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Débat en Ville

Comment doit-on vendre Mein Kampf?

Mis à jour le 27.04.2012 3 Commentaires

L’écrit antisémite d’Adolf Hitler est apparu dans les rayons de Payot en libre-service. Alertée par cette vente sans précautions, la CICAD propose d’assortir le livre de mises en garde. Son secrétaire général, Johanne Gurfinkiel, a débattu de ce thème avec Yann Courtiau, libraire au Rameau d'Or, au Café des Savoises.

De gauche à droite: Johanne Gurfinkiel, Irène Languin et Yann Courtiau jeudi au Café des Savoises.

De gauche à droite: Johanne Gurfinkiel, Irène Languin et Yann Courtiau jeudi au Café des Savoises.
Image: Pascal Frautschi

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Libraire au Rameau d'Or, Yann Courtiau ne compte pas appliquer les recommandations de la CICAD. Pour lui, il faut éviter de vendre le brûlot d'Hitler. (Image: Pascal Frautschi)

Johanne Gurfinkiel est secrétaire général de la CICAD (Coordination intercommunautaire contre l'antisémitisme et la diffamation). Il défend la mise en place de mesures d'accompagnement pour le vente de Mein Kampf. (Image: Pascal Frautschi)

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Les Débats en Ville de la Tribune de Genève sont menés par notre journaliste Irène Languin. (Image: Pascal Frautschi)

Que demande la CICAD exactement ?

Johanne Gurfinkiel (JG): Nous avons développé trois mesures qu’il est facile pour les libraires de mettre en pratique. D’abord, on propose de notifier sur Mein Kampf un âge requis, qui pourrait être en lien avec le programme d’histoire suivi à l’école. Car il est nécessaire d’acquérir un peu de culture avant de lire ce livre. Il ne nous appartient pas de déterminer cet âge limite: nous ne sommes pas un organe de censure et l’instruction publique genevoise est suffisamment équipée pour le faire. Deuxièmement, on pourrait spécifier sur ce même macaron que l’ouvrage véhicule un message de haine et de discrimination qui a mené à la destruction de millions d'hommes. Enfin, on met gracieusement à disposition du matériel pédagogique, sous la forme d’un fascicule édité par nos soins et intitulé Auschwitz, qui traite de façon synthétique sur ce pan de l’histoire. Pour l’instant, un seul libraire a joué le jeu.

Le Rameau d’Or suivra-t-il ces mesures ?

Yann Courtiau (YC): Elles sont bonnes. Mais on n’a pas besoin de toutes ces mises en garde car on connaît bien notre clientèle. Quant au fait de fixer une limite d’âge, «bof». J’espère que si mes collègues libraires voient un ado de 14?ans demander ce livre, ils refuseront. C’est une question d’éthique. Notre politique est de pas vendre Mein Kampf, si possible. Aux gens qui cherchent de la documentation sur le IIIe Reich, on propose des livres d’historiens. Mais à cause de tout le foin fait autour de ce livre dernièrement, on nous a commandé notre premier exemplaire hier. Merci, c’est un bel autogoal! Je déconseille la lecture de Mein Kampf. J’en ai lu quelques extraits, c’est effarant. Si on devait tout de même le faire, il faudrait mettre en garde sur son contenu. En général, lorsque quelqu’un commande ce livre, il sait précisément de quoi il s’agit. Souvent, c’est de la curiosité, car ce texte a une sorte d’aura maléfique. Maintenant, il ne faut pas tout confondre. Lire Mein Kampf ne vous rendra pas nazi. Et on peut y adjoindre une tonne de documentation: elle partira à la poubelle si c'est un extrémiste qui l'achète.

Pourquoi ne pas interdire sa vente?

JG: Ce serait compliqué à justifier, car Mein Kampf a une valeur historique incontestée et incontestable. Il serait difficile de l’interdire sur sol suisse alors qu’il est librement vendu en France depuis 1979. De toute façon, il est inutile de se cacher derrière son petit doigt. Que le sujet soit relancé n’est pas un mal. Le débat existe, c’est une période de l’histoire qu’on ne peut pas effacer.

YC: Si on interdit ce livre, tout le monde ira le télécharger sur Internet. D’autant plus qu’en 2015 l’ouvrage tombera dans le domaine public – les droits sont jusqu’à présent détenus par le Land de Bavière. Une édition commentée et bon marché est d’ailleurs en préparation en Allemagne, pour couper l’herbe sous le pied des groupuscules d’extrême droite.

L’argument commercial vous choque-t-il ?

YC: Un livre est intéressant en stock lorsqu’on le vend trois fois par an. Au Rameau d’Or, ça n’arrive pas pour le texte d'Hitler. Essayons de désacraliser ce livre afin que les gens ne soient pas attirés par son aspect maudit.

JG: Payot aurait vendu tout son stock. Sa petite opération de communication a été assez efficace. C’était une jolie opération de marketing! Le Rameau d’Or a une position éthique incontestable, mais ce n’est pas le cas de tous les libraires. Dans ces cas-là, il y a une responsabilité politique à légiférer.

Devrait-on tenir un registre des acquéreurs ?

JG: Apparemment, certains libraires étiquettent les acheteurs. Je ne suis pas sûr qu’il soit légal de demander leur carte d’identité aux clients !

YC: C’est interdit. Les bibliothèques le feraient, ce qui est scandaleux. L’astuce, semble-t-il, pour obtenir ce livre et de commander le Capital de Karl Marx en même temps.

En 2005, Mein Kampf était 4e des best-sellers en Turquie. Qu’en pensez-vous ?

YC: Les conditions dans les pays du Moyen-Orient sont un peu différentes. Les gens y sont très curieux et Hitler y est une sorte de figure mythique. C’est une manière de se venger des problèmes qu’ils ont avec Israël et de mettre une baffe à l’Occident.

JG: Ce n’est d’ailleurs pas le seul ouvrage antisémite qu’on trouve dans ces pays et aussi en Asie. En Europe, on a une proximité historique avec cette période et ce personnage. En Thaïlande par exemple, une marque a sorti récemment une pub avec l’image d’Hitler: ça a été un choc chez nous mais pas du tout pour eux. C’est un pan de l’histoire qui ne leur est pas familier.

Aujourd’hui, est-on assez informé sur les agissements d’Hitler et la Shoah ?

JG: Lorsqu’on dit que les gens sont au fait de ce qui s’est produit lors de la Seconde Guerre mondiale, on parle d’un public averti. Mais en réalité, une banalisation s’installe, on le voit dans les propos politiques au quotidien. Un certain nombre de thèses qui circulent aujourd’hui auraient horrifié il y a une vingtaine d’années. Si on n’apporte pas de solution pédagogique, on n’aura pas fait notre travail.

L’édition française de Mein Kampf est sujette à caution. Pourquoi?

JG: Mon Combat est édité par les Nouvelles Editions Latines (NEL), lesquelles sont accusées d’être très proches des milieux d’extrême droite. Beaucoup de libraires se refusent à le commander pour cette raison.

YC: D’ailleurs, il est très compliqué d’obtenir ce livre, c’est pourquoi je suis étonné que Payot en dispose. Il n’est pas distribué en Suisse, il faut commander les exemplaires auprès des NEL en France et les payer d’avance. C’est tout de même une démarche complexe pour avoir un livre en stock.

Berne devrait-elle légiférer avant 2015?

JG: Oui, c’est une piste. Du reste, il existe une réflexion politique en ce sens en Suisse. Notre souci, c’est de faire un travail pédagogique auprès des jeunes, qui oublient le passé. D’ailleurs, nos mesures ne visent pas les néonazis, mais des gens avides d’histoire, qui ont le droit d’appréhender le livre avec un bon appareil critique.

YC: Mais vous donnez bonne conscience aux gens qui achètent Mein Kampf au prétexte qu’il est assorti de votre brochure! C’est faire au livre une publicité gratuite.

Quel avenir pour ce texte?

YC: J’espère qu’il n’y aura pas de suite à Mein Kampf, car la première partie est vraiment très mauvaise! Mais je ne crois pas qu’il puisse servir à quiconque qui souhaite créer un mouvement nationaliste.

JG: Il y aura des rééditions du livre dès 2015, car cet ouvrage, dont l’auteur est arrivé au bout du processus qu’il souhaitait mettre en place, fascine. C’est ce qui en fait la dangerosité. Certains historiens l’ont même surnommé la «Bible du mal». On essayera toujours de remettre au goût du jour certaines de ses thèses. Mais avec le temps, on l’oubliera peut-être un peu…

Créé: 27.04.2012, 11h00

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3 Commentaires

jane lyre

27.04.2012, 11:35 Heures
Signaler un abus 3 Recommandation 0

Donneriez-vous un objet dangereux à un enfant (ex.,couteau).? La conscience , connaissance , discernement ,n'étant pas encore suffisamment évolués chez tous les humains et lecteurs non avisés cela pourrait apparaitre comme un outil dangereux, de même que certains livres de science fiction et thriller d'ailleurs. Répondre


bob bob

27.04.2012, 14:57 Heures
Signaler un abus 1 Recommandation 0

Ou comment la CICAD met de l'huile sur le feu.....afin de justifier son existence.....Je trouve ce debat ridicule. Comme si un enfant de 12 ans allait lire Mein Kampf...nan mais franchement....Interessez-vous a des problemes importants, utiles, mais ce genre de pseudo-combat ou 3 personnes par an vont lire ce livre et encore, je trouve cela risible.. Répondre



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