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Pitoëff, un centenaire prospère

Théâtre | «100 dessus dessous» invite à plonger dans le passé et dans les entrailles du théâtre.

© Emilie Batteux | «Passe-moi le sel!» L’«ange» (Dimitri Anzules) et Alphonse (Frédéric Landenberg), deux drôles de compères.

LIONEL CHIUCH | 27.11.2009 | 00:00

C’est une première. Dans tous les sens du terme. Il est assez rare, en effet, de voir les comédiens inviter les spectateurs à quitter leur fauteuil tandis que se déroule le spectacle.
Mais au diable le protocole! On n’a pas tous les jours 100 ans! Le théâtre Pitoëff les fêtera très précisément samedi. Dès ce soir, et durant deux semaines, Amandine Sommer a décidé de dévoiler les coulisses de la salle conçue par l’architecte Joseph Marschall. D’où le titre de ce projet qui tient aussi du voyage dans le temps: 100 dessus dessous.
Dessus, donc, se joue Passe-moi le sel!, une désopilante opérette signée Miguel Fernandez-V. Plongeant sa plume dans une encre sépia, le metteur en scène a bâti une intrigue très Belle Epoque, avec secrets d’alcôve et manigances vaudevillesques. Les dames y arborent une plume d’autruche et les cocus de fières bacchantes. A moins que ce ne soit le contraire. Tout cela, quoi qu’il en soit, est fort bien mené par une équipe de comédiens très à leur aise.

Un théâtre inventif et populaire

Dessous et tout autour, c’est l’immersion. Dans les entrailles de la bête, avec vue sous la scène et sur les chariots de costière. Par petits groupes, tandis que l’opérette déploie ses gammes, les spectateurs sont guidés vers ces lieux habituellement réservés aux machinistes. La balade est plaisante, pour peu qu’on pense à baisser la tête et à ne louper aucune marche.
L’immersion est également temporelle. C’est un XXe siècle naissant, mais pas forcément authentique, qui accueille le public dans la salle communale de Plainpalais. On y croise de drôles de saltimbanques, interprétés par les comédiens de La Troupe Ment.
Cet univers, c’est celui dans lequel évoluèrent Georges et Ludmilla Pitoëff. Lui, «grand escogriffe chevelu au fort accent russe», elle, «éternelle enfant d’une sensibilité exceptionnelle». Dès 1915, le couple s’installe rue de Carouge pour y monter des auteurs contemporains (Wilde, Shaw, Cocteau…).
Amandine Sommer et Miguel Fernandez-V. se sont plongés dans les archives afin d’aller humer ces années-là. Celles d’un théâtre inventif qui, tout en étant populaire, ne versait ni dans la démagogie ni dans la facilité.

Cent ans plus tard, l’esprit est bien là, qui confère à ce 100 dessus dessous le charme subtil des soirées d’antan.

100 dessus dessous. Au Théâtre Pitoëff, 52, rue de Carouge. Jusqu’au 13 décembre. Rés. 079.759.94.28




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