. «Le concept se développe bien en Europe. On pourra peut-être imaginer un système d’échange de maison pour les vacances», rêve déjà Karin Zurbrügg. (TDG)

(Créé: 09.03.2016, 10h30)

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Plus confortables qu’une caravane ou un mobil-home, les «tiny houses» sont de vraies petites maisons en bois.





En chiffres

Prix: La Swiss Tiny House coûte entre 30'000 et 60'000 francs.

Surface: La petite maison montée sur roues mesure entre 6 et 8 mètres de long sur 2,5 m de large. Soit 15 à 20 m2.

Hauteur: La hauteur sous plafond de 3,20 m permet d’augmenter sensiblement la surface habitable grâce à l’installation de mezzanines.

Poids: Construite avec des matériaux légers, une Tiny house ne doit pas peser plus de 3500 kg, afin de pouvoir être tractée sur toutes les routes suisses et européennes.

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