Yves Nidegger copie Stauffer et visite les Pâquis de nuit
REPORTAGE | L’UDC a souvent été confondu avec le tribun du MCG.

© Laurent Guiraud | Yves Nidegger et un garde du corps. En campagne aux Pâquis, le candidat UDC discute ici avec un partisan. Celui-ci veut renvoyer les Arabes en Irak et les Africains en Sierra Leone.
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MARC GUÉNIAT (LES PÂQUIS) | 07.11.2009 | 00:01
Soyons honnêtes: il y aura toujours l’original et la copie. Face à l’Entente, l’UDC s’est souvent targuée d’appartenir à la première catégorie. Mais cette campagne électorale mène la vie dure aux idées reçues. L’UDC s’est mise à traiter les Annemassiens de racaille, marchant ainsi ostensiblement sur les plates-bandes du MCG.
Jeudi soir, Yves Nidegger, le candidat du parti agrarien au Conseil d’Etat, a remis la compresse. Lui, l’avocat, cultivé et intellectuel, qui ne hausse
jamais le ton, s’est rendu dans le quartier des Pâquis, tentant d’imiter les opérations coups-de-poing du tribun Eric Stauffer.
23 h 30. L’heure où voleurs à l’astuce, que l’on a d’ailleurs pu voir à l’œuvre, dealers et fêtards communient dans les rues pâquisardes. Avec son imperméable, ses chaussures cirées et ses lunettes, Yves Nidegger est là, courageux mais pas téméraire: trois gardes du corps et deux camarades de parti, Stéphane Valente et Marc Falquet, l’entourent. «C’est mon côté social et bienveillant, ironise le conseiller national. Je tiens à les avertir (ndlr: les délinquants) de ce qu’il se passera si je suis élu.» Ce programme tient en trois mots, inscrits sur le tract qu’il distribue: «Interpeller, juger, renvoyer».
Tracts aux dealers
Mais devant cette armada, les voleurs à la tire tendent à s’éloigner. Seuls les dealers acceptent le pamphlet, de bon cœur sans forcément comprendre de quoi il en retourne. «Vous votez à Genève? Tenez, ce programme peut vous concerner de manière assez directe», lance Yves Nidegger. Les plus alertes l’invectivent parfois, même si globalement l’accueil qui lui est réservé est bon.
Il fait nettement moins recette devant un bar peuplé de gens du quartier. «Dégage racaille», lui assène un jeune, éméché. Une fille enchaîne: «L’UDC est le poison de la Suisse.» «Moi, je suis un mouton jaune», hurle un Asiatique. Imperturbable, le candidat leur fait remarquer que les «blacks» l’ont mieux accueilli. Dans un autre bar, un client vitupère: «Votre programme, c’est de la poudre aux yeux.» Mieux vaut en avoir dans les yeux que dans les narines, réplique Yves Nidegger. Tout cela fait dire à Stéphane Valente que l’électorat UDC se compose davantage de naturalisés que de Suisses.
Après plus d’une heure de tournée des popotes, le bilan est mitigé. Beaucoup l’ont confondu avec le MCG d’Eric Stauffer. Les lucides, eux, le tancent: «suivisme», «arrivée tardive». Sans doute sont-ce les pires insultes que puisse endurer Yves Nidegger. Mais, pour lui, la réponse des commerçants s’avère intéressante. «Les gens ont manifestement envie de changement et d’ordre.»
Et il dit ne pas copier les méthodes du MCG. Il s’agit, en somme, d’une démarche originale…