«Genève va jouer un rôle encore plus important»

ONU Conseiller de l’un des candidats à la succession de Ban Ki-moon, Matthew Parish analyse le résultat du vote intervenu à New York.

L’avocat est un spécialiste des questions de droit international et de résolution des conflits internationaux.

L’avocat est un spécialiste des questions de droit international et de résolution des conflits internationaux. Image: DR

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Matthew Parish a été le conseiller politique en chef de Jeremic Vuk, candidat au poste de secrétaire général des Nations Unies, qui est arrivé en deuxième place à l’issue du sixième scrutin du Conseil de sécurité. Cet avocat de renom, spécialiste des questions de droit international et de résolution des conflits internationaux, vit à Genève et a fait partie des forces du maintien de la paix des Nations Unies dans les Balkans. Il nous donne dans cet entretien son avis sur l’avenir des Nations Unies et sur le rôle de l’institution dans la ville de Genève.

Qu’est-ce qui a conduit les cinq membres du Conseil de sécurité à trouver un accord autour de la candidature d’Antonio Guterres?

Les Russes ont compris que l’administration américaine actuelle opposerait son veto à tous les candidats d’Europe de l’Est. En échange, je pense que les Russes se sont vus accorder le droit de désigner le secrétaire général adjoint de leur choix; reste à voir de qui il s’agira. Je ne suis pas certain que les Russes eux-mêmes aient déjà fait ce choix. Mais il y a une chose dont je suis certain: le nouveau secrétaire général adjoint, quel qu’il soit, jouera un rôle plus substantiel que jusqu’à présent. Et il se peut qu’il se concentre particulièrement sur Genève.

Pour quelles raisons?

Certains pensent que les Nations Unies ont trop négligé Genève ces dix dernières années. Le siège européen est appelé à prendre plus d’importance. Genève est vue comme un territoire neutre qui peut servir de centre de négociations et de résolution de certains des conflits mondiaux les plus épineux. New York ne peut pas toujours jouer ce rôle confortablement.

Qu’est-ce que cela implique concrètement en termes d’organisation?

Cette évolution va entraîner de nouvelles responsabilités. Les personnels de l’Office des Nations Unies à Genève (ONUG) vont avoir un mandat plus clair et plus important. Les effets vont être très positifs. Les personnels de l’ONUG vont prendre toute la mesure de leur fonction. Ils seront plus motivés. Ils auront l’impression que le système les traitera de manière plus équitable que par le passé, même s’il attend plus d’eux. Ils n’auront sans doute plus à se bagarrer avec d’autres départements. Ils seront encouragés à travailler en collaboration, et non plus en concurrence.

Le budget alloué à l’ONU à Genève et aux agences qui y sont établies va-t-il être augmenté?

Il va y avoir une redistribution des ressources et elle va profiter à Genève. Mais il ne faut en aucun cas considérer cette redistribution favorable comme un cadeau. Des ressources plus importantes, et une plus grande focalisation, s’accompagnent généralement de responsabilités plus lourdes. Nous allons devoir travailler plus dur. Genève deviendra un pivot de la diplomatie internationale, comme elle l’a été par le passé. Il va nous falloir aussi être réalistes. Il est clair que dans certains domaines, les Nations Unies à Genève n’ont plus grande utilité, et que l’efficacité de l’organisation est discutable. Les personnels employés dans un petit nombre de domaines devront être redéployés, et leurs compétences appliquées à d’autres domaines. Il y aura des choix difficiles à faire.

Cela ne va pas totalement rassurer les personnels qui s’inquiètent pour leur avenir…

L’organisation pour laquelle ils travaillent devrait prendre des engagements en qui les concerne. Compte tenu de leur engagement, l’institution doit faire preuve d’impartialité et de décence à leur égard. En revanche, l’ONU doit se montrer inflexible lorsque sont rapportés des faits de corruption ou d’irrégularités. Les mécanismes institutionnels destinés à encourager d’autres employés à faire part de leurs soupçons ou de leur inquiétude doivent être renforcés. Les lanceurs d’alertes et toutes les personnes souhaitant exposer des malversations doivent pouvoir bénéficier de procédures institutionnelles justes, neutres et impartiales.

Qu’en est-il du rôle de Genève en matière de droits de l’homme?

Les droits de l’homme resteront l’une des priorités absolues de l’organisation. Dans ce monde multipolaire, la diffusion des normes internationales en matière de droits fondamentaux, sur une base indépendante et strictement impartiale, est l’une des missions les plus importantes des Nations Unies au titre de la fonction d’arbitre impartial, qu’elles se doivent d’assurer à titre principal en qualité de médiateur des crises politiques contemporaines qui fragilisent la sécurité internationale.

(TDG)

Créé: 16.10.2016, 18h42

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