Haute-Savoie
Après la tuerie, Chevaline dans l’attente et l’angoisse
Par Marie Prieur. Mis à jour le 07.09.2012
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«Il a vu descendre un 4x4 vert»
«L’enquête est particulièrement complexe», prévient d’emblée le procureur Eric Maillaud. Depuis mercredi, les témoignages se sont multipliés. Celui, capital, du cycliste britannique qui a découvert la scène fait l’objet d’une attention particulière. «Il a vu descendre un 4x4 de couleur verte et une motocyclette.» Un élément intéressant même si le véhicule du ou des meurtriers a aussi pu quitter les lieux via le chemin réservé aux services des forêts plutôt que de redescendre en direction de Chevaline.
Sur la scène de crime, ce sont 25 douilles qui ont été retrouvées: une quinzaine à l’extérieur du break, les autres à l’intérieur. Aucune précision sur le calibre, le nombre d’armes ou de tireurs. Quant à savoir s’il pourrait s’agir d’un tueur professionnel? «Ce qu’on peut dire de manière certaine, c’est que celui ou ceux qui ont fait cela voulaient tuer», se contente d’affirmer le procureur à ce sujet.
Commencées hier à 14 h, les autopsies devaient se terminer vers minuit. «Ce qu’on sait déjà, suite à la levée de corps, c’est que les quatre personnes décédées ont toutes été atteintes d’au moins trois balles, dont une dans la tête.»
Côté procédure, deux juges d’instruction ont été saisis. Une commission rogatoire internationale a permis à l’enquête de devenir franco-britannique. Et quatre gendarmes français ont atterri hier à Londres.
M.P.
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C’est une miraculée. A ce titre, elle fait l’objet de toutes les attentions. Zeena, 4 ans, a expliqué aux enquêteurs, avec ses mots d’enfant, ce qu’elle a vécu mercredi après-midi, sur ce parking situé au sommet d’une route forestière, à Chevaline, en Haute-Savoie. «L’information capitale qu’elle nous a donnée, c’est qu’elle était dans la voiture avec son papa, dont elle a donné le prénom, sa maman et sa sœur», indique le procureur de la République d’Annecy, Eric Maillaud. En attendant les preuves ADN définitives, ce témoignage confirme aux enquêteurs que c’est bien la famille britannique al-Hilli, arrivée le 3 septembre dans un camping de Saint-Jorioz, au sud du lac d'Annecy, qui a été la cible de tirs mercredi. Au sujet de la septuagénaire, de nationalité suédoise, la fillette n’a pas pu préciser le lien de parenté qui les unit. «En termes d’enquête, poursuit le procureur, elle ne peut rien dire. Puisqu’elle a eu peur. Elle a été terrorisée dès le début de la scène. Elle était à l’arrière du véhicule entre sa mère et cette autre femme et son premier réflexe, lorsqu’elle a entendu des cris, a été de se jeter sous les jambes et les jupes de sa maman. Et elle y est restée jusqu’à ce qu’on l’y découvre.» Huit heures plus tard.
Toujours hospitalisée
Pour tenter de comprendre ce qui a pu se passer, les enquêteurs comptent désormais sur le témoignage de sa sœur aînée, Zaïma, 7 ans. Blessée par balle à l’épaule et violemment frappée à la tête, la fillette est encore hospitalisée et n’a pas pu, pour l’heure, être interrogée. «On espère, dit le procureur, qu’étant plus âgée, elle pourra nous dire ce qu’elle a vu: combien de personnes? Homme? Femme? Couleur de peau? Type de vêtements?» Car si la scène de crime a été passée au peigne fin et si de nombreux témoins se sont manifestés, il reste impossible de formuler la moindre théorie concernant la tuerie de Chevaline. Dans ce village de 150 âmes, on n’en revient pas. «Cela nous paraît encore totalement irréaliste, souligne Martine Lacroix, la secrétaire de mairie. Nous sommes un village calme, rural, sans problème. Ici, il y a plus de vaches que d’habitants!» Et désormais, presque plus de journalistes que d’autochtones. «On a reçu des appels de CNN, de la BBC pour Monsieur le Maire», s’étonne-t-elle. Les reporters sont venus des quatre coins de l’Europe. Sur le sentier pédestre qui rejoint le parking en longeant la rivière, l’Ire, donnant son nom à cette combe verdoyante, on parle italien, suédois et surtout anglais. Nettoyée, la scène de crime comporte encore des traces de la tuerie: des débris de verre, des traces de pneus et des taches de sang. «On se promenait là-haut, vers 16 h 10 avec un ami, raconte Jean-Marie, 60 ans, installé au café au centre de Doussard. On n’a rien entendu. De toute façon, si c’est un pistolet automatique, on n’entend rien.» Ce n’est qu’en voyant défiler les pompiers puis les gendarmes que le duo comprend qu’il s’est passé quelque chose. «C’est vraiment horrible. L’essentiel maintenant, c’est de vite savoir la vérité!» conclut-il, penchant pour sa part pour un «règlement de comptes».
Des enfants «choqués»
Aux abords de l’école élémentaire, les hypothèses vont là aussi bon train, mais c’est surtout la peur qui occupe les esprits. «Ça refroidit!» résume Mélanie Colin, 27 ans. Cette habitante de Doussard, à moins de deux kilomètres de Chevaline, connaît bien l’endroit. Elle vient s’y promener régulièrement avec ses trois filles. «On y va souvent à vélo avec les enfants, confirme une amie, Marjorie Paccard. On y fait des barbecues, au bord de la rivière.» Elle-même maman de deux filles de 3 et 6 ans et demi, cette femme de 29 ans ne cache pas son inquiétude «Un truc aussi fou, ce n’est pas rassurant. D’autant qu’ils n’ont pas retrouvé le ou les assassins.» Julie, 35 ans raconte que mercredi soir, ses enfants, Hedie, 11 ans, et Safia, 10 ans, étaient «choqués». Et d’ajouter: «On ne s’attend pas à cela dans notre «coin perdu», comme ils disent à la télévision.» (TDG)
Créé: 07.09.2012, 22h18
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