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Débat en Ville

Adoption: les homos sont-ils des parents comme les autres?

Mis à jour le 23.03.2012 9 Commentaires

Le Conseil des Etats veut lever l’interdiction d’adopter pour les couples pacsés. Entre 6000 et 30?000 enfants sont déjà élevés par des «familles arc-en-ciel» en Suisse. Faut-il légiférer? L'éthicien Denis Müller en a débattu avec le conseiller national Antonio Hodgers au Café des Savoises.

De gauche à droite: Denis Müller, Irène Languin et Antonio Hodgers.

De gauche à droite: Denis Müller, Irène Languin et Antonio Hodgers.
Image: Laurent Guiraud

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Neuchâtelois, Denis Müller est théologien et éthicien aux Universités de Genève et Lausanne. Il défend le partenariat homosexuel depuis vingt ans mais émet de sérieuses réserves quant à l'adoption par des couples gays et lesbiens. (Image: Laurent Guiraud)

Le Genevois Antonio Hodgers est conseiller national Vert. Il soutient la levée totale de l'interdiction pour les couples vivant en partenariat. (Image: Laurent Guiraud)

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Les Débats en Ville de la Tribune de Genève sont menés par notre journaliste Irène Languin. (Image: Pascal Frautschi)

Dans quelle situation les enfants de couples homos se trouvent-ils aujourd’hui?

Antonio Hodgers (AH): Les enfants qui grandissent dans des foyers homoparentaux n’ont pas les mêmes droits que les autres. Par exemple, en cas de décès du parent biologique, le parent social n’est pas directement le tuteur de l’orphelin. Et si le couple «partenarié» se sépare, l’enfant perd le droit d’être gardé par les deux parents: c’est le parent biologique qui a la garde, l’autre hérite d’un droit de visite mensuel réduit. Or au niveau fédéral, on évolue vers le droit de garde partagé pour les hétérosexuels. Pourquoi une base légale empêche-t-elle les couples homos d’assumer eux aussi les droits et devoirs liés à la parentalité? Notre travail de législateur est de supprimer cette discrimination, en levant l’interdiction d’adopter pour les couples «partenariés».

Alors, faut-il octroyer plus de droits aux couples vivant en partenariat?

Denis Müller (DM): Non. Accepter l’adoption a pour but sous-jacent de reconnaître qu’il n’y a pas de différence fondamentale entre le mariage hétérosexuel et le partenariat homosexuel, qui a été voté en 2005 et que je défends depuis plus de vingt?ans. Or il faut maintenir cette différence. Je ne m’oppose pas à l’équité vis-à-vis des gays et des lesbiennes. Seulement, je ne considère pas uniquement le bien de l’enfant mais aussi la symbolique parentale. Chaque enfant a un père et une mère, biologiquement et symboliquement. Je suis opposé à l’homoparentalité mais pas au fait qu’un gay ou qu’une lesbienne célibataire adopte un enfant, car il est hors de doute que les homosexuels ont les mêmes capacités affectives et éducatives que moi. Confondre le partenariat et le mariage est aussi une discrimination à l’égard des couples hétérosexuels, même s’il n’est pas très politiquement correct de le dire. Il faut tenir compte de l’ensemble des droits, pas seulement de la minorité homosexuelle et ne pas mettre, sentimentalement, tout l’accent sur l’enfant. Pour une fois je suis d’accord avec le PDC qui s’attache à défendre le droit de la famille et le mariage.

AH: Le point de vue symbolique me parle. Je n’ai jamais connu mon père, qui a été assassiné quand j’avais quelques mois. J’ai grandi sans modèle paternel et lorsque j’entends des gens qui remettent en cause des situations qui ne correspondent pas à l’idéal du papa et de la maman et disent que ces enfants-là auraient un malheur a priori de part leur situation particulière, ça me révolte. Evidemment qu’il n’est pas sans conséquence de grandir sans père. Mais il ne faut pas que l’image symbolique du couple hétéro comme parents devienne une image idéale qui fait que ceux qui ne correspondent pas à cette image sont forcément des enfants qui ne vont pas bien. Je n’ai eu qu’une maman et regardez-moi: je me sens tout à fait bien!

DM: Mais vous avez eu un père, vous savez son nom, il existe, même s’il a disparu tôt.

AH: Mais dans les cas d’homoparentalité qui nous intéresse, on connaît aussi le père.

DM: Donc s’il y a déjà un père, qu’il soit mort, en prison ou démissionnaire, je ne vois pas la nécessité d’adopter l’enfant!

Finalement, le sexe des parents n’a-t-il aucune importance?

DM: Si on dit ça, c’est un dérapage assez grave du point de vue du bien de l’enfant. Car pour moi, le débat sur le mariage gay est le même que celui sur l’adoption par les homos.

AH: Je pense que vous confondez les enjeux de la parentalité et de la parenté ou de filiation. La parentalité, c’est les gens qui s’occupent de l’enfant, le nourrissent, l’éduquent, lui donnent amour et sécurité. Ce peut être une, deux, trois ou quatre personnes. D’ailleurs historiquement, l’être humain a toujours séparé la notion de filiation biologique et de celle de parentalité. Cette dernière est donc indépendante du sexe des parents. Les enfants construisent leurs origines aussi par l’imaginaire, par exemple en pensant à leur père qu’ils savent exister quelque part même s’il n’est physiquement pas présent.

DM: Là, je vous rejoins. Même dans la Bible, le père de Jésus n’est pas très connu! Je ne confonds pas ces deux notions, je les articule. Je distingue la parentalité de la conjugalité, mais je souligne qu’il existe un lien entre les deux. Il ne suffit pas de se reposer simplement sur la parentalité pour résoudre le débat sur la conjugalité. C’est beaucoup plus complexe humainement, socialement et politiquement.

Dans ce débat sur l’adoption, deux solutions sont évoquées politiquement. Lesquelles?

AH: Il y a le droit généralisé à l’adoption, voté par le Conseil des Etats. Une voie plus consensuelle, défendue par le Conseil fédéral, propose de reconnaître l’adoption de l’enfant né d’une précédente union par le conjoint «partenarié». C’est un fait, il existe des familles constituées d’un couple de deux personnes du même sexe qui élèvent des enfants. Le politique se doit de constater l’évolution des mœurs et de se doter d’outils pour protéger au mieux les milliers d’enfants de ces familles, même si elles ne correspondent pas aux canons bibliques.

DM: Le législateur ne doit pas forcément suivre l’évolution des mœurs! En tant que politique et du point de vue éthique, il faut être critique à l’égard de cette évolution. Elle va dans le sens du mariage homosexuel, donc les mêmes droits pour tous les couples, quelle que soit leur orientation. Est-ce une raison pour le soutenir? Non!

Êtes-vous pour le mariage homosexuel?

AH: A terme, oui. Si deux personnes veulent s’unir, l’orientation sexuelle n’est pas pertinente du point de vue de l’Etat.

DM: Là, nous ne sommes pas d’accord, vous l'aurez compris!

Mais comment protéger ces enfants dans une situation juridique fragile?

DM: La loi sur le partenariat ne doit pas être changée, mais elle peut prévoir des exceptions. On peut imaginer un règlement selon lequel le parent social se déclarerait prêt à endosser la responsabilité de l’éducation et l’entretien de l’enfant. Il faut être imaginatif et sortir des positions binaires pour répondre à cette question de société. La solution préconisée par M. Hodgers veut élever l’exception au rang de la règle. La loi doit vivre dans l’incertitude, elle ne peut pas tout régler, au cas par cas.

AH: Mais on est parent ou on ne l’est pas! Pourquoi inventer un statut juridique différencié pour les parents homosexuels?

Quel avenir pour les couples pacsés et leurs enfants en Suisse?

AH: Je reste positif. Le National doit se prononcer sur la solution consensuelle préconisée par le Conseil fédéral et l’approuvera. Ensuite, il y aura un référendum et la question sera tranchée par le peuple.

DM: Je ne signerai pas le référendum, les arguments des extrémistes sont trop absolus. Quant au vote, l’abstention est un droit politique du prof d’éthique! A bien des égards, la bataille que je mène est perdue. D’ici 20?ans, le mariage homosexuel existera sans doute chez nous. C’est déjà le cas dans un pays très catholique comme l’Espagne. Mais le débat doit demeurer ouvert.

Créé: 23.03.2012, 13h50

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9 Commentaires

Olivier Berthet

23.03.2012, 15:00 Heures
Signaler un abus 6 Recommandation 0

Et comment expliquer à un enfant la logique des familles recomposé ou re-marié. Avec des demi-frêres ou demi-soeurs, des frères et soeurs qui n'ont pas la même maman que lui mais le même père ou des frères sans liens de sang adopté par la famille ! Imaginer la torture psychologique pour l'enfants. Les divorces devraient être interdit et le veuvage permanent ... Répondre


Fred Muli

23.03.2012, 17:07 Heures
Signaler un abus 5 Recommandation 0

Tout enfant de la planète a le droit fondamental d'avoir un père et une mère biologiques, c'est un droit même universel. A lui après de choisir son orientation sexuelle. L'homosexualité touche justement sa limite dans ce domaine précis. L'enfant doit avoir ces repères vitaux pour se construire tout simplement. Vivre au sein d'un couple mixte lui permet de mieux appréhender l'humanité sans préjugé Répondre



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