Des retraités de l’ONU se retrouvent sans un sou

Genève internationaleLes fonctionnaires réclament des comptes à leur fonds de pension. Les retards dans le paiement des rentes s’accumulent.

A l’ONU, la situation est en train de s’envenimer: plusieurs centaines de personnes se trouvent privées de leur rente.

A l’ONU, la situation est en train de s’envenimer: plusieurs centaines de personnes se trouvent privées de leur rente. Image: Laurent Guiraud

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La colère monte parmi les fonctionnaires de l’ONU ou plutôt parmi les anciens fonctionnaires, ceux qui ont pris leur retraite récemment. Les mois passent et leurs primes ne sont toujours pas versées sur leur compte. Toutes les agences du système onusien sont concernées. Un problème qui serait lié à la mise en place d’un nouveau système informatique.

Selon les organisations syndicales, plusieurs centaines de personnes se trouvent ainsi privées de leur rente. Certains ne pourraient plus payer leurs loyers, ni faire face à leurs crédits et dépenses courantes. Beaucoup commencent à s’interroger sur les raisons de ce dysfonctionnement. A plusieurs reprises ces dernières années, le manque de transparence qui entoure la gouvernance de la Caisse commune de pensions du personnel des Nations Unies (CCPPNU) créée en 1949 a alimenté rumeurs, critiques et rapports. Il y a un an, le Mexicain Sergio Arvizú, à la tête de l’institution depuis janvier 2013, a été accusé de falsification de documents, de conflit d’intérêts et de mauvaise gestion par les syndicats de personnels. Une enquête a été confiée à l’organe de contrôle interne de l’ONU. L’intéressé affirme être l’objet d’une campagne de dénigrement. Au cœur de ce bras de fer, un plan de réforme qui vise à émanciper le fonds de pension de la tutelle onusienne et à changer la politique d’investissement. Les fonctionnaires ne veulent pas en entendre parler.

Entre les représentants des personnels et ceux qui doivent gérer l’argent de leur retraite, le climat est délétère. L’an passé, le suisse Yvan Pictet a quitté la présidence du comité d’investissement du fonds de pension de l’ONU après seulement quatorze mois passés à sa tête. Interrogé sur les raisons de son départ, Yvan Pictet avait assuré qu’il n’était pas lié aux affaires qui ébranlaient alors la direction du fonds de pensions. L’organe de direction et le comité d’investissement fonctionnant séparément. Certains ont pourtant vu dans son départ une manifestation d’un désaccord avec le nouveau directeur ou du moins un refus de cautionner ses orientations. Yvan Pictet avait néanmoins assuré, à l’époque, que le fonds était en «très bonne santé financière». Avec 200 000 bénéficiaires, dont un quart d’actifs, pour un pactole de 54 milliards de dollars, les employés de l’ONU peuvent envisager l’avenir sereinement. A priori, pas de quoi s’en faire. Pourtant, l’inquiétude grandit. Les fonctionnaires appelés à prendre leur retraite dans les mois qui viennent sont en train de gonfler les rangs des mécontents. Ils réclament des comptes. La situation est en train de s’envenimer. La demande de réunion extraordinaire adressée par les syndicats pour trouver une solution au problème des retraités privés de leur rente a été rejetée. «Le conseil d’administration est dans le déni total», déplore Ian Richards, représentant des employés de l’ONU. Désormais, les syndicats de personnel exigent le départ de Sergio Arvizú. Une pétition circule sur Internet et une lettre a été adressée à Ban Ki-moon et aux chefs d’agences.

«Cette incertitude est pesante»

L.J. a pris sa retraite anticipée en octobre dernier après trente années de bons et loyaux services au sein de l’Union internationale des télécommunications (l’UIT). A l’époque, elle avait été prévenue qu’il y aurait deux mois de retard dans le versement de sa retraite. A ce jour, elle n’a encore rien touché. «J’ai dû puiser dans mes économies et couper pas mal de dépenses», explique-t-elle. Ce qui la met en colère, c’est le manque d’information. «Je vis dans l’incertitude. Personne ne répond à mes questions. C’est usant», poursuit L.J. qui a connaissance de situations bien plus difficiles que la sienne. «J’ai une collègue qui a dû emprunter. Elle ne pouvait plus faire face aux frais d’études de ses enfants», explique-t-elle.

(TDG)

(Créé: 06.03.2016, 19h25)

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