Séduite par les policiers en uniforme, elle les harcèle

Justice | ❚ Une femme de 37 ans est jugée pour avoir téléphoné 2047 fois à la police. ❚ Pour la protéger, la justice prononce le huis clos. Le milieu judiciaire est interloqué.

© Olivier Vogelsang | Les policiers en uniforme font craquer un femme de 37 ans. Entre le 19 mai et le 23 juin 2009, elle leur a téléphoné à 2047 reprises. Elle a arrosé de ses appels plusieurs postes différents.

CATHERINE FOCAS | 19.12.2009 | 00:00

Elle, ce sont les policiers en uniforme qui la font fantasmer. Chaque fois qu’elle en voit un, elle fond. Une vague de désir la submerge. Mais la réciproque n’est pas vraie. Les représentants des forces de l’ordre ont fini par porter plainte et cette dame de 37 ans s’est retrouvée, hier, devant le Tribunal de police pour fausse alerte et utilisation abusive d’une installation de télécommunication.
Il faut dire qu’entre le 19 mai et le 23 juin 2009, elle leur a téléphoné à 2047 reprises. Elle a arrosé de ses appels plusieurs postes différents. Entre le 19 janvier et le 9 mars 2009, il lui est également reproché d’avoir composé le 117 pour qu’une patrouille de gendarmerie vienne à son domicile.
Au mois de mai de la même année, elle a même appelé le commissariat d’Aigle (VD) en menaçant de se suicider afin, a-t-elle précisé que son interlocuteur gendarme se sente coupable d’avoir mis un terme à leur conversation. Nouveau chantage à la mort le 1er juillet dernier. Cette fois, c’est à la Brigade de sécurité routière qu’elle s’adresse en affirmant que si ses représentants lui posent un lapin, elle se jette par la fenêtre.
L’avocat de l’accusée, Me Pierre Gasser, a demandé le huis clos. Sollicitation accordée par la présidente. Surprise chez les membres du pouvoir judiciaire interrogés. Le huis clos est en général requis par les victimes d’infractions sexuelles. Ils ne voient donc pas le motif qui a poussé la présidente à le faire dans ce cas-là.
«Je pense qu’elle a pris cette décision pour protéger la vie privée de l’accusée, avance Anne Reiser, spécialiste du droit de la famille. Ça peut se comprendre du point de vue humain, mais je ne vois pas la base légale qui lui permette de le faire.»
Pour Me Jacques Barillon, «la publicité des débats au cours d’un procès est une règle essentielle de la démocratie judiciaire. On ne devrait y déroger qu’à titre tout à fait exceptionnel. Il est rare, à Genève, que des demandes de huis clos présentées par l’accusé soient ­admises.»
La publicité des débats répond à un but de prévention, explique Anne Reiser: «Là, il s’agissait de faire comprendre au public que les policiers ne sont ni des baby-sitters, ni des objets sexuels. Il est surprenant que l’uniforme puisse à ce point faire fantasmer certaines femmes. Sous l’uniforme, il y a aussi un être humain… Et une nymphomane peut être tout aussi difficile à gérer pour la police qu’un dealer qu’on arrête tous les jours!»

 


 

Les abonnés fidèles du 117: pour eux, la fin du monde, c’est tout de suite

 
Dans le jargon des appels d’urgence, on les nomme les centralistes, pupitreurs ou opérateurs. Leur tenue de travail est bien celle d’un policier. Ils ont fait de la rue, du poste de quartier avant de se retrouver à plein temps dans un bureau. Ensemble, ils occupent la ligne de front la moins paisible du métier. «Il est rare que les gens nous appellent pour nous inviter à leur apéro de mariage», note, lucide, le vieux routier des disputes conjugales à trois chiffres.
Ce travail-là finit par ébranler les plus optimistes: «C’est usant de traiter la misère humaine. On ne fait que ça. L’arrivée des portables ne nous a pas facilité la vie. Elle encourage les gens à se comporter davantage encore comme des assistés.» «Mon chat vient de mourir. Qu’est-ce que je dois faire?» Il est 4 h du matin et le 117 se transforme en main tendue et ligne de cœur généraliste. La clientèle commence à ne plus être «tout à fait étanche».
Les «récurrents» prennent le relais. Avec eux, la fin du monde, c’est pour tout de suite. Dans ce casting bout de bois, des voix qui semblent s’exprimer de nulle part. Pendant deux ans, l’une d’elles a appelé chaque dimanche du sud de la Tunisie pour raconter sa vie. Elle composait le 117 d’une cabine téléphonique en remettant régulièrement des pièces de monnaie pour éviter que la communication ne soit coupée. A la Centrale d’engagement de coordination et d’alarme (Cecal), on avait fini par l’appeler «la Tunisienne», sans jamais connaître son nom. D’autres abonnés fidèles ont des conversations moins coûteuses. Leurs délires sont plus proches, plus facilement identifiables aussi. Ils soliloquent de la Jonction, de Champel ou de Dardagny. Avant de se retrouver comme aujourd’hui au tribunal.


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