Thônex, la commune qui mise sur la pop
Scènes | Depuis 2006, la salle des fêtes revit en alignant les vedettes de la variété.
© Laurent Guiraud | Charlie Winston à Thônex, hier jeudi. Le chanteur anglais est un des rares cartons pleins de la saison thônésienne.
FABRICE GOTTRAUX | 29.01.2010 | 00:01
C’est un bâtiment tout gris calé entre deux immeubles de l’avenue de Tronchet. L’ensemble rappelle une école. A l’intérieur, la salle des fêtes: 1500 places debout, 750 assises.
Ici passe la fine fleur de la variété hexagonale, quelques vedettes anglo-saxonnes et des humoristes. Charlie Winston hier, Stereophonics, Benjamin Biolay ou John Mc Laughlin prochainement. Avec Onex, le Forum Meyrin et Plan-les-Ouates, la salle des fêtes de Thônex est une des quatre scènes communales à proposer une programmation régulière hors ville de Genève.
Un lieu historique
Construite en 1970, la salle des fêtes est une habituée de longue date des événements culturels, musicaux pour l’essentiel. Black Sabbath et AC/DC y ont joué. De même que INXS, les Stray Cats ou Alain Bashung, parmi le millier de concerts programmés par un certain Gérard Héritier, alors patron de la société VSP (lire ci-dessous). Jusqu’au début des années 90, le lieu ne désemplit pas. Suit une période creuse, désertique de plus de dix ans. Jusqu’à ce que revienne…Gérard Héritier.
Mandaté en 2004 par la commune pour réaliser une étude sur la culture locale, l’homme crée Jokka Developments, société de spectacles engagée dès l’année suivante pour programmer ce qui constituera la première saison régulière de Thônex. Dès lors, la toute petite équipe en charge de la salle des fêtes (deux assistantes, un technicien) proposera un minimum de seize rendez-vous annuels.
Pour la commune, il s’agit de défendre une affiche variée. Pour le programmateur, il s’agit de se dégotter quelques «concerts vitrines», tels Patrick Bruel ou le comédien Pierre Richard. De quoi faire parler du lieu. Et rendre la monnaie de leur pièce aux sponsors. Sur les spectacles uniques, la galerie (171 places) leur est réservée. Pour le reste, dit Héritier, on «construit avec ce que le marché nous offre…»
Quid de la fréquentation? «Ce n’est pas encore ce que j’attends, admet Héritier. On a des choses qui marchent très fort, Bruel encore, on ne programme pas toujours ce qu’on aime… Et d’autres moins. Mais la salle a son atout: une jauge de 1500 personnes, qui assure un minimum d’entrées sur les concerts debout, plus rentables que les spectacles assis. En tous les cas, nous n’avons par une programmation de découvertes, contrairement à Onex.»
Pour trouver public à son pied, Gérard Héritier n’hésite pas à mettre «Brel» en lettres géantes sur l’affiche présentant la «biographie musicale» du chanteur belge, à voir le 19 mars. «L’important est de mettre le nom dans la tête des gens qui passent dans la rue!»
En quête de rentabilité
Principal «défaut» de Thônex? Sa jeunesse. «Il a fallu dire aux gens que ça existait de nouveau!» Il faudra encore six ans pour assurer ses arrières, selon l’actuel maire de Thônex, également responsable de la culture communale. Elu PDC dans une administration de droite, Philippe Decrey est à l’origine de ce renouveau culturel: «Notre premier objectif était de réhabiliter la salle.»
Un programmateur privé pour un programme public, voilà qui semble inconciliable. «Le Municipal ne voulait pas s’impliquer, résume le maire de Thônex. Chaque année, nous devons reconduire le mandat du programmateur. Si demain on me coupe le budget, je dois donner son congé à Héritier.» Cependant, relève encore l’élu PDC, dans la mesure où la programmation devient rentable, le Conseil municipal pourrait vouloir rapatrier sa gestion dans son giron.
Rentable, un peu, beaucoup… Les politiques, constatent de concert le maire et le programmateur, voudraient de la culture qui rapporte. Pas sûr que ça leur plaise. Selon Gérard Héritier, «des spectacles comme ceux de Thônex, avec une structure privée, ça ne marcherait pas. Sinon avec de gros sponsors. Et encore…»
Reste qu’avec Onex, l’Arena, le Théâtre du Léman et l’Usine, Thônex est devenu un lieu incontournable pour les concerts genevois. La notoriété de la salle va bon train. Les organisateurs privés ne manquent plus, qui voudraient bien louer les lieux. L’avenir est ouvert…
Thônex en chiffres
❚ Lieu: salle des fêtes de Thônex, avenue de Tronchet 18, construite en 1970.
❚ Capacité de la salle: 1500 places debout, 750 assises.
❚ Nombre annuel de spectacles: 16 minimum.
❚ Nombre de saisons: trois et demie depuis 2006.
❚ Prix: de 44 fr. à 68 fr. plein tarif. Abo pour les Thônésiens, 200 fr./8 soirées, non transmissible; pour les autres, 210 fr./6 soirées, transmissible.
❚ Budget de programmation: 250 000 fr. (subventions commune) plus 150 000 fr. (sponsors).
❚ Budget de la commune: 35 millions de francs, dont 1,8 million pour la culture.
Ils ont joué à Thônex:
❚ Patrick Bruel, Marianne Faithfull, Rita Mitsouko, Keziah Jones, Pierre Richard.
Ils vont jouer à Thônex:
❚ Stereophonics, 10 février.
❚ «De Bruxelles aux Marquises» autour de Brel, 19 mars.
❚ Patrick Timsit, 25 mars.
❚ Benjamin Biolay, 27 mars.
❚ Natasha Saint-Pier, 16 avril.
❚ John McLaughlin, 3 mai.
❚ Jeanne Cherhal, 12 mai.
❚ Warren Zavatta, 28 mai.
Infos: www.thonex.ch/culture
C'est un vrai bonheur de retourner écouter des concerts dans cette salle où j'ai tant de souvenirs.
Et de savoir que Gérard Héritier est de retour dans le monde du spectacle est une bonne nouvelle. A une époque où seul le chiffre d'affaires et l'image de people importe à certains organisateurs d'événements (suivez mon regard...), je félicite Thônex d'avoir choisi un programmateur passionné et un grand professionnel.
> Signaler un abus