Les Genevois s’approprient les espaces publicitaires

Action citoyenne En raison d’un changement d’exploitation, la plupart des 3000 panneaux de la Ville ont été recouverts de blanc.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Près du Victoria Hall, des slogans engageants collés sur des panneaux publicitaires vierges apostrophent les passants. En ce début d’année, ces «N’oubliez pas d’aimer», «N’oubliez pas de sourire» ou «N’oubliez pas de chanter» sonnent comme autant de bonnes résolutions. Dans le quartier des Bains, c’est un mystérieux Charles Drawin qui s’est emparé à l’encre noire de plusieurs surfaces recouvertes de blanc. Le geste pictural, dont on retrouve la signature dans d’autres quartiers, est maîtrisé: on a là affaire à un artiste. Et ce n’est pas tout: près des Cropettes, un message tâché de sang fait référence à Alep alors qu’à Geisendorf, l’illustratrice Esther Zaricot au trait reconnaissable a carrément signé son affiche sauvage.

Lire: Révolution dans l'affichage, la Ville change de partenaire

Dans les quatre coins de la ville, des Genevois, adultes comme enfants, se sont approprié, semble-t-il spontanément, une partie des 3000 surfaces d’affichage vides appartenant à la Ville de Genève, recouvertes momentanément de pages blanches comme autant d’invitations à l’exploration artistique.

Cette défection publicitaire a une explication: l’exploitation de ces panneaux vient de changer de main. La société de communication Neo Advertising a remporté l’appel d’offres de la Municipalité, qui s’est ainsi séparée de son partenaire historique, la SGA. Cette dernière ayant toutefois décidé de recourir contre la décision, la justice devra trancher. En attendant, Neo Advertising a reçu le mandat d’exploiter dès le 1er janvier l’ensemble des supports pour une durée de six mois.

C’est donc la SGA qui a recouvert ces panneaux le 30 décembre. «Nous ne pouvions pas laisser au-delà de la date prévue des affiches payées par les annonceurs pour un laps de temps défini. Avec ces emplacements blancs, la place est maintenant prête pour notre concurrent, un peu comme lorsque l’on remet un appartement», explique Olivier Chabanel, responsable de la SGA pour la Suisse romande. Le partenaire aurait néanmoins souhaité assurer la transition «car le nouveau concessionnaire n’est pas prêt. Il a refusé l’accord portant sur la transition de six mois. Donc maintenant, soit il parvient à trouver des clients, et ces espaces seront à nouveau couverts, soit il n’y parvient pas et la Ville ne touchera pas les redevances prévues.»

Du côté de Neo Advertising, le CEO Christian Vaglio-Giors n’est pas inquiet. «En tant que nouveau concessionnaire, nous avons tout un démarchage commercial à mettre en place et le début de l’année est toujours calme. Mais nous poserons déjà 922 affiches publicitaires cette semaine, et un peu plus encore la semaine suivante. La SGA pense qu’elle est la seule à savoir faire de l’affichage, mais ce n’est pas le cas.» Si l’entrepreneur regrette quelque peu l’apparition dans la cité de ces pages blanches «marquant la transition», il apprécie leur appropriation par les passants, «qui pour certains ont exprimé des choses vraiment intéressantes».

Nombre d’interventions semblent d’ailleurs si professionnelles – comme cette gigantesque empreinte digitale qui enserre le sigle du copyright – que l’on en vient tout de même à se demander si une partie de l’action n’a pas été commanditée. «Je serais très étonné si c’était le cas, certifie Christian Vaglio-Giors. Mais l’affiche étant un médium très visible, cela ne m’étonne pas que quelqu’un ayant la fibre artistique ou certaines revendications à faire entendre se saisisse de cette opportunité. Cela prouve en tous les cas qu’il y a beaucoup d’artistes à Genève.»

Rémy Pagani, magistrat en charge de l’Aménagement, dont le département a géré le dossier, assure lui aussi ne pas être mêlé à ces œuvres urbaines. «Les Genevois sont simplement tellement spontanés qu’ils se sont accaparé ces espaces, comme ils le font avec les places publiques. Le besoin de s’exprimer est considérable. Je me suis baladé un peu pour découvrir ces affiches et certaines sont vraiment très réussies. Je me félicite d’habiter une ville où vivent des citoyens si créatifs!»

Dans le quartier des Charmilles, «saturé d’images et de messages», une passante apprécie quant à elle le blanc d’un alignement d’affiches vierges et l’ombre des arbres qui s’y reflètent. Une jachère poétique pour bien commencer l’année.

(TDG)

Créé: 03.01.2017, 19h25

Articles en relation

Révolution dans l'affichage, la Ville change de partenaire

Genève La société genevoise Neo Advertising SA a remporté la concession de la Ville au détriment de la SGA. Plus...

Affichage sauvage contre le tourisme d'achat

Genève Les producteurs locaux veulent sensibiliser les consommateurs sur les règles en vigueur lors de courses à l’étranger. Plus...

Presinge se revendique commune sans publicité

Affichage L’Exécutif municipal veut défendre un mode de vie plus modeste, moins axé sur la consommation Plus...

L'affichage à Genève, «c'est le Moyen Age»

Communication politique La campagne pour les municipales a pris possession de l’espace public. Attention les yeux! Plus...

Fred à la rue de l'Ecole de Médecine, jeudi matin 5 janvier 2017. A lire aussi De Lascaux à la Servette, par Sylvain Thévoz, blogueur et conseiller municipal en Ville de Genève

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Un attentat à Manchester fait 22 morts
Plus...