Prison ferme pour une fausse alerte à la bombe

Alerte à CointrinJugée jeudi à Annecy en comparution immédiate, l’épouse jalouse écope de 6 mois, dont 3 ferme.

Le Palais de Justice d'Annecy.

Le Palais de Justice d'Annecy. Image: Lucien Fortunati

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Il est un peu plus de 15 h 30 quand la prévenue pénètre dans la salle d’audience. Polo rose, teint hâlé et cheveux noués en queue-de-cheval à l’aide d’un mouchoir en papier. Difficile de croire que cette Française de 41 ans, mère de quatre enfants, a entraîné, à elle seule, une si vaste opération, mercredi, à l’aéroport de Genève. Pourtant, c’est bien son appel, mardi soir, qui a mis Cointrin en situation d’alerte à la bombe.

Deux jours plus tard, elle est jugée en comparution immédiate par le Tribunal correctionnel d’Annecy. Cette mère au foyer, domiciliée dans la cité haut-savoyarde, est prévenue de «fausse alerte et dénonciation d’infraction imaginaire ayant entraîné un trouble de l’ordre public». Des termes judiciaires derrière lesquels se cache l’acte d’une femme jalouse voulant punir celle qu’elle pense être la maîtresse de son mari et qui, selon ce dernier, est juste une cliente de son épicerie.

Reconnaissant devant les juges être l’auteure des appels, la prévenue explique: «Je n’ai pas calculé les conséquences. Mon seul but était de causer des soucis à cette dame. C’était par vengeance.» Aux yeux de son avocate, Me Tiphaine Barone, «ce sont les agissements d’une femme blessée, mariée depuis vingt-deux ans et mère de quatre enfants». Assis sur les bancs quasi déserts, le mari et deux de leurs enfants, dont la cadette, âgée de 5 ans, assistent au procès. Aucun représentant de l’Aéroport n’a en revanche fait le déplacement.

Si la prévenue demeure très claire quant à ses motivations, elle tente toutefois, au fil de l’audience, d’édulcorer la version livrée par la douanière ayant pris l’appel. Selon cette dernière, interrogée par les enquêteurs, une femme a téléphoné à deux reprises mardi soir. Lors du second coup de fil, elle aurait déclaré: «Demain matin, une femme va venir à l’aéroport avec deux enfants, elle aura une bombe et de l’argent.»

La prévenue conteste. «J’ai appelé une première fois pour dire que je voulais faire une dénonciation», raconte-t-elle. En réponse, la douanière lui a donné deux numéros, ceux de la police et de la douane française, selon les dires de l’Annécienne. Faute d’interlocuteur jugé satisfaisant, elle a recontacté la douanière. Il était alors 21 h. «Elle m’a dit de rappeler dans dix minutes. Ça m’a agacé. J’ai fini par dire: «Il ne faut pas être dans l’urgence comme pour déclarer une bombe (sic).»

La présidente du tribunal reste dubitative: «N’est-ce pas plutôt parce que vous vous rendez compte du séisme que vous avez déclenché que vous modifiez vos déclarations?» interroge-t-elle. Des doutes que partage Eric Maillaud, le procureur de la République d’Annecy: «En d’autres temps et à d’autres époques, cette histoire aurait presque prêté à sourire», lance-t-il, en préambule de son réquisitoire. Puis, évoquant «le coup de tonnerre qui a retenti dans le ciel genevois et français», il souligne «les centaines de milliers d’euros dépensés, l’enquête inutile pour des policiers déjà au bord de l’épuisement, mais surtout l’angoisse des 13 000 personnes qui étaient ce matin-là à l’aéroport. Et ce, juste en raison de la jalousie d’une personne!» De quoi requérir 6 mois d’emprisonnement, dont 2 ferme.

Vient la plaidoirie de Me Tiphaine Barone. L’avocate rappelle des affaires similaires, comme la fausse agression d’une jeune femme dans le RER. «Cette dernière avait pris 4 mois de sursis.» Insistant sur la nécessité pour sa cliente d’être auprès de ses enfants et l’absence de casier judiciaire, elle affirme: «Effectivement, sa réaction n’est pas très intelligente et pas réfléchie. Mais comme elle vous l’a dit, elle regrette.» Quelques minutes plus tôt, la quadragénaire avait en effet déclaré: «La perquisition et les deux jours de garde à vue m’ont servi de leçon.» Visiblement insuffisant pour les juges, qui, la reconnaissant coupable, la condamnent à 6 mois d’emprisonnement, dont 3 mois ferme. (TDG)

Créé: 28.07.2016, 21h39

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