Le scandale dévoilé du 19, rue De-Monthoux
FAIT DIVERS | L’état des lieux de l’immeuble des Pâquis est accablant. THIERRY MERTENAT | 07.11.2009 | 00:04
Alors, c’est grave docteur? A voir la mine du collège d’experts réuni hier autour de la dépouille immobilière du 19, rue De-Monthoux, on se dit que oui, c’est très grave. Lors du précédent état des lieux, organisé l’hiver dernier, la sonnette d’alarme avait déjà été tirée. Celui de vendredi en milieu de matinée rappelait la sirène des pompiers des mauvaises nuits. Tout, à cette adresse, se décline sur le mode de l’urgence sécuritaire. Une visite en deux temps, de 9 h à 11 h du matin, à l’initiative du Département des constructions. D’abord la façade et son échafaudage menant à la toiture, détruite par l’incendie du 6 mai 2005.
Un décor dévasté
Monter est une chose, redescendre en est une autre. Une mousse glissante recouvre la structure provisoire: les risques de chute, à 10 mètres du sol, sont bien réels. Hors de question de laisser les futurs ouvriers investir le site dans ces conditions. A l’intérieur, c’est pire. Comme le propriétaire,
détenteur des clés, ne s’est pas présenté au rendez-vous de chantier, la police ordonne le passage en force. Deux cloisons à abattre pour se retrouver de plain-pied dans un décor dévasté. Un cheminement au milieu des gravats, un sentier de fouille archéologique pour accéder à une volée de marches menant dans les étages. Des sols mités, des trous partout, des bâches de fortune pour masquer les traces bien visibles de l’ancien sinistre. L’escalier principal a disparu. Ne reste que la pierre portante, soit un puits médiéval à la profondeur vertigineuse. C’est Fort Boyard au centre-ville. Les experts hésitent à monter. Un bruit de radio parvient du 1er. Les gendarmes partent en éclaireurs. Des ondes en boucle, mais pas d’auditeur. Il a déserté son lit, sa cuisine, sa salle de bains. Un trois-pièces habité comme une cabane en forêt. «On peine à croire que l’on est à Genève», glisse un ingénieur civil. L’envoyé des Services Industriels braque sa lampe frontale sur le tableau électrique. Vision d’horreur: «Le rouge sur le rouge, le bleu sur le bleu», un nid à courts-circuits et départs de feu.
Les travaux n’ont jamais commencé
Les éléments de preuve sont suffisants. Ce chantier annoncé, prétendument en cours depuis deux ans, n’a jamais commencé. Les procès-verbaux adressés au DCTI ne résistent pas à cet état des lieux accablant. La visite s’achève. Regroupement sur le trottoir. Premier bilan oral avant les rapports écrits à venir. Parole d’architecte qualifié au sortir de cette ruine: «Il s’agit maintenant de vider le bâtiment de tous les éléments qui présentent un danger.» Un prologue qui promet de nombreuses rotations vers l’usine d’incinération des Cheneviers. Mais avant cela: «Remplacer cet échafaudage et installer une toiture provisoire pour protéger le bâtiment des intempéries.» Mais encore: couper l’électricité (c’est fait); couper l’eau (cela reste à faire). L’eau, c’est vital: il faut des autorisations pour la supprimer. Bref, continuer à avancer à petits pas en respectant le cadre légal.
Commentaire d’un expert qui ne souhaite pas être cité: «Tout le monde se ment dans cette affaire depuis trop longtemps.» Une affaire d’Etat, une correspondance ininterrompue entre offices et services concernés, une querelle entre juristes et avocats. Enfin et surtout, un propriétaire qui, hier matin, sous le soleil des Pâquis, brillait par son absence. Celui du 12, rue des Alpes vient de recevoir une amende de 1000 francs pour non-respect des délais dans les travaux prévus. Au 19, rue De-Monthoux, où ces mêmes travaux sont attendus depuis quatre ans et six mois, le montant de l’amende n’a pas encore été fixé.