L’Uni aide des chercheurs dans la «vallée de la mort»
SOUTIEN | Le rectorat vient d’accepter un tout nouveau dispositif de solidarité entre les 3000 chercheurs de l’alma mater.
© DR | Le fond UNIGAP facilite le passage entre les recherches fondamentale et appliquée.
PHILIPPE RODRIK | 10.07.2009 | 00:01
Souvenons-nous! Entre 1995 et 1997, Sergey Brin et Larry Page étudient à l’Université de Stanford. Ces deux messieurs se montrent inventifs. Ils s’adressent alors à un service de leur école susceptible de les aider: Office of Technology and Licensing. Grâce à son soutien, Sergey Brin et Larry Page parviennent à commercialiser un certain… Google. Stanford en est actionnaire à hauteur de 700 millions de dollars. Afin de se donner toutes les chances de dénicher son propre Google, l’Uni de Genève se dote aujourd’hui d’une structure comparable: le fonds Unigap.
En dépit de son nom un brin barbare, cette structure semble prometteuse. Unigap permettra en effet d’aider des chercheurs confrontés à la «vallée de la mort». Les spécialistes désignent ainsi cette phase de transition, parfois douloureuse, entre la recherche fondamentale, purement académique, et la recherche appliquée. A ce stade, le financement de la recherche fondamentale s’interrompt, alors que le succès commercial d’une invention peut encore paraître trop incertain aux yeux des investisseurs, même providentiels.
Encore des coûts supplémentaires?
Du coup, des trésors technologiques risquent de se perdre. Avec Unigap, Unitec (le bureau de transfert de technologies de l’Uni) attribue jusqu’à trois subsides par an, d’un montant maximal de 30 000 francs chacun. Ces sommes serviront notamment à l’élaboration de prototypes reposant sur des inventions en voie de commercialisation, grâce au soutien d’Unitec. Ou encore au financement d’études attestant la pertinence des idées proposées.
Encore des subsides? Encore des coûts supplémentaires à la charge des contribuables en période de crise? Que nenni! Les aides accordées à des projets sont financées par les royalties provenant de contrats de licence. Des inventions des chercheurs de l’Uni de Genève sont en effet exploitées, contre rétribution, par de grandes multinationales comme Procter Gamble ou TRB Chemedica. Unigap fonctionne donc comme un véritable dispositif de solidarité entre les 3000 chercheurs de l’alma mater.
Montant du butin
Le butin alloué à ce fonds s’élève actuellement à 300 000 francs. Les subsides sont attribués à l’issue d’un concours entre les différents projets en lice. Ceux-ci doivent remplir une demi-douzaine de conditions, dont une absolument centrale: «La technologie doit avoir un fort potentiel commercial.»
Les membres du conseil d’Unitec assument l’arbitrage de cette compétition. Des noms intimement liés à la promotion de l’économie genevoise apparaissent d’ailleurs dans ce prestigieux aréopage. On y trouve notamment ceux de l’ex-président de la Chambre de commerce et d’industrie de Genève (CCIG), Michel Balestra, et de son successeur, François Naef.
Véritable incubateur
Le modeste Unigap s’inscrit dès lors dans cette vaste constellation d’organisations favorisant innovation et valeur ajoutée dans le canton: Eclosion, Genilem, Fédération des entreprises romandes, Fondetec, Fongit… A cela devrait s’ajouter incessamment un Creative Center, autrement dit un véritable incubateur d’entreprises que dirigera Oystein Fischer, professeur au Département de physique de l’Uni de Genève.
Les premiers lauréats
Unitec vient d’accorder les deux premiers subsides Unigap (voir ci-contre) . Le premier servira au financement de «Piezo-pinch». «Il s’agit d’une nouvelle technologie permettant de mesurer des déformations à l’échelle du nanomètre (le millionième du millimètre) par une simple mesure de résistance électrique. Des applications sont déjà envisagées dans les capteurs pour l’automobile», indique Matthias Kuhn (en photo, DR), responsable d’Unigap.
Piezo-Pinch a été inventée par le professeur Christoph Renner, de l’Uni de Genève, Alistair Rowe, de l’Ecole polytechnique à Paris, et Steve Arscott, de l’Institut d’électronique, de microélectronique et de nanotechnologie de Lille. Le microbioréacteur capillaire constitue le deuxième projet soutenu par Unigap. «Cette technique devrait réduire d’un facteur cent les coûts des études de métabolisme de médicament», note Matthias Kuhn. Cette nouvelle technologie a été élaborée par un groupe de chercheurs dirigé par le professeur Jean-Luc Veuthey, à l’Uni de Genève.