Les pharmaciens s’estiment les parents pauvres de la santé
BILAN | Pas assez considérée, souffrant d’une concurrence accrue, la profession est désorientée.
© Laurent Guiraud | Jean-Luc Forni, président de PharmaGenève
SOPHIE DAVARIS | 24.12.2009 | 00:00
Pas facile d’être pharmacien de nos jours. «On est tellement dénigrés», déplore Sylvie van Ommeren, pharmacienne au rond-point de Plainpalais depuis trente ans. A en croire la corporation, tout va mal: les marges qui flanchent, le métier qui s’apparente de plus en plus à de la vente et le sentiment dominant d’être peu utile et peu considéré dans le système de santé.
«La profession vit des moments difficiles, observe le pharmacien cantonal Christian Robert. La fabrication de médicaments s’est réduite comme peau de chagrin. Hormis les dermatologues, rares sont les médecins qui prescrivent encore des préparations.» Peu à peu, aux yeux du public, le pharmacien est devenu un vendeur de pilules.
Toutefois, «son rôle reste essentiel, souligne Christian Robert. Il est le seul professionnel de la santé où on peut se rendre sans rendez-vous pour obtenir des conseils gratuits. Neutre et objectif, il doit faire le lien entre les médicaments prescrits et relever les interactions.» Une responsabilité lourde, souvent méconnue: s’il y a une erreur sur une ordonnance qu’il exécute, le pharmacien en est coresponsable, au même titre que le médecin. «Nous faisons aussi tout le travail de tri et d’orientation des patients», ajoute Sylvie van Ommeren.
Trop de pharmacies?
Problème d’image, problème économique aussi. «Jusqu’au début des années 90, le marché était très protégé, reprend Christian Robert. Il n’y avait ni vente par correspondance ni grandes surfaces abritant des pharmacies. Le monopole a éclaté avec Internet. Les canaux de distribution se sont accrus.»
Il existe aujourd’hui plus de 175 officines à Genève, selon Jean-Luc Forni, président de l’association faîtière PharmaGenève. C’est trop, pour trop peu de pharmaciens. «Il en faut au moins deux par officine. S’il y avait 50 confrères libres sur le marché, ils seraient tout de suite engagés», assure-t-il. En réalité, entre 40 et 50 diplômés sortent chaque année de la Faculté. Tous ne choisissent pas de rester à Genève ou de travailler en officine. Alors, on recrute ailleurs, en France notamment.
Dans ces conditions, la profession verrait d’un très bon œil une limitation du nombre de pharmacies. «Il faudrait une officine pour 3000 habitants. Genève en compte une pour 2500», plaide Jean-Luc Forni. «Plus les pharmacies sont nombreuses, plus la consommation de médicaments est importante», renchérit le président de l’Association des médecins de Genève, Pierre-Alain Schneider. Le pharmacien cantonal constate, lui, que «les pharmaciens sont toujours plus nombreux à se partager un gâteau limité. Mais la liberté d’entreprise est inscrite dans la Constitution et l’ordonnance fédérale.»
Conseiller d’Etat en charge de la santé, Pierre-François Unger trouve lui aussi qu’il y a trop d’officines. «Dans la rue des Eaux-Vives, j’en ai compté six pour une boulangerie.» Une solution? «Ils pourraient se réguler entre eux, se regrouper», suggère le magistrat.
«Nos marges fondent»
Enfin, la profession se plaint de la baisse de ses revenus. «Nos marges fondent, constate Sylvie van Ommeren. Nous faisons de moins en moins de profit sur la vente de médicaments, car Swissmedic (ndlr: l’Institut suisse des produits thérapeutiques) exerce une pression pour faire baisser les prix. Lorsque le brevet d’un médicament tombe, son prix doit aussi diminuer. Alors je vends parfois des produits moins cher que je les ai achetés.» Conséquence: «Nous sommes obligés de vendre autre chose.» Produits de beauté, bonbons, bougies… Si le salut passe par la diversification, la plupart des pharmaciens refusent de se travestir en épiciers.
Une taxe qui ne passe pas
Depuis 2001, un forfait de 4 fr. 30 s’ajoute à la facture. Une mesure encore mal acceptée par les clients.
- Depuis l’été 2001, une taxe vient rémunérer le travail du pharmacien. Elle s’élève à 4 fr. 30, ajoutés à la facture des médicaments prescrits sur ordonnance. «Une autre taxe de 3 fr. 25 est retenue tous les trois mois pour la tenue du dossier», ajoute le pharmacien Robert Massard.
- La taxe de 4 fr. 30 couvre la vérification de l’ordonnance, du dosage, des renouvellements. Elle rémunère aussi le contrôle des facteurs de risque et des contre-indications, les conseils, le choix de la meilleure taille d’emballage par rapport à la posologie prescrite, etc.
- L’intention de départ était de ne plus lier le revenu des pharmaciens uniquement au prix des médicaments. On a supprimé la proportionnalité entre le revenu et la marge sur les médicaments, pour éviter la tentation de délivrer de grands emballages chers et favoriser la substitution générique. «Avant 2001, on avait avantage à vendre plus de médicaments, confie Robert Massard. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.»
SD
Le médecin, partenaire ou concurrent?
«On n’exploite pas assez l’incroyable complexité de la formation des pharmaciens, considère le conseiller d’Etat Pierre-François Unger. Ils devraient jouer un rôle plus cardinal dans le système de santé.»
PharmaGenève ne demande pas mieux et multiplie les propositions. «Nous nous investissons déjà beaucoup dans la prévention et le suivi des malades chroniques, souligne Jean-Luc Forni. Mais nous pourrions aussi vacciner contre la grippe!» Pour Claire-Anne Siegrist, présidente de la Commission fédérale pour les vaccinations, ce serait «une stratégie complémentaire très intéressante, à condition bien sûr que les pharmaciens fassent le gros effort de formation nécessaire.»
Délivrer des antibiotiques
Plus audacieux encore: les pharmaciens aimeraient pouvoir délivrer, en cas d’urgence, des pilules contraceptives ou des antibiotiques. «Le vendredi à 17h, faut-il renvoyer aux Urgences une dame qui se plaint d’une cystite ou la soulager en lui délivrant un antibiotique? Bien sûr, nous agirions selon des protocoles précis et un rapport documenterait notre prestation.»
Halte là! s’écrie le corps médical. «Pour prescrire un antibiotique, il faut pouvoir réaliser un examen médical, analyser des urines. Ce n’est pas dans les compétences du pharmacien», rétorque Pierre-Alain Schneider, président de l’Association des médecins genevois.
Jaloux de leurs prérogatives, les médecins? Les pharmaciens le sont tout autant. Ils bondissent en évoquant la vente de médicaments en cabinet. «Celui qui prescrit ne vend pas». Fort de ce principe, Jean-Luc Forni s’étonne de voir «la vente de médicaments en cabinet doubler en cinq ans et représenter plusieurs millions par an dans notre canton».
Il s’agit essentiellement de traitements vendus et administrés par des cancérologues. «C’est compréhensible, mais il y a le problème de la préparation, avancent Jean-Luc Forni et Robert Massard. Nous sommes contrôlés par le pharmacien cantonal. Ce qui n’est pas le cas lorsque le produit est préparé en cabinet médical.»
Les pharmaciens évoquent aussi la vente de sirops pour la toux ou de médicaments contre l’hypertension, directement de la main du médecin à celle du patient.
Vente par correspondance
Aux yeux de Pierre-François Unger, la pratique reste «marginale». A l’inverse d’autres cantons suisses comptant moins de pharmacies, où il est banal que le médecin vende lui-même les médicaments qu’il prescrit.
Dernier objet de courroux: la vente par correspondance. «Surtout lorsque le médecin qui envoie l’ordonnance à l’entreprise est rémunéré au prorata de ce qu’il a prescrit.»
La société thurgovienne Zur Rose confirme cette pratique, mais dit ne coopérer avec aucun médecin à Genève. La rétribution (de 3 à 5 francs par ligne d’ordonnance), prendra la forme d’un forfait dès l’an prochain. Pour Zur Rose, il s’agit simplement d’indemniser un service offrant de nombreux avantages. «La sécurité augmente en transmettant les prescriptions électroniquement et les coûts dans le domaine de la santé sont réduits.»
(sd)
Sunstore, la politique du prix
Le projet de Migros de vendre des médicaments en libre-service fut le coup de grâce pour la profession, qui peste déjà contre un autre distributeur, Sunstore. «Nous leur reprochons de ne pas gratifier le travail du pharmacien, de ne pas s’investir dans le suivi des malades, et de faire croire, à tort, que tout est moins cher chez eux», accuse Robert Massard, pharmacien à la Servette.
Jean-Luc Forni ajoute: «Une pharmacie de quartier vend 80% de médicaments pour 20% de droguerie. Chez Sunstore, la proportion passe à 60% de drugstore.» Autrement dit, la marque de couleur jaune «vend tout et n’importe quoi, et accessoirement des médicaments». Peut-être, mais pourquoi ne pas leur emboîter le pas, si c’est la clé du succès? «Nous ne voulons pas faire la différence sur le prix, mais sur le conseil et la qualité», insiste Jean-Luc Forni.
Sunstore admet sans mal que sa réussite est liée à sa politique commerciale. Pas de taxes ni de forfait sur les médicaments sur ordonnance, rabais, large gamme de produits complémentaires.
Oui, «la part de médicaments vendus sur ordonnance est plus faible que dans une pharmacie traditionnelle, répond Ramin Mohadjeri, directeur commercial de Sunstore. Mais ceci ne met nullement en cause la qualité de nos pharmaciens. Je ne vois pas en quoi être actif dans le marché de la santé et de la prévention, et non uniquement dans le marché du médicament, ne valorise pas le travail du pharmacien. Nous voulons simplement répondre aux besoins de nos clients.»
(sd)
il y a plus 20 ans j'avais mis la puce a l'oreille
aux pharmaciens il mon pris pour un rigolo
l'annèe suivante la migros vendais les preservatifs
et autres produits de la ** para Pharmacie***
la coop s'y ais mise rapido et pour les preparations
multivitaminès idem il n'onts pas reagis a c'est fait
il ne paye que leurs manque de prespective de l'avenir
JAMAIS un pharmacien ne m'a posé la moindre question sur d'éventuels autres médicaments que je prendrais... Il ne veulent pas que la Migros vende de l'aspirine, car les gens sous anti-coagulants risqueraient d'en acheter. On ne m'a JAMAIS demandé, dans une pharmacie, si je prenais des anti-coagulants .
Le pharmacien va prendre une boîte dans un tiroir et basta.
La taxe a en effet beaucoup de mal à passer...
Et les frais de "tenue de dossier"??? Ils font quoi, avec ce dossier? Ils l'étudient tous les jours, pour vérifier si les médicaments sur l'ordonnance sont conformes à qqch??
Ah, les pauvres pharmaciens ...
Les raisons :
1) Ils sont de plus en plus à s'installer
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2) Ils persistent à nous obliger de payer une taxe qui, dans bien des cas (malheureusement un gros client) ne se justifie pas car les médic. sont remis comme mentionnés sur les ordonnances.
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3) Quand on voit le salaire versé aux vendeuses travaillant dans ces officines, on croit rêver !!!
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4) Il est certain que les villas sont de plus en plus chères et les MB 500 coûtent à l'entretien ... !!!
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Pour le point 3, j'espère que le "on croit rever" est à prendre dans le sens "vu comment les assistantes en pharmacie sont payées au lance-pierre"... et non pas dans l'autre sens.
ADA
Eh bien mon vieux (comme on dit à Genève)! Si les pharmaciens sont pauvres, alors où sont les riches? Parmi, sans doute, les client-e-s des pharmacies, qui doivent payer de leur poche de plus en plus de médicaments non pris en charge par les assurances?
Arrêtez de nous faire rire(jaune)!
@Ada :Pour les pharmaciens il faut dire "Eh bien mon colon"...
pour le reste Ok :-)
Traduction : Parents pauvres de la santé = parents riches de la société.