La droite décomplexée prend la tête de la région voisine

PolitiqueMaire du Puy-en-Velay et numéro 2 des Républicains, Laurent Wauquiez prend aujourd’hui la tête d’Auvergne - Rhône-Alpes. Et devient, à ce titre, l’un des hommes forts du Grand Genève.

Laurent Wauquiez a ravi la Région à la gauche le 13 décembre avec 40,61% des suffrages.

Laurent Wauquiez a ravi la Région à la gauche le 13 décembre avec 40,61% des suffrages. Image: Lucien Fortunati

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A 40 ans, Laurent Wauquiez a déjà occupé nombre de postes, dont celui de ministre. Cette fois, c’est à la tête d’Auvergne-Rhône-Alpes, la deuxième région la plus peuplée de France, que s’assoit cet Auvergnat d’adoption né à Lyon en 1975. Ayant ravi la Région à la gauche le 13 décembre avec 40,61% des suffrages, l’homme à la parka rouge et au sourire charmeur prendra officiellement le fauteuil de président ce lundi après-midi, à l’occasion de la première séance du Conseil régional, nouvelle formule. L’assemblée compte désormais 204 élus, issus de douze départements, dont deux voisins de la Suisse: l’Ain et la Haute-Savoie.

Mais qui est ce quadragénaire poivre et sel aux allures de gendre idéal qui a, dans la foulée de sa victoire, raflé le poste de numéro deux des Républicains à sa rivale Nathalie Kosciusko-Morizet?

Durant la campagne, il n’a eu de cesse de se présenter comme «un homme de convictions qui assume ses valeurs». Après son succès dans les urnes, Nicolas Sarkozy l’aurait, selon Le Point, félicité en ces termes: «Bravo, Laurent, je remarque que tu as été élu sur une ligne politique qui n’a pas été camouflée.» Dans les remerciements que Laurent Wauquiez a lui-même adressés à ses électeurs sur son site de campagne, il en remet une louche: «Cette élection montre à quel point les Français attendent des élus qui assument des convictions claires et qui les mettent en œuvre: pas d’augmentation d’impôts, travail plutôt qu’assistanat, exemplarité des élus, une République ferme face au communautarisme.»

Contre le mariage pour tous

Autant de prises de position qui font de Laurent Wauquiez un tenant de la ligne dure de son parti. «L’une des clés de son succès, c’est qu’il ne s’excuse pas d’être de droite», estime le président du Conseil départemental de l’Ain, le Républicain Damien Abad. Ses adversaires l’accusent, eux, de flirter avec les thèses frontistes. Christophe Boudot, tête de liste du Front national assurait même au soir du second tour: «Wauquiez nous a pillés pendant toute cette campagne.» Tandis que les socialistes affichaient leur «inquiétude face à cette arrivée de la droite extrême». Christian Dupessey, conseiller régional et maire d’Annemasse, soulignant: «J’espère qu’en tant que président il ne dérapera pas.»

Dérapages pour les uns, convictions affirmées pour les autres. Laurent Wauquiez a maintes fois fait parler de lui en raison de ses positions tranchées. Concernant le mariage pour tous, cet époux, père de deux enfants, prône l’abolition de la loi Taubira, par «attachement pour la famille». Il suscite aussi de vives réactions en proposant sur Twitter, dès le lendemain des attentats du 13 novembre à Paris, «le placement dans des centres d’internement des 4000 personnes fichées pour terrorisme», une mesure illégale.

Il poursuit par ailleurs son combat en faveur du travail, dénonçant depuis plusieurs années «le cancer de l’assistanat». Tout en étant de façon un brin paradoxale le fondateur d’un mouvement intitulé la Droite sociale et en revendiquant son engagement aux côtés de Sœur Emmanuelle au début des années 2000.

Même s’il n’a pas que des amis, y compris au sein de son parti, certains lui reprochant d’être individualiste ou d’avoir les dents qui rayent le parquet, Laurent Wauquiez poursuit son irrésistible ascension politique. Reçu premier à l’agrégation d’histoire, puis diplômé de l’Ecole nationale d’administration (ENA), il fait ses premières armes à Yssingeaux (Haute-Loire), sous l’aile de Jacques Barrot. Député à 29 ans, lorsque son mentor devient commissaire européen, il poursuit sur sa lancée et est promu, trois ans plus tard, en 2007, porte-parole du gouvernement. Puis, en 2008, Nicolas Sarkozy le nomme secrétaire d’Etat à l’Emploi.

«Fin politicien» et bosseur

Son directeur de cabinet de l’époque, Didier Wisselmann, tresse des lauriers à ce «fin politicien»: «Il faut voir avec quelle rapidité il est capable d’assimiler les difficultés techniques et la dimension politique d’un dossier. Ce fut le cas de la fusion entre l’ANPE et les Assedic qui a donné naissance à Pôle emploi.» En 2010, Laurent Wauquiez enchaîne en prenant la tête du Ministère des affaires européennes puis de l’enseignement supérieur et de la recherche, en 2011. «Il n’est pas recroquevillé sur son Auvergne, il a le sens de l’ouverture», conclut Didier Wisselmann.

Un avis que partage le député-maire de Divonne Etienne Blanc (Républicain), sûrement l’un des hommes forts du futur Exécutif régional: «Laurent Wauquiez a une vision girondine, très décentralisée.» Quant à savoir comment il gérera les futurs dossiers du Genevois français, dont le maire du Puy-en-Velay n’est pas un spécialiste? Etienne Blanc tout comme Martial Saddier (député Républicain et conseiller régional), Damien Abad et Christian Monteil (président du Conseil départemental de Haute-Savoie) comptent bien lui donner un coup de main.

(TDG)

(Créé: 03.01.2016, 21h47)

Dossiers

«Quelle place pour le Grand Genève?»

Le président du Conseil d’Etat, François Longchamp observe depuis longtemps déjà les bouleversements en cours dans l’organisation territoriale française. Il sait que le Conseil régional a un rôle important à jouer dans la coopération transfrontalière et dans la construction du Grand Genève.

François Longchamp, que vous inspire la mise en place de ce nouveau Conseil régional?

Notre souci est de savoir quelle sera la place du Grand Genève face à cette région plus grande encore que la précédente. Désormais, elle est plus grande et plus peuplée que la Suisse. Avant, elle reposait sur trois piliers: Lyon, Grenoble et le Grand Genève. Aujourd’hui, notre pôle se retrouve à l’extrême périphérie, tout à l’ouest du centre de gravité, qui demeure à Lyon.

En quoi cela pose-t-il un problème?

L’une de nos préoccupations majeures est l’utilisation des fonds frontaliers. L’accord franco-genevois prévoit une redistribution de la compensation financière genevoise à travers les départements. Or ces derniers sont dépourvus de certaines de leurs responsabilités au profit de la Région. Notre souci est d’éviter que cette dernière ait un raisonnement régional et non plus local concernant ces fonds.

Est-ce l’arrivée d’un Auvergnat à la tête du Conseil régional qui vous inquiète?

A priori, c’est quelqu’un qui est effectivement éloigné du Grand Genève. Mais il n’est pas que maire du Puy-en-Velay, il passe aussi beaucoup de temps à Paris et a une logique urbaine. De plus, les institutions survivent aux hommes qui les dirigent. Dans les grands dossiers que sont les transports ou l’aménagement du territoire, nous allons poursuivre le travail entamé.

Vous semblez regretter le départ du socialiste Jean-Jack Queyranne.

Nous avions fondé un partenariat efficace avec Jean-Jack Queyranne, reposant notamment sur une implication forte de Christian Dupessey, (ndlr: maire d’Annemasse), qui reste d’ailleurs conseiller régional. Concernant Laurent Wauquiez, je n’ai pas d’avis. Je ne l’ai rencontré qu’une fois, à Paris alors qu’il était secrétaire d’Etat. Cela étant dit, je suis, tout comme lui, un homme de droite. Enfin, sur le plan régional, l’homme clé sera Etienne Blanc (ndlr: député-maire de Divonne-les-Bains), qui connaît parfaitement les dossiers et avec qui nous avons les meilleurs rapports du monde depuis longtemps.

Propos recueillis par M.P.

De gros dossiers

- En plus de la compétence en matière ferroviaire, la Région devient le chef de file de l’intermodalité . Le schéma régional d’intermodalité (SRI) coordonne les services de transport dans la région. Le Léman express, la possible réhabilitation de la ligne du pied du Jura et celle du Tonkin seront au menu.

- La Région voit renforcer sa fonction en matière d’aménagement du territoire, dont le bassin genevois.

- Elle est responsable de la définition des orientations en matière de développement économique.

- Elle doit mettre en œuvre des actions de formation professionnelle continue et d’apprentissage. D’où son rôle dans le projet de formation transfrontalière du personnel soignant.

- La Région est partenaires du Groupement local de coopération transfrontalière du Grand Genève. M.P.

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